quarante-huit

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emma ;

Assise face à la porte que Zack vient de franchir, j'inspire profondément et frotte mon visage à l'aide de mes mains pour tenter de détendre ce dernier dont les traits sont bien trop tirés.

Maman m'a dit que si son état reste stable, c'est que c'est plutôt bon signe, sauf que ça fait bien deux semaines que Mike est alité, branché à toutes sortes de machines afin de le maintenir en vie.

Car sans elles, il nous quitterai dans l'heure qui suivrait.

Les journées sont éprouvantes, les nuits sont courtes, agitées, et même si parfois je prends la décision de dormir seule, je n'arrive pas à fermer l'œil en sachant pertinemment que de son côté, Zack est en train de se détruire mentalement.

Car il a mis sa vie sur pause en attendant que son ami la retrouve.

Il se raccroche au fait qu'effectivement, son état ne s'aggrave pas.

Mais il se ronge l'esprit en arrivant même pas à se satisfaire d'un possible réveil.

Car Zack lui, pense à l'après.

Les résultats des examens sont vagues, et ne permettent pas d'avoir un constat certifié de ce qu'il a, dans le sens où plusieurs parties de son corps ont été touché, mais on ne sait pas à quel point.

Alors s'il se réveille, je sais que Zack sera soulagé, mais qu'il fera immédiatement face à une nouvelle pression.

Celle de savoir si Mike a perdu la mémoire, l'usage de ses membres, sa capacité intellectuelle.

Bien trop de questions assaillent ses nuits, et par conséquent les miennes.

Les yeux rivés sur la poignée, je soupire et laisse ma tête se poser sur le mur situé derrière moi.

Je suis rentré qu'une seule fois dans la chambre, lors de notre première visite ici.

Je ne l'ai plus jamais refait, d'une part car si je m'y suis introduit la première fois, c'était pour apporter mon soutien à Zack, pour l'aider à franchir le pas de la porte.

Mais je ne m'étais pas senti à ma place dans cette pièce où se trouvait une partie de la famille et les amis de Mike.
Même si j'avais fait sa connaissance, j'estime que ces moments-là sont bien trop intime pour les partager avec n'importe qui.
Alors j'avais serré la main de mon ami avant de l'apporter à mes lèvres pour y déposer quelques baisers, avant de quitter les lieux afin de l'attendre dans le couloir.

Couloir dans lequel je suis actuellement, assise sur cette chaise qui m'accueille chaque jour, sans faute.

Je me redresse quand la poignée, que je n'ai pas quitté des yeux, s'abaisse pour que la porte puisse s'ouvrir sur Zack.
Un nœud prend place dans mon œsophage à chaque fois que je lui fais face en constatant son état et ses cernes, et j'ai l'impression qu'il prend un peu plus d'ampleur chaque jour, car ces derniers s'accentuent de la même façon.

Il referme derrière lui et on reste silencieux, l'un devant l'autre, après que je me sois levé afin d'être à la même hauteur que lui.

Puis je souffle :

- Ça va ?

La petite voix dans ma tête se moque de moi au vu de la stupidité de ma question, puisque j'ai la réponse dans les traits de son visage, et dans son allure.

Non, ça n'allait, et ça ne va toujours pas.

Pourtant il hoche la tête, et je sais qu'il fait ça pour ne pas dire le contraire à haute voix, alors je m'avance et pose ma main sur son bras.

 𝗍𝗋𝖺𝗃𝖾𝖼𝗍𝗈𝗂𝗋𝖾 ; 𝐭𝐨𝐦𝐞 𝐭𝐫𝐨𝐢𝐬Où les histoires vivent. Découvrez maintenant