Je vais m'asseoir devant la télévision après le diner, toujours dépité de mon échec de tantôt. Rien de bien intéressant n'est diffusé à l'écran, alors je soupire, ennuyé. Madyson vient me rejoindre sur le canapé. Elle jette un coup d'oeil à la télé qui crache un flot de paroles.
-Comment s'est passé ta séance de métamorphose ?
J'éteins la télévision et jette la télécommande sur la table basse avant de m'enfoncer un peu plus dans le canapé en soupirant.
-Mal. Je n'ai pas réussi à me transformer. Evan m'a demandé de penser à un souvenir qui nous met en colère, moi et mon loup, mais ça n'a pas marché.
Elle se racle la gorge.
-Et quel souvenir as-tu choisi, si ce n'est pas indiscret ?
-Le soir qui aurait dû être celui de ma première métamorphose. A cause de mon père, j'ai subi humiliation sur humiliation. Mais ça n'a fait ni chaud ni froid à mon loup lorsque j'ai tenté de lui rappeler.
Ce loup ingrat. Il ne mérite pas de pouvoir prendre forme.
-Eh bien, peut-être que ça l'affecte beaucoup moins maintenant qu'il peut se transformer. hypothétise Madyson tout en posant sa tête contre mon épaule.
J'observe la frêle humaine, les traits sereins, le corps reposé contre le mien. Je réfléchis à ses propos. Madyson n'a peut-être pas tort. Mon loup et moi avons toujours été hantés par le souvenir de notre métamorphose jamais accompli. Depuis ce soir-là, mon loup n'a jamais pu sortir au grand jour et nous avons garder rancune envers mon père pour cela. Mais à présent que cette malédiction ne pèse plus sur nous, cela n'a plus lieu d'être.
Non, en fait, je pense que cela n'aurait pas marché même si mon loup n'avait pas réalisé sa première métamorphose dans la nuit, parce que j'ai arrêté d'haïr mon handicap avant tout ça. Depuis Madyson, j'ai commencé à m'accepter tel que je suis, parce que, elle, la seule personne qui compte vraiment pour moi, se fiche bien que je ne me transforme pas. Elle me traite comme la personne que je suis, et non pas comme une pauvre victime, ou comme un incapable. Ca a été difficile, mais j'ai fini par réussir à me voir comme elle elle me voit.
Elle est mon renouveau.
Me vient alors l'idée d'un autre souvenir, beaucoup plus récent, qui devrait mettre mon loup suffisament en pétard pour le faire surgir. L'espoir ressurgi, j'embrasse avec fougue la joue de Mady, et la remercie avant de me lever précipitament pour partir à la recherche d'Evan. Je retrouve celui-ci dans la cuisine en train de charger le lave-vaisselle. Je l'attrape alors par le bras et le tire de force vers le jardin.
-Mais qu'est-ce que tu fais ?
-Je veux recommencer. Maintenant.
Arrivé dans le jardin, je m'accroupis à la même place que tout à l'heure et ferme les yeux. L'image de Madyson, allongée dans la boue, se forme dans mon esprit.
Si ça a marché une fois, il n'y a pas de raison pour que cela ne réussisse pas de nouveau.
Je me remémore la soirée de la veille, où Léo a ordonné la mise à mort de Madyson, les sensations terrifiantes que j'ai ressenti en pensant qu'elle allait périr sous mes yeux, que je ne la reverrais jamais, que je n'aurais jamais eu l'occasion de lui dire ce que je ressens pour elle.
Un amour intense, sans limite.
Je le sens réagir plus vite que je ne l'aurais cru. Mon loup ressurgi des pronfondeurs de mon esprit, enragé. J'ai l'impression que la métamorphose se passe plus rapidement que la dernière fois. Elle est moins douloureuse aussi. Je laisse mon loup prendre le contrôle, ne souhaitant pas faire obstacle et retarder le processus.
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Convoitise
Lupi mannariJuliane est un métamorphe insociable, solitaire malgré sa vie en meute. Il n'a jamais rien demandé à personne, tout ce qu'il souhaite c'est qu'on le laisse vivre sa vie. Mais le voilà obligé à jouer les nounous auprès d'une jeune femme certes sédui...
