Chapitre 24

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En entrant dans la chambre que l'on m'a attribuée - ma maison ayant été vidé après mon exclusion de la meute - je suis surpris de trouver Madyson allongée sur le lit, sous la grosse couverture. J'avais passé la journée à la chercher afin de discuter avec elle, mais elle a été introuvable. Et maintenant que j'ai abandonné pour rentrer me coucher, je la trouve là, à sa place, dans mon lit. Je passe ma main dans mes cheveux encore humide après m'être douché, avant d'oser la rejoindre sous la couverture, tout doucement au cas où elle serait déjà endormie. Mais soudain, elle se retourne, les yeux grands ouverts, et me fait face. Prenant un air des plus sérieux, elle m'observe m'installer sans dire un mot.

-Est-ce que tout va bien ? je lui demande doucement, de peur de la froisser depuis notre discussion à l'infirmerie.

Je sais qu'elle complexe sur son statut d'humain, et son importance dans la bataille qui a eu lieu, et peut-être même les prochaines. Ce n'est pas une combattante, ni une stratège, elle ne peut rien faire pour nous si ce n'est nous gêner d'après elle. Elle a besoin de se trouver une utilité, quelque chose qui l'empêche de la faire se sentir comme un boulet parmi nous. Et j'espère de tout cœur qu'elle finira par trouver le rôle qui lui correspond.

-Est-ce que je pourrais rejoindre ta meute, moi aussi ? me questionne t-elle si bas que je failli ne pas l'entendre.

Plus tôt, j'ai demandé à Thaïs, la louve guerrière, de rejoindre la meute que je vais bâtir très bientôt. Celle-ci a d'ailleurs accepté la proposition avec plaisir.

Me tournant pour lui faire face, je lui souris tendrement, bien qu'un peu surpris par cette demande.

-Mady, tu y as déjà ta place réservée depuis longtemps.

M'approchant d'elle, je la prends doucement dans mes bras. Je crains un instant qu'elle me rejette, encore vexée de tout à l'heure. Mais au contraire, elle se blottit un peu plus contre moi. Mon loup s'ébroue de joie, ravi d'avoir à nouveau sa femelle à ses côtés.

-Quel rôle j'occuperai ? Dans ta meute ?

Ses doigts viennent toucher mon biceps en une caresse légère, me faisant frissonner de la tête au pied. Ainsi stimulé, je ressens le besoin de déglutir avant de lui répondre, la tête ailleurs.

-L'Alpha femelle, bien-sûr !

La menotte se retire. Madyson se relève vivement, un peu trop brusquement même. Ses yeux ahuris me fixent comme s'il m'est poussé un troisième œil sur le front.

-Ce n'est pas le rôle de la compagne de l'Alpha ? L'Alpha femelle s'engage à rester toute sa vie auprès de son mâle. Je n'ai jamais dit oui à ça ! Tu vas trop vite, Juliane.

Ça, c'est ce qui s'appelle un coup d'arrêt.

Secrètement affligé par ce rejet, je tente de rassurer Madyson. J'oublie un peu vite que ma rousse n'est qu'une humaine et qu'elle n'est pas aussi sensible que nous à la découverte de nos compagnons. Chez nous autres métamorphes, nous n'avons pas besoin de beaucoup de temps pour se rendre compte qu'une personne est faite pour nous. Or, ces humains ont la fâcheuse tendance à tout compliquer, à toujours penser au pire et garder un cordon de sécurité. En tant que simples amants, Madyson peut me jeter quand elle le souhaite. Si elle devient ma compagne, je serais à ses côtés pour le restant de sa vie. Pas de divorce possible.

Et manifestement, cette idée lui fait peur.

-Excuse-moi. Tu as raison, je vais trop vite. Je vais ronger mon frein.

Rassurée, Madyson se rallonge, se blottissant malgré tout contre moi. Nous soupirons de concert. Au fond de moi, mon loup me tourne le dos, manifestement déçu de ma performance.

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