Chapitre 4

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Mon cœur bat à mille à l'heure. Ma respiration s'est accélérée. Mes mains tremblent alors que j'imagine le pire. Mon regard parcourt la foule à la recherche désespérée d'une tignasse rousse introuvable. Mon loup est tout aussi angoissé que moi. Il ne cesse de tourner en rond, frustré de ne pas pouvoir pister la petite humaine lui-même.

Léo n'aurait jamais dû m'affecter à sa protection. Il aurait dû savoir que j'échouerais. Moi-même, je le savais, mais j'ai tout de même accepté d'encourir ce risque. À cause de notre manque de jugement, Madyson a disparu et qui sait ce qu'il lui est arrivé.

L'air me manque. J'ai du mal à respirer, alors que je suis dehors. L'anxiété m'empêche de réfléchir correctement.

Calme-toi, Juliane.

Je ferme les yeux et m'efforce d'inspirer profondément pour retrouver un souffle correct. Quelques secondes passent et je sens les battements de mon cœur ralentir, pas assez cependant pour revenir à la normale.

Madyson reste introuvable. Il faut que je me bouge avant que le pire n'arrive.

Je rouvre les yeux, déterminé à la retrouver. Je ne suis peut-être pas un métamorphe accompli, mais j'en reste un en partie. Je suis un métamorphe loup, ce qui veut dire que je possède une ouïe et un odorat remarquables.

Motivé par une nouvelle source d'espoir, je me mets à humer l'air. Je flaire rapidement l'odeur de Madyson encore légèrement présente. Mon loup se met à hurler tandis que je file à toute allure en suivant la piste olfactive.

J'arrive bientôt tout près d'une petite ruelle où retentissent de nombreux bruits inquiétants. Je renifle de nouveau l'air pour m'en assurer, et sens mon visage perdre ses couleurs en comprenant que Madyson se trouve dans cette même ruelle. Pas de temps à perdre, je fonce en direction du vacarme qui ressemble en tout point à un concert de grognements.

Je débarque sur les lieux et reste sidéré devant la scène qui me fait face. Deux hyènes sont en train de se battre contre une louve grise. Il n'y a aucun doute sur le fait que ce sont des métamorphes.

Des métamorphes qui se battent dans une ruelle humaine, c'est anormal.

Je la repère enfin, cette silhouette féminine à la chevelure flamboyante, recroquevillée sur elle-même, assise contre la façade crasseuse d'un bâtiment, ses mains tremblantes posées fermement contre ses oreilles. Ses genoux, ramenés vers elle, m'empêchent de voir son visage. Elle ne dit rien, ne crie pas, mais reste immobile sur le sol. J'entends son cœur battre si vite que j'ai l'impression qu'il est à deux doigts d'exploser.

Je m'approche d'elle et m'accroupis à sa hauteur.

-Madyson !

Mais elle ne répond ni ne bouge.

-Madyson, il faut partir d'ici !

Non loin de nous, les trois métamorphes continuent de se battre. La louve est robuste. Elle continue de combattre les deux hyènes sans se décourager. Mais alors que l'une des deux hyènes se jette sur la louve pour l'attaquer, la deuxième profite que son adversaire soit occupé pour foncer vers nous, une lueur meurtrière dans le regard.

Ce n'est pas le moment de flancher.

Alors que la hyène bondit vers la frêle rouquine, je m'interpose et reçois le coup à la place de Madyson. La hyène enfonce ses crocs dans mon avant-bras qu'elle serre fort entre ses dents en secouant sa tête, cherchant à me l'arracher ou au moins à approfondir la blessure.

Habitué à un seuil de douleur, je ne bronche pas. Mais un ancestral instinct animal surgit, et je me surprends à riposter contre la bête. Doté d'une force supérieure à n'importe quel humain et à certaines races de métamorphes, je m'arme de mon poing qui vient heurter le sommet du crâne de la hyène. Celle-ci me lâche, sonnée, et recule de quelques pas. Derrière elle, j'aperçois la louve grise fondre vers nous. Elle agrippe le cou de l'animal entre ses dents et l'envoie valser à quelques mètres de là. Puis elle se met à grogner avec férocité contre les deux hyènes qui prennent leur queue entre leurs jambes et détalent en couinant. La louve souffle par le nez. Et se tourne vers nous.

Je baisse la tête en signe de gratitude. La louve a protégé Madyson de deux métamorphes hyènes, chose que je n'aurais pas pu faire moi-même. Sans elle, l'humaine serait morte et j'aurais échoué.

Madyson.

Soudain préoccupé par l'état de ma protégée, j'accours vers Madyson qui n'a pas bougé de sa position. Je pose doucement ma main sur son épaule. Elle sursaute et relève la tête.

-Tout va bien. Ce n'est que moi. je la rassure.

Madyson se jette sur moi et me sert fort contre elle. Sa douce odeur de coco me parvient aux narines, cependant parasitée par celle beaucoup plus forte de la peur. Déstabilisé par ce rapprochement nouveau, j'hésite à la serrer contre moi. J'hésite trop, et Madyson s'écarte avant que je ne puisse le faire. Elle jette un coup d'œil autour d'elle.

-Et les... Et les hyènes ?

-Tu n'as rien à craindre d'eux. Ils sont partis. retentit alors une autre voix que la mienne.

Derrière moi, la louve a pris forme humaine. Je fronce les sourcils devant cette silhouette familière. La nouvelle venue possède une chevelure brune en bataille, un teint bronzé et des yeux gris-blanc, joli, mais bien moins hypnotisants que ceux de mon humaine. Sa nudité ne semble pas la déranger, les métamorphes étant réputés pour leur absence de pudeur, mais cela me permet d'y apercevoir quelques cicatrices ici et là. La plus visible est celle qui barre son arcade sourcilière. Celle-ci lui donne l'allure d'une féroce guerrière, une personne à qui on éviterait de venir chercher des poux.

La louve pose une main sur sa hanche tandis que son regard parcourt ma silhouette avec désinvolture.

-Tu es Juliane, n'est-ce pas ? Le membre le plus reclus de la meute.

-Dois-je comprendre que tu en fais partie ?

Honte à moi qui ne connais pas le nom et l'apparence de tous mes camarades qui ne sont pourtant que dix-neuf.

-Je m'appelle Thaïs.

J'ai déjà entendu ce nom. Thaïs est une de nos plus féroces guerrières. Mais ne participant jamais au combat, et passant tout mon temps libre seul, je n'ai jamais eu l'occasion de la rencontrer.

-Merci de l'avoir protégé.

J'aide Madyson à se relever, mais ses jambes flanchent et je dois la maintenir contre moi pour ne pas qu'elle tombe.

-Léo n'aurait pas dû te choisir pour la protéger. Tu ne sais pas te battre.

Mon loup grogne au fond de moi. Même s'il sait qu'elle a raison, que nous en pensons tous deux la même chose, nous ne permettons personne de nous juger à notre place.

-Alors quoi ? Il t'a envoyée ici pour s'assurer que le boulot soit bien fait ?

-Il ne sait pas que je suis ici.

Je fronce les sourcils. Nous devons suivre les ordres de notre Alpha, et ne pouvons sortir du territoire de la meute sans son autorisation au risque de subir les conséquences de notre désobéissance.

-Ne traînons pas. Ils peuvent revenir.

Je hoche la tête en ramenant Madyson un peu plus contre moi. Trop faible pour marcher, je passe un bras sous ses jambes, l'autre positionné dans son dos, et la soulève. Thaïs reprend sa forme animale, n'ayant pas d'autres choix, les humains étant tatillons sur la nudité. Nous marchons jusqu'à l'hôtel, Madyson bien installée dans mes bras, mon loup ronronnant à ce contact inhabituel.

ConvoitiseOù les histoires vivent. Découvrez maintenant