CHAPITRE 13: colectivo juvenil

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Lors d'une journée ensoleillée annonçant l'arrivée des périodes pluvieuses, Maddie s'était rendue au siège de l'association dirigée par Kaia. Sa mission était d'en savoir plus sur le trafic d'êtres humains dont Emilio lui avait parlé.

L’endroit était animé. Des enfants couraient dans la cour, riant aux éclats, tandis que des bénévoles s’affairaient à différentes tâches. Maddie sentit une douce chaleur l’envahir en voyant toute cette vie qui lui rappelait son enfance, lorsque sa mère l'emmenait aider les personnes défavorisées.
_  Ici, nous avons prévu de construire une autre salle de lecture pour les jeunes ayant des difficultés d'apprentissage, expliqua Kaia, le regard pétillant d’enthousiasme.
_ Tu fais du bon travail, Kaia, c'est indéniable, répondit Maddie en observant les plans accrochés sur un tableau.
_ Je sais que je ne devrais pas dire ça, mais je préserve la mémoire de ta mère… J'imagine qu'elle avait un rêve pour ces enfants.
Maddie se tendit légèrement à cette évocation, mais son sourire resta en place.
_  C'est vrai… Elle a toujours eu des rêves pour eux…
Kaia lui fit signe de la suivre plus loin.
_  Regarde par là. Je compte installer un espace libre pour les instruments que nous avons récemment reçus grâce à de généreuses donations.
Maddie observa la pièce vide qu'elle désignait. Elle imaginait déjà les jeunes s’y réunir, des notes de musique flottant dans l’air, avec l'ambiance festive habituelle.
_ C'est excellent.
Maddie esquissa un sourire, admirative. Kaia était une bonne personne. Et après tout ce qu'il faisait, William ne méritait pas une femme comme elle, pensa-t-elle avec amertume.

Un groupe d'enfants arriva en trombe, et Maddie se fit une joie de se présenter. L'innocence et la joie de ces jeunes étaient contagieuses, et elle se prit très vite à rire, oubliant un instant ses préoccupations.

Elle poursuivit la visite et salua les adolescents et les adultes, échangeant quelques mots avec eux.

Grâce à cette association, les parents travailleurs sans logement pouvaient librement confier leurs enfants à des spécialistes qui veillaient sur eux tout au long de la journée. Parallèlement, ceux qui se trouvaient en difficulté financière bénéficiaient d’un accompagnement pour retrouver un emploi, accéder aux aides sociales et améliorer leur situation, leur offrant ainsi une chance de bâtir un avenir plus stable pour leur famille.
L'association comptait des instructeurs pour tous les âges, des infirmières, des cuisiniers ainsi que des surveillants garantissant la sécurité de tous.
L'initiative, encore peu répandue, était l'œuvre brillante de sa mère, et Maddie en était fière. Elle se souvenait d’un jour précis de son enfance, lorsqu’elle avait accompagné sa mère pour distribuer des vivres aux familles démunies. Ce jour-là, sa mère rayonnait de bonheur, et Maddie s’en souvenait comme si c’était hier.
_ Je crois qu'on a fait le tour, lui dit Kaia
_ Ça m'a fait plaisir de voir ce que tu as fait de cet endroit… Merci, Kaia.
_  Tu n'as pas à me remercier, ça me tient à cœur, voilà tout.

Kaia l'invita à déjeuner, et elles s'apprêtaient à monter en voiture quand une voix les interrompit.
_  Vous êtes bien Mademoiselle Rivera Shepherd, c'est bien ça ?
Maddison se retourna lentement, découvrant une femme au regard suppliant, stoppée par la sécurité et son instinct lui souffla immédiatement que quelque chose n’allait pas.
_  Pas encore vous, Teresa… soupira Kaia, visiblement agacé. Je vous l'ai déjà dit, arrêtez de venir comme ça.
_  Ce n'est rien… Approchez-vous, madame, c'est bien moi, répondit Maddie, un pincement au cœur face à l’angoisse lisible sur le visage de l’inconnue.
La femme s’empressa d’ouvrir son sac et de sortir une photo qu’elle lui tendit avec des mains légèrement tremblantes.
_  Merci, mademoiselle… Voici ma fille, Amparo… Elle aura dix-huit ans cette année. Cela fait deux ans qu'elle a disparu.

Maddie prit la photo et observa le visage souriant d’une jeune fille aux longs cheveux noirs.
_  Vous en avez parlé à la police ?
_ Oui, mais ils n'ont trouvé aucune trace d'elle.
_  Tout porte à croire qu'elle a fugué, ajouta Kaia avec irritation.
Teresa secoua la tête avec véhémence en regardant la jeune Maddie.
_ Non mademoiselle! Mon Amparo n'aurait jamais fait ça… Tout allait bien jusqu'à ce qu'elle commence à fréquenter ce collectif de jeunes.
Maddie échangea un regard interrogateur  avec Kaia qui souffla d'épuisement.
_ Un collectif de jeunes ? Demanda-t-elle.
_ Teresa, je suis de tout cœur avec vous, mais nous avons déjà fait tout ce qui était en notre pouvoir, dit Kaia, visiblement gênée. La police a conclut qu’il s’agissait d’une fugue… Je ne peux rien n'y faire
_  Non ! insista Teresa, la voix brisée. Elle avait reçu une carte de visite et devait se rendre à cette adresse pour du travail. On lui avait promis qu’elle pourrait devenir une star, ou quelque chose comme ça , et elle y est allée…
Kaia soupira et fit signe à la sécurité d’éloigner la femme en pleurs, qui se mit à crier que cet endroit avait détruit sa fille.
Maddie sentit un frisson d’inconfort lui parcourir l’échine, ne comprenant pas ce qui se passait.

_ C’est quoi cette histoire de collectif de jeunes, Kaia ? questionna Maddie une fois attablées dans un café en ville.
_  Il s'agit de réunions où des jeunes parlent de la vie simplement. Il y a souvent des personnes qui viennent les conseiller... Ils se réunissent une fois par semaine. Tu pourrais venir si tu veux. Ils reçoivent des motivations pour leur futur. C'est important d’éveiller l’esprit des jeunes et de leur apprendre que les études comptent. Vendre de la drogue et voler n’a rien d’honorable. Il faut étudier et rêver grand, c’est à ça que servent ces réunions.
_  Et cette Amparo ?
_ Elle y venait comme tous les jeunes, puis elle a arrêté d’y participer. C’est tout ce que je sais.
_ Pourquoi sa mère parle-t-elle d’un travail qu’elle aurait eu ?
_ Je ne sais pas ce qu’elle veut dire par là, mais sa fille n’a pas été enlevée… Elle ne veut pas l’admettre. J’ai appris qu’elle avait un copain, un de ces types… tu sais, ces dealers… et ce type a disparu au même moment qu’elle. C’est triste quand on pense à l’intelligence qu’avait cette fille.

Plus tard, la jeune Maddison expliqua la situation à Castillo, qui assura qu'il allait enquêter. Maddie savait qu’il ne tarderait pas à la recontacter. Mais en attendant, elle décida d’assister à l’une de ces fameuses réunions.

L’homme en charge du collectif s’appelait Arturo Luis Salazar, mais tout le monde l’appelait Luis. Il était imposant, charismatique et son regard gris était perçant, presque trop intense. Dès leur premier échange, Maddie ressentit un  malaise.
_ Je suis ravi qu'une nouvelle personne se joigne à nous ! Maddison Rivera Shepherd, on l’accueille chaleureusement !
Les jeunes applaudirent avec enthousiasme et Maddie esquissa un sourire, mais son malaise grandit lorsqu’elle croisa à nouveau le regard scrutateur de Luis.

La réunion débuta enfin.

Luis parlait bien et captivait son auditoire. Mais il y avait quelque chose chez lui qui dérangeait Maddie. Une fausse bienveillance ? Ou peut être une trop grande assurance ? Elle ne savait pas encore.

À la fin, alors qu’elle s’apprêtait à partir, Luis s’approcha d’elle avec un sourire.

_ J’ai été ravi de vous voir, Maddie. Je suis un grand fan… J’étais même à votre mariage… vous savez, celui auquel vous avez déserté. C’était une très bonne idée, il ne vous méritait pas de toute façon.
Maddie éclata de rire.
_ Maintenant, les médias parlent de vous et de Monsieur Castillo… Il a de la chance.
_  Oh… Il ne faut pas croire tout ce qu’on dit…
Luis se pencha légèrement vers elle avec un petit sourire taquin
_ J’ai vu la vidéo, vous savez.
Maddie perdit son sourire un instant avant de le reprendre pour ne pas paraître affecté par ses propos.
_ Oh…
_  Je serais ravi de vous revoir à nos réunions un de ces jours… Ça vous dit ?
_ Eh bien… on verra bien, répondit Maddie avec hésitation. J'ai bien aimé ce que vous dites à ces jeunes des bas quartiers...
Luis lui adressa un sourire charmeur avant de poser un baiser sur le revers de sa main
_ J’étais moi-même un enfant des bas quartiers vous savez. C’est pour cela que je peux facilement me mettre à leur place.

Maddie esquissa un large sourire en comprenant que cet homme était juste beaucoup trop sur de lui, mais il semblait avoir du cœur, pensa-t-elle.

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