Les mains posées sur la balustrade, Maddie fermait les yeux, savourant le doux parfum d’un paysage nouveau. Une légère brise caressait sa peau crème, jouant doucement avec ses mèches de cheveux et lui apportant l’odeur des nombreuses variétés de fleurs qu’elle projetait de cueillir pour embellir la chambre trop formelle où elle avait été installée.
Une semaine s’était écoulée depuis sa fuite, et pas un jour ne passait sans qu’elle ne ressente l’envie de regarder les informations sur internet. Pourtant, Camélia, la femme chargée de sa surveillance, le lui avait strictement interdit sur ordre de monsieur Castillo.
Maddie pouvait circuler librement dans l’immense palace vide et s’occuper à sa guise, mais toute tentative de contact avec le Mexique lui était interdite. Elle savait que son père était dangereux, mais cette précaution lui semblait presque excessive.
Chaque jour, elle avait droit à un seul appel avec monsieur Castillo, et elle ne manquait jamais l’occasion de lui demander quand il allait enfin la rejoindre. Comme toujours, il restait énigmatique, ses réponses aussi vagues que frustrantes.
_ Mademoiselle, votre dîner est servi, annonça la domestique d’un ton neutre.
Contrairement à chez elle, ici, le personnel n’avait pas le droit de lui adresser la parole en dehors des nécessités du service.
Cette règle, bien que discrète, creusait encore plus la solitude qui pesait sur elle.
Le lendemain, alors qu’elle s’apprêtait à passer une nouvelle journée morne, un grondement de moteurs attira son attention.
De sa fenêtre, elle vit un cortège de trois voitures noires aux vitres teintées s’arrêter dans l’allée. Son regard s’arrêta sur une splendide Bugatti Chiron dont la carrosserie étincelait sous le soleil.
Son souffle se suspendit lorsqu’elle vit monsieur Castillo en descendre.
Son allure était toujours aussi impeccable, dans un costume trois pièces bleu foncé taillé sur mesure, des chaussures élégamment cirées, et ses cheveux sombres repoussés en arrière d’un geste précis. Il dégageait une assurance intimidante, une prestance naturelle qui semblait attirer les regards et imposer le silence.
Mais ce furent surtout les hommes qui l’accompagnaient qui lui donnèrent un frisson. C'étaient d’impressionnants gardes du corps, vêtus de noir, tous aussi imposants que disciplinés. Ils semblaient sculptés pour l’autorité, rigides et menaçants comme une garde rapprochée de la mafia.
Son cœur battait vite, elle avait tant attendu ce moment, mais maintenant qu’il était là, une crainte sourde s’insinuait en elle. Elle espérait sa venue, oui… mais jusqu’où était-il prêt à aller pour sa vengeance ?
Une dizaine de minutes plus tard, Camélia vint frapper à sa porte.
_ Le patron veut vous voir dans son bureau.
Elle s’y rendit immédiatement, traversant les couloirs silencieux du palace jusqu’à une grande porte de bois sombre.
À l’intérieur, Castillo se tenait debout près d’une large baie vitrée donnant sur la piscine. Une cigarette entre les lèvres, il expira une volute de fumée grise avant de parler sans même se retourner.
_ Tu aimes les États-Unis ?
_ J’aime ce paysage… répondit-elle doucement.
Il se tourna enfin vers elle.
_ Je ne t’ai pas trop fait attendre, j’espère.
_ J’ai bien cru que vous ne viendriez jamais…
— Je tiens toujours mes promesses. C’est un principe fondamental.
_ Donc ça y est, on va se venger de mon père ?
_ Tu vas te venger de ton père. Moi, je vais t’aider comme il faut…
_ Vous avez prévu quoi ? Vous pouvez enfin me le dire ?
Castillo écrasa son mégot dans un cendrier avant de s’asseoir dans un fauteuil de cuir noir.
_ Avant toute chose, nous allons établir des bases claires que chacun devra respecter à la lettre. Ça te va ?
Elle prit place sur le siège en face de lui, croisant ses jambes avec un calme apparent.
_ Je suis prête.
_ Bien.
Il appuya sur un bouton de son téléphone fixe.
_ Camélia, apporte les documents.
Intriguée, Maddie regarda la femme déposer plusieurs feuilles épaisses sur le bureau avant de se retirer silencieusement.
_ Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle, curieuse.
_ Un contrat. Lis-le attentivement. Si ça te convient, tu le signes. Si une clause te dérange, on en discute.
_ Ce n’est pas un peu exagéré ? fit-elle en esquissant un sourire mais Castillo, lui, ne souriait pas.
Son amusement s’évanouit aussitôt, comprenant bien qu'il était sérieux.
Elle se racla la gorge avant de plonger dans la lecture du document. Ligne après ligne, elle analysa chaque condition, jusqu’à ce qu’un passage la fige.
_ Je dois vous céder des parts de mes actions ?!
_ À part me délecter de la chute de William, qu’as-tu à m’offrir en échange de mon aide ?
_ D’accord… Et quand vous parlez de partenariat dans la ligne qui suit , vous parlez bien de nos deux entreprises ?
_ Évidemment. Avec mon soutien, ta position sera renforcée.
Elle hocha la tête et poursuivit sa lecture, mais un autre point l’interpella.
_ Vous êtes sérieux ? Je ne dois en aucun cas tomber amoureuse de vous ? Se surprit-t-elle à lire.
Elle éclata de rire, un rire franc et spontané, mais son amusement ne trouva aucun écho chez Castillo qui semblait incapable de sourire, pensa-t-elle en reprenant son sérieux.
_ C’est vrai que vous êtes un très bel homme, mais rassurez-vous, je ne suis pas là pour ça…
_ Il était important de le préciser.
_ Si vous le dites… Alors j’espère que vous ne tomberez pas non plus amoureux de moi.
_ Ça ne risque pas, répliqua-t-il sans la moindre hésitation.
Elle s’offusqua de la rapidité de sa réponse, mais se contenta de sourire.
_ Voilà qui est génial.
Elle inspecta minutieusement les clauses et, finalement, jugea le contrat acceptable.
_ Il ne te reste plus qu’à signer. De mon côté, c’est déjà fait.
_ Dans ce cas, allons-y.
Elle saisit le stylo et apposa rapidement sa signature aux endroits indiqués. Puis, levant les yeux vers Castillo, elle lui tendit la main.
_ C’est conclu. Dit-elle, consciente qu'elle venait de s’engager dans un pacte qui scellerait le destin de son père… mais également le sien.
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EL CONTRATO
RomanceQuand elle apprend que sa vie est menacée par son entourage, Maddison Shepherd n'a pas d'autre choix que de s'enfuir pour espérer vivre une liberté qui lui a longtemps été privée. Le pacte n'est pas la meilleure des idées mais c'est sa seule altern...
