CHAPITRE 8: obra maestra

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En quatre ans, Emilio Castillo avait vu Maddie évoluer, passant de la jeune fille maladroite et craintive à une femme autoritaire et bien dans sa peau. Malgré tout, son côté candide demeurait inchangé ; elle s'émerveillait encore pour un rien.
Chaque fois qu'il la voyait diriger, il ressentait une fierté profonde pour la personne qu'elle était devenue, celle qu'il avait contribué à façonner.

Deux heures avant l'arrivée de Maddie au siège de la compagnie, Castillo avait abrégé une réunion pour être sûr d'être devant sa tablette, prêt à l'observer faire le discours qu'elle avait longuement préparé en sa présence lorsqu'ils étaient aux États-Unis.

_ Je suis en route pour le bureau, prévint Maddie en regardant défiler le paysage.
_  On se recontactera dès que j'aurai besoin de toi.
_  D'accord... bonne semaine, Emilio, ajouta-t-elle avec un petit sourire.

Les années avaient passé, et Maddie se sentait très proche d'Emilio. Il agissait comme un vrai ami, et elle trouvait impressionnant qu'il s'occupe d'elle, malgré qu'elle soit la fille de l'homme qu'il détestait le plus.
Bien qu'il fût sérieux au départ, elle avait appris à le connaître. C'était un perfectionniste maniaque, qui n'aimait pas la désobéissance. Chaque chose devait être faite selon ses standards, ce qui pouvait être lassant, mais parfois, il savait aussi être amusant.

Pendant leur temps aux États-Unis, chaque fois qu'il devait repartir au Mexique, elle comptait les jours jusqu'à son retour.
Pour lui, ces années n'étaient qu'une période de préparation à une guerre qu'il désirait gagner, une réalisation qui l'avait frappée le jour où il lui avait annoncé qu'il était temps de rentrer.

Plantée devant le bâtiment de SCO, Maddie repensait à son enfance, à l'époque où elle avait été emmenée pour écouter les hommages rendus à sa mère par le personnel. Elle se redressa, marcha la tête haute, suivie de son avocat, maître Ortega, et de deux hommes chargés de sa sécurité.

En entrant dans le couloir, elle croisa les regards curieux des employés, s'interrogeant sur ce qui allait se passer ce jour-là. En pleine visioconférence avec des partenaires étrangers, William aperçut sa fille faire irruption, accompagnée d'un homme de petite taille, aux yeux vifs, qui apportait des documents.
_ Alors tu es venu... lança immédiatement le père.
_ Moi aussi je suis heureux de te voir, papa, surtout qu'hier, on s'est un peu tiré par les cheveux.
_ Et qui est cet homme ?
_ Cet homme est maître Ortega, mon avocat. Je l'ai engagé lorsque j'ai décidé de revenir ici.
_ Et avec quel argent l'as-tu engagé ? Tes bonnes sœurs te l'ont prêté ?
_ Comment j'ai eu mon argent ne te regarde pas, j'avais des amis, si tu ne le sais pas.
Son père ricana.
_  Si tu connaissais un tant soit peu ta fille, tu saurais qu'elle a une amie qui l'a aidée à revenir. On était ensemble au lycée, puis elle est partie aux États-Unis. Peu importe, je ne te dois pas d'explication. La raison de ma venue est simple, je veux savoir ce que dit le testament de ma mère. Mon avocat est là pour ça. Je dois bien avoir une part de quelque chose, n'est-ce pas ?

Maddie savait pertinemment que la fortune de la multinationale lui revenait, son père n'ayant absolument rien, surtout qu'ils étaient mariés sous le régime de la séparation des biens. Mais pour son plan, elle devait l'effrayer, et cela avait fonctionné, car William devenait blême.
_ C'est vraiment ce que tu veux ? Qu'on entame des procédures judiciaires pour savoir ce que ta mère avait décidé ?
_ Moi, tout ce que je veux, c'est avoir ma place ici et te prouver que je peux travailler à tes côtés.
_ Dans ce cas, allons-y ! Tu veux un poste, c'est ça ?
_ Oui, je veux le poste de directeur général adjoint. C'est toi le PDG, et tu diriges la société d'une importance multinationale. Et moi, je possède des parts, je suppose. Donc convoque le conseil d'administration de l'entreprise et fais de moi ta directrice générale adjointe
_ C'est Ryan qui a ce poste depuis deux ans.
_ Plus maintenant, sourit la jeune fille.
_ Tu ne t'y connais pas en affaires.
_  J'ai fait des études, je sais très bien diriger, papa.

William jaugea la situation et conclut que céder à ses désirs pouvait être à son avantage pour l'instant.
_  D'accord... on va tout préparer. Mais laisse-moi parler à Ryan... dès que c'est possible, je te fais venir. Comprends aussi que, pour un temps, il restera à tes côtés pour être sûr que tu t'en sortes.
_  Si ça te fait plaisir.
_  Et... ça te dirait de dîner à la maison ce soir ? Ça me fait plaisir que tu sois revenue...
_ J'ai des choses à régler, on le fera une autre fois.

Après le départ de sa fille, William convoqua Ryan pour lui annoncer la nouvelle désastreuse.
_  Il est hors de question que je laisse Maddie me passer devant après tout ce que j'ai fait pour cette entreprise !
_  Tu n'as pas trop de choix... si tu avais su la maîtriser jusqu'à l'épouser, tout ça n'arriverait pas !
_ Je n'ai pas démérité mon poste, j'ai dû gravir les échelons lentement en écoutant vos conseils, et maintenant elle va juste débarquer et me prendre ma place ?!
_  Elle veut que je la remarque, je l'ai bien compris, alors occupe-toi d'elle.
_ Quoi ?!
_  Oui, utilise ton charme de gringo aux yeux bleus, et cette fois, assure-toi qu'elle accepte de t'épouser.
Ryan le dévisagea, outré que ses efforts se réduisent à néant à cause d'une fille, et qu'il devait maintenant s'efforcer de plaire s'il ne voulait pas se retrouver au bas de l'échelle.
_  Si c'est obligé, alors d'accord...
_  Tu as de la chance, c'est une beauté à présent... dis-toi que tu pourras me donner des héritiers, des fils, j'espère.

Il fallut deux semaines pour que le conseil d'administration se réunisse et approuve finalement la requête. Cela ne fut possible qu'après avoir fait du chantage à certains actionnaires, les poussant ainsi à faire basculer la décision en sa faveur.

_ Je vous présente ma fille Maddison Rivera Shepherd, votre futur directrice générale adjointe... Elle travaillera avec Ryan, annonça William à l'assemblée, qui applaudit avec joie.

Tout le monde trouvait Ryan trop sévère, alors si la fille au visage enjoué de leur patron pouvait apporter de la nouveauté, ils étaient tous contents. Maddie arborait un léger sourire, satisfaite des directives d'Emilio qu'elle se répétait dans la tête. "Il fallait avoir Alejandra dans sa poche", lui avait-il dit.
Depuis son arrivée, elle n'avait pas eu l'occasion de lui parler, mais maintenant qu'elle travaillait dans l'entreprise, elle espérait pouvoir échanger avec elle.
Alors qu'elle guettait subtilement ses moindres faits et gestes, elle vit Ryan s'avancer vers elle et elle feignit de regarder sa montre tout en gardant une attitude sereine.
_  Alors, ça y est, on va faire mumuse ensemble maintenant.
Elle lança un bref regard à la secrétaire de son père avant de plonger son regard dans ceux, bleus, de son interlocuteur.
_ C'est vrai... merci de me prendre sous ton aile.
_ C'est moi qui te remercie d'être revenue... Je me suis terriblement inquiété... on était à deux doigts de devenir mari et femme.
_ Par pitié, Ryan, tu n'as jamais voulu de ce mariage, et moi non plus. Heureusement que je me suis enfuie.
_ C'était peut-être ton cas, mais pas le mien... je t'aimais bien, Maddie.
Elle ne put s'empêcher de le dévisager comme elle savait si bien le faire.
_ Ça te dirait de repartir sur des bases saines et que je t'invite à déjeuner ?
_ Bien sûr que non, Ryan ! sourit-elle, comme si cela relevait du domaine de l'impossible.
_ Ah vraiment ? Mais je...
_  Tu ne me supportes pas, et moi non plus. Merci d'essayer, mais ça n'arrivera pas, trancha Maddie avant de s'éloigner.

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