« September sun glowing golden hair
Now keep in mind son she was never there
October's rust bisecting black storm clouds
Only the deaf hear my silent shouts»
- - -
Attablés depuis une bonne vingtaine de minutes, dans un petit coin du restaurant, collés aux rideaux rouges sang, aucun de nous n'a dit un mot. Edgar se contente de piquer ses pâtes aux carottes avec sa fourchette d'un mouvement de poignet régulier. Quant à moi, j'englouti mes frites une par une sans oser lancer la conversation.
Je prends un instant pour observer mon interlocuteur, profitant de sa concentration accrue pour ne pas me faire attraper. Ses cheveux sont à nouveau lâchés, mais laissent tout de même apparaître son oreille décorée. Même sans son manteaux, sa carrure est un assez large. Il n'a pas le corps de The Rock, bien entendu, mais son pull moulant laisse deviner une musculature finement dessinée. Ses ongles sont mal vernis, comme à chacune de nos rencontres, mais je remarque une légère cicatrice sur sa main gauche, au niveau de la jonction à l'os du métacarpe de son index. Une belle balafre qui a dû nécessiter des points de suture vu la façon dont elle a vieilli.
Je jette un coup d'œil vers son visage et ses yeux de glace m'observent déjà. La honte m'envahît instantanément et je replonge mon regard sur mon burger, trop gênée pour tenter de me justifier.
— Pour répondre à ton interrogation, il s'agit d'un petit souvenir de mes premiers jours en tant que croque-mort. J'ai dû passer une seringue à mon père, chance pour moi elle était encore vide et non utilisée, j'ai paniqué et elle s'est logée dans ma main. Comme un abruti au lieu de laisser mon père m'aider, j'ai tiré dessus. Quatre points de suture et une certitude que ce métier n'était pas pour moi. Conduire un corbillard me convient mieux.
Pour toute réponse, je me contente de lui sourire maladroitement.
— Et toi?
— Quoi moi ? Dis-je en fronçant les sourcils, ne comprenant pas où il voulait en venir.
— La cicatrice sur ton poignet ?
Il l'a remarqué... autant essayer de s'en amuser un peu et de le déstabiliser, étant donné que lui ne s'est pas gêné pour me faire remarquer que je l'observais.
— Tentative de suicide.
Je guette sa réaction, m'attendant à le voir pâlir de gêne d'avoir insisté et d'être tombé sur un secret sombre mais au contraire, il ricane.
— Ne te moque pas de moi Eleanor. Je vois des cadavres tout les jours. Si tu avais vraiment voulu en finir, tu te serais entaillé dans la longueur du bras, pour trancher l'artère. Elle est dans le sens de la largeur et s'apparente plus à traces des pics qu'à une découpe faite par une lame.
Il est fort. Très fort.
— Très bien Sherlock ! Je me suis fait attaquée par le chien des voisins de mes parents quand j'avais douze ans. Un golden retriver. Il m'a mordu au poignet, et mon père l'a tué d'un coup de hache dans le crâne, sous mes yeux. Content ?
J'arque un sourcil pour lui faire comprendre mon agacement et un sourire prend place sur son visage.
— La vraie version de l'histoire est beaucoup plus fantasque. J'aime bien. Tu en as d'autres ?
— Des histoires à la con ou des cicatrices ?
— Les deux.
Son regard se pose sur le reste de mon corps et son sourire s'agrandit
— Oui mais là n'est pas le sujet du jour, dis-je à vois basse dans le but de mettre fin à notre conversation. Sinon étant donné qu'on parle de cadavre et de découpage, tu n'avais pas des choses à me dire ?
— Que veux tu savoir ?
Son regard reprend place sur son assiette qui a surement bien refroidi.
— Tout, il marque une pause pour avaler la bouchée qu'il vient de prendre et se penche vers moi. J'ai besoin de tes informations d'abord pour les relier aux miennes, chuchotât-il.
VOUS LISEZ
NEVERMORE
Fiksi RemajaMais, le corbeau induisant encore toute ma triste âme à sourire, je roulai tout de suite un siège à coussins en face de l'oiseau et du buste et de la porte ; alors, m'enfonçant dans le velours, je m'appliquai à enchaîner les idées aux idées, chercha...
