Chapitre 13

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La journée passe, et le sourire de Madyson refait son apparition au fur et à mesure que le temps défile. La petite rousse semble oublier sa rencontre avec Léo qui lui avait donné une drôle d'impression, trop occupée à admirer les merveilles de notre village - encore. Nous évitons soigneusement Nolan qui tourne en rond, sans doute à la recherche de l'humaine à mon côté. Il est dix-huit heure lorsque je reçois un message de mon Alpha. Je le lis brièvement puis me tourne vers Madyson qui patiente.

-Qu'est-ce que tu dirais d'aller se promener autour d'un lac ? Léo nous donne l'autorisation. Il y en a un pas très loin du territoire.

-J'en serais ravie ! On pourrait demander à Thaïs et Nolan de nous accompagner.

Mon sourire s'efface doucement.

Encore cette tête de nœuds ?

J'acquiesce malgré tout et envoie un message à la louve pour la prévenir. Nous nous rejoignons une heure plus tard à l'intérieur d'un véhicule avec le nécessaire pour un pique-nique au bord du lac. Le trajet s'effectue rapidement, seulement dix minutes en voiture, puis nous descendons et continuons le reste du chemin à pied. Quelques propos de Madyson à propos de Thaïs évoqués la veille se rappelle à mon souvenir et je me rapproche de la louve afin d'en savoir un peu plus. Elle m'a dit que si je voulais vraiment savoir, je devais demander à la guerrière.

Et c'est bien ce que je compte faire.

Je laisse Nolan et Madyson avancer devant nous à plusieurs mètres de distance avant de me pencher vers Thaïs.

-Madyson m'a parlé de toi, hier.

La louve tourne vivement la tête, les sourcils froncés.

-A quel sujet ?

-Que tu es comme moi, pas très bien intégrée. J'ai pas trop compris. Est-ce que je peux avoir quelques explications ?

La brune fourre ses mains dans ses poches et pousse un profond soupire.

-Elle devait faire allusion à ce que je lui ai raconté.

J'hausse un sourcil, de plus en plus curieux et impatient.

-Qu'est-ce que tu lui as raconté ?

-Ma vie, mon passé. Ce que j'ai enduré et ce que j'endure encore.

-Mais encore ?

-J'ai subi pas mal de choses moches étant ados. Mon ancienne meute n'était pas très affectueuse. On m'a beaucoup persécutée parce que je suis une femme louve et dominante, et Nolan parce qu'il était trop frêle à leur goût.

Je ne dis rien et la laisse parler.

-Nos camarades n'étaient pas très cléments non plus, chaque fois qu'ils en avaient l'occasion, ils cherchaient à nous faire du mal. Étant la plus grande, je me suis toujours mise en avant pour éviter que Nolan ne prenne le plus gros des coups. J'en ai bavé. On me reprochait de ne pas me soumettre comme doit le faire une bonne louve docile, alors on me battait pour tenter de me soumettre. Coup de griffes, humiliations publiques, os brisés, tentatives de meurtre ou de contrôle mental pour me pousser au suicide... La majorité des cicatrices que je porte sont dû à leur sexisme écœurant. Mais j'ai encaissé les coups sans rien dire.

Elle inspire profondément.

-Aujourd'hui, je suis une grande guerrière crainte et plus respectée. Ca n'empêche pas quelques camarades de meute de me charrier, et dans ces cas-là, je leur donne une petite correction, ce qui me rend asociale à leurs yeux, voir tout simplement méchante.

Elle hausse les épaules avec nonchalance, comme si cela ne lui faisait rien. Je suis plutôt nul pour réconforter les gens, mais c'est d'autant plus malaisant de ne rien faire. Alors, d'une tentative plutôt maladroite, je passe mon bras autour de ses épaules pour l'étreindre. Mais Thaïs se dégage d'une ruade et me fixe comme si je venais d'une autre planète.

-Va roucouler ailleurs, Casanova !

Je grommèle. Nous accélérons le pas et rejoignons Nolan et Madyson déjà installés près du lac. Mais nous entendons tout à coup un grognement bestial sur notre gauche. Un grognement que Thaïs et moi reconnaissons aussitôt.

Ceux de ces satanés ours qui ont causé notre accident.

Vive comme l'éclair, Thaïs se métamorphose en un tour de main et atterrit au pied de Madyson, en position de défense. Nolan enclenche lui aussi sa métamorphose, qui s'effectue plus lentement que celle de sa sœur ainé. Ce qui fait deux loups contre trois ours.

Un combat pas très équitable.

Soucieux de la vie de Madyson, et n'ayant pas trouvé d'autre solution en si peu de temps, je l'attrape par la taille et la balance dans le lac afin de l'éloigner du combat qui va suivre. Quand je me retourne, les ours nous ont encerclés. Les deux loups se jettent chacun sur un adversaire, toutes griffes dehors. De mon côté, je fais de mon mieux pour éviter les coups du troisième bestiaux. Mon seul atout : l'ours est lourd et lent, et je suis agile et rapide. Ca ne m'empêche pas de regretter ne pas avoir d'arme sur moi.

L'ours noir lève la patte et je me jette sur le sol pour l'esquiver. Sa mâchoire claque à dix centimètres de mon visage. Pris d'un instinct solide, je profite de cette proximité pour lui mordre l'oreille. Il rejette la tête en arrière et gronde, agacé. Sa patte arrière gratte la terre. Il souffle par les naseaux et je vois bien qu'il s'apprête à charger. Mais une boule de poils rouge et grise fonce droit sur nous puis bondit sur le dos de l'ours. Ses crocs luisants s'enfoncent dans son épaisse fourrure brune et l'animal pousse un cri. Il tente de mordre son assaillant mais la louve tient bon. Ses pattes arrières vont et viennent sur le dos de l'ours, lui labourant la peau. Alors l'ours se relève sur ses deux pattes et écrase son assaillante contre le tronc d'un arbre. Assommée, la louve lâche prise. L'ours se recule, se repose sur ses quatre pattes, et gronde une dernière fois avant de prendre la poudre d'escampette avec son seul acolyte encore vivant.

Quels trouillards.

Du coin de l'œil, j'aperçois Nolan, de nouveau sous forme humaine, aider Madyson à remonter sur la berge. Je retrousse la lèvre, prêt à grogner, en le voyant si proche et nu. D'un pas rapide, je m'en vais les séparer. Madyson se relève, trempée de la tête aux pieds. Ses vêtements lui collent comme une seconde peau et ses cheveux dégoulinent sur son visage blême.

Tout à coup, la rousse se jette dans mes bras, frigorifiée et un brin effrayée. Je la serre plus contre moi et la renifle. Sa douce odeur est camouflée par celle de sa peur et de l'eau du lac.

-On doit rentrer, maintenant.

Je tourne la tête en direction de Thaïs qui se tient devant nous, les mains sur les hanches, du sang s'écoulant de son crâne jusque sur le haut de sa poitrine dénudée.

-Thaïs ! Merde, tu saignes ! s'exclame Madyson, horrifiée.

-T'en fais pas pour ça, j'ai survécu à bien pire.

Nous reprenons la route en direction du territoire. Nolan et Thaïs s'habillent avec les vêtements de rechange dans le coffre de la voiture. Je m'installe derrière le volant et attends que tout le monde monte pour démarrer. Mais sur le trajet, je réfléchis et trouve que quelque chose cloche.

Comment les ours ont su où nous étions encore une fois ?

Je tourne cette réflexion encore et encore dans ma tête, me repassant tous les évènements qui se sont produits cette semaine. Jusqu'à en venir à une conclusion des plus folles.

Putain de bordel de merde !

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