PROLOGUE

767 43 10
                                        

Sous une pluie torrentielle, alors que le ciel grondait sauvagement et que les éclairs fendaient les nuages avec une brutalité presque surnaturelle, une jeune fille marchait en titubant le long de la route, ses chaussures gorgées d'eau rendant chaque pas plus difficile.
Son souffle court se mêlait aux rafales glaciales du vent.
Elle ignorait si c'était la tempête ou sa propre détresse qui l'aveuglait, mais elle continuait d'avancer, le regard fixe, comme poussée par une force invisible.
Elle n'avait qu'une idée en tête, celle de se libérer du joug qui la maintenait prisonnière depuis des années. Sa souffrance était bien trop grande pour qu'elle fasse machine arrière. Elle était décidée et  rien ni personne ne pouvait l'empêcher d'être libre.
Vêtue d'une robe verte et de collants qui, à présent, lui collaient à la peau comme une seconde chair glacée, elle sentait le froid lui geler les doigts et les orteils, jusqu'à les engourdir presque totalement. Ses lèvres tremblaient, ses cheveux mouillés s'agglutinaient en lourdes mèches contre son visage.
Enfin, elle arriva devant un immense portail en fer forgé, aussi imposant que la demeure qu'il protégeait. Trempée jusqu'aux os et grelottante, elle sonna, encore et encore, frappant presque avec désespoir contre la grille qui demeurait hermétiquement close.
— Ouvrez-moi !! cria-t-elle, sa voix couverte par les grondements du tonnerre.
Derriere les caméras de surveillance, l'agent de sécurité, intrigué, fronça ses épais sourcils en la voyant.
Il empoigna un parapluie et se dirigea vers l'entrée d'un pas ferme.
— Madame, que faites-vous ici à une heure pareille ? demanda-t-il, la scrutant avec un mélange de curiosité et de prudence.
— Je vous en prie, il faut que je parle à Monsieur Castillo tout de suite !!
— Monsieur ne reçoit personne à cette heure de la nuit, je suis désolé.
— Écoutez, je suis... je suis trempée, je marche depuis des heures... J'ai besoin de lui parler, je ne partirai pas.
L'homme l'observa un instant, hésitant, avant de soupirer et d'actionner le bouton qui ouvrit l'immense grille dans un grincement métallique.
— Vous allez attraper la crève... Je ne sais pas comment vous aider, mais je vais en informer le majordome.

La grande demeure se détachait dans la pénombre, ses hautes fenêtres projetaient une lueur tamisée sur les graviers mouillés de l'allée.

A l'intérieur, les lumières éclairaient faiblement le bureau de Castillo qui feuilletait des dossiers tout en savourant une tasse de café noir, assis dans un fauteuil capitonné de cuir brun.
Un coup discret contre la porte l'interrompit.
— Monsieur, excusez-moi de vous déranger, mais il y a une femme à l'entrée. Elle est trempée, et insiste pour vous voir. — Une femme, à cette heure ? Je ne connais personne qui viendrait sous une telle tempête...
— Elle s'est présentée comme étant Maddison Shepherd.
Castillo posa sa tasse sur son bureau, son regard devenant plus perçant.
— Donnez-lui de quoi se sécher et faites-la entrer.

Quelques minutes plus tard, le majordome réapparut, accompagné d'une jeune fille encore frêle sous les vêtements secs qu'on lui avait donnés. Son visage était fébrile mais résolu.
— B... Bonsoir, murmura-t-elle, la voix tremblante. Je suis désolée de venir à cette heure, mais il fallait que je vous donne quelque chose.
— À moi ? s'étonna Castillo en haussant un sourcil.
— Oui. Je ne serai pas longue. C'est très personnel.
Il fit signe à son majordome de les laisser seuls. La jeune fille sortit alors un petit coffret en bois noirci, soigneusement enveloppé dans un sac plastique.
— J'avais peur qu'il ne tombe entre de mauvaises mains, expliqua-t-elle en le posant sur la table.
Castillo fixa tour à tour Maddie et la boîte, ses traits se durcissant.
— William ne sait plus quoi inventer... Il espère m'atteindre en utilisant sa fille... Rentre dire à ton père qu'il est pathétique. — Non ! Mon père n'y est pour rien. Si je suis ici, c'est justement parce que je veux qu'il paie pour ce qu'il m'a fait.
Le silence tomba lourdement entre eux. Castillo avala une gorgée de café, sondant le regard marron clair de la jeune fille. Il y vit quelque chose qui le troubla, elle avait dans le regard une détermination brute, en plus d'une douleur sincère.
_ Quel âge as-tu, jeune fille ?
— Je vais avoir vingt et un ans.
— Et comment es-tu arrivée ici ?
— J’ai pris un taxi.
— Une fille de ton âge ne peut pas errer dehors par ce temps. Mon chauffeur va te ramener.
Maddie acquiesça poliment avant de quitter la pièce.
Castillo l'observa s'éloigner, toujours troublé. Elle portait le sang de son pire ennemi, mais quelque chose en elle hurlait de détresse, se dit l'homme.

EL CONTRATODes histoires addictives. Découvrez maintenant