« She burned me down, down to the ground »
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— Pourquoi me regardes tu de la même manière sans cesse?
Je pensais avec certitude que ce moment précis n'arriverais jamais, qu'aucun de nous n'aborderais jamais la question, mais j'avais tort.
Mes mains, qui étaient glacées, deviennent moites et mon corps se crispe. Je ne peux pas répondre. Je ne sais pas quoi répondre, et même si j'en étais capable, que répondre? Je te regardes comme ça parce que j'ai des sentiments pour toi ? Et même, quels sentiments au juste ? Moi même je n'ai pas de mots à mettre dessus. Je ne sais pas. Je crois que je me suis un peu trop attachée à toi ? Que dire sans passer pour une fille trop sensible et trop investie alors qu'il y a de grandes chances que les sentiments ne soient pas là en retour. C'est beaucoup trop ! Trop stressant, trop tôt et trop pour moi.
— Et voilà, trois Greenland Pl, sire ! Cela nous ferra vingt deux livres.
Edgar sort du taxi et je le suis en saluant de la main le groupe de biker devant le pub, toujours mon manuscrit dans les bras. La voiture s'éloigne, tandis que mon coeur continue de faire de bonds dans la cage thoracique, et Edgar me fait face, un air d'amusement vissé sur son visage.
— J'attends toujours une réponse, prends le temps que tu as besoin pour me la donner Eleanor, me murmure Edgar en se penchant près de moi.
Vi s'approche de nous et nous salue avant de saisir le corbeau par le bras, afin de l'entrainer à l'intérieur du pub. D'habitude je suis un peu frustrée de le voir s'éclipser avec son amie, mais ce soir j'en suis ravie. Cette conversation m'a donné la nausée.
Un bras passe autour de mon dos, pressant mon épaule droite. En voyant la chevelure rousse de mon interlocuteur je devine que Rupert le gros lourd est de retour. Hier soir j'ai pu découvrir la partie un peu plus sympathique de sa personnalité. Il est très enfantin quand il s'agit de jouer à un jeu de société et son humour léger est très appréciable. Mais ce soir c'est son côté dragueur et un tantinet agaçant qui est de retour apparemment.
— Dracula t'a emmené faire du shopping pour intello à ce que je vois ? dit i-l en tapotant mon livre.
Sa voix sonne moqueuse et je me dois d'entrer dans son jeu.
— Oh tu sais Rupert, je suis navrée que la littérature ne t'émeus pas, mais moi j'apprécie tout particulièrement ce genre d'achat et encore plus la compagnie de Dracula. Si j'étais toi, j'arrêterais ma chasse au vampire Van Helsing, c'est perdu d'avance mon pauvre ami.
Je me détaches de son bras et le rouquin reste sans voix, une expression d'incompréhension ayant pris la place de son amusement.
— C'est rien mec, lui dit Cornelius en attrapant son ami de la même manière qu'il l'avait fait avec moi quelques secondes avant, elle vient juste de t'envoyer te faire foutre en retournant ton manque de culture contre toi. Rien de bien grave, t'es juste pas à la hauteur pour draguer des filles plus intelligentes que toi mec, tu t'en remettras.
Cornelius me sourit, et j'en déduis qu'il est tout aussi amusé que moi de voir son ami se faire rembarrer de la sorte.
— Salut Eleanor ! Comment tu vas depuis ce matin, me demande Rich en apparaissant dans mon champs de vision.
— Je vais bien Rich, je te remercie. Je viens de traumatiser Rupert je crois, le manque de culture est cruel par moment.
— Surtout pour quelqu'un avec un ego aussi démesuré que le sien, cri-t'il dans la direction du principal intéressé.
— Je t'ai entendu, sale gay va, lui hèle Rupert éclaté de rire.
— Et homophobe en plus, ce rouquin n'a décidément rien pour lui.
Rich balayes la remarque de Rupert d'un geste de la main, comme s'il enlevait une poussière de sa veste avant de pouffer de rire en me regardant.
— Il n'est pas si mauvais qu'il en a l'air, ajoute t'il pour essayer de justifier sa remarque.
— Je le vois bien Rich.
Son sourire complice me réchauffe le coeur mais je ne peux m'empêcher de penser aux nombre incalculable de remarques homophobes sincères qu'il a dû encaisser dans sa vie.
— Aller vient ma Ely ! On va se pinter la gueule, me suggère le punk en attrapant ma main, avant de se précipiter dans le pub tel un enfant le ferrais dans un magasin de bonbon.
***
Les Velvets viennent de quitter la scène et une fois de plus, Edgar et moi avons passé l'intégralité du concert à s'échanger des regards pleins de sous entendus. Mais cette fois ci, ils étaient impactés par la conversation que nous avons eu précédemment dans le taxi. Je crois que même Rich a remarqué nos échanges car il n'a pas cessé de me donner de légers coups de coudes lorsque les yeux du bassiste tournaient dans ma direction.
— C'était super cool, vous avez assuré, dit Vi en voyant Edgar s'approcher de nous.
Ses cheveux se sont, comme à son habitude, tous échappés de son chignon et un sourire ne quitte pas son visage légèrement rougis par l'effort.
— Merci Vi c'est gentil ! On ne vient pas jouer souvent il fallait bien qu'on donne tout, un petit clin d'oeil accompagne sa phrase et ses bras viennent enrouler ma taille.
Rich, voyant le geste affectueux du corbeau, saute de son tabouret et se dirige vers la sortie du pub en criant
— Je sais pas vous, mais une petite clope ne serait pas de refus.
Le groupe de biker le suit en affirmant qu'il s'agit d'une bonne idée et même Vi les accompagne, non sans un regard pleins de sous entendus nous étant destiné. Je suis coincée.
L'emprise d'Edgar se resserre sur moi alors que sa tête se niche dans mon cou.
— Merci, me dit-il en frôlant mon oreille de ses lèvres, alors que je tente de reposer mon verre à demi plein sur le bar, de peur de le faire tomber à cause de mes mains soudainement devenues tremblantes.
— Merci pour quoi ? Je me retourne afin de lui faire face mais l'idée me parait instantanément stupide. Je ne suis pas sûre que me retrouver nez à nez Edgar placé entre mes jambes soit l'idée du siècle.
Ses mains passent délicatement de mes hanches à mon visage, son pouce caressant ma lèvre inférieur de la même manière que je l'avais fait la fois dernière dans sa cuisine. Ce même geste avait provoqué un bond en arrière de la part d'Edgar il y a peu. Je le comprends, j'ai qu'une seule envie, partir loin, très loin et ne pas avoir à faire face à ces sentiments trop flous. Mais je ne me défilerais pas. Pas comme lui.
— Merci d'être là, d'être venue avec moi et de me donner une raison supplémentaire de monter sur scène.
— Une raison supplémentaire ? ma voix se casse sans le vouloir, ce qui amuse le corbeau.
— Te voir me regarder comme tu le fais avec les choses qui t'émerveillent. Tu n'imagines pas à quel point cela me réchauffe le coeur. Ce regard hante mes nuits et mes jours.
Un sourire prend place sur mon visage qui doit être écarlate, ce qui amuse Edgar. Son nez se pose contre le miens alors que mes mains s'enroulent autour de son corps. Cette barrière imaginaire est définitivement tombée, il n'y a plus de doute. Mais ce qui se trouve derrière est trop embrumé. Je ne sais pas ce qu'il en est de son côté, mais au vu de ses avances et du peu de description qu'il me donne de se sentiments, je ne devrais pas réellement m'inquiéter de tomber dans le vide. Je l'espère...
— Je t'attendrais Eleanor, et peu importe le temps que cela prendra, je patienterais. J'ai attrapé la seule chose qui compte, ton regard.
Ses lèvres frôlent les miennes, mais c'est plus fort que moi. Mes ongles vernis agrippent son t-shirt, éraflant très certainement sa peau laiteuse, et le presse à nouveau contre moi. Son corps se colle au miens et son étreinte se resserre. Son baiser en est, cette fois ci, réellement un, aussi chaste qu'il puisse être. Sa main droite se perd dans mes cheveux, s'y agrippant comme si sa vie en dépendait. Mon coeur tape si fort qu'il soit très probablement le sentir au vu de notre proximité, mais peu importe, je ne peux pas y changer grand chose.
Je suis complément perdue. Ma seule crainte est de croiser son regard et de devoir éluder sa satanée question à laquelle je n'ai toujours aucune réponse.
— Edgar je... je ne sais pas...
— Ne dis rien Eleanor je t'en pris, il me coupe en posant son index délicatement sur ma bouche pour me faire taire. J'ai bien compris. N'en dis pas plus. Je sais à quel point ce genre de chose est compliqué à gérer. Tu as tout le temps que tu veux. Quand tu sauras, je serais là.
Edgar se décolle de moi, après un dernier baisé sur mon front, me laissant dans le pub seule avec mes émotions. Cette fois c'est sûr, notre amitié est définitivement terminée. Reste à savoir ce qui vient de prendre sa place...
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NEVERMORE
Fiksi RemajaMais, le corbeau induisant encore toute ma triste âme à sourire, je roulai tout de suite un siège à coussins en face de l'oiseau et du buste et de la porte ; alors, m'enfonçant dans le velours, je m'appliquai à enchaîner les idées aux idées, chercha...
