Chapitre 23

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Alec

C’est un putain de cauchemar. Et pas le genre de cauchemar flou qu’on oublie au réveil. Non. Un de ceux qui s’accrochent, qui s’enfoncent dans la peau, qui t’étranglent lentement pendant que t’as les yeux ouverts. Je quitte le gymnase en courant, les voix derrière moi deviennent un brouhaha incompréhensible, comme si le monde continuait sans moi, comme si rien ne venait de s’écrouler alors que moi… je suis en train de crever debout. Les vestiaires. J’ouvre la porte d’un coup d’épaule, elle claque contre le mur dans un bruit sec, violent, qui résonne trop fort dans ma tête déjà prête à exploser. Mes clés. Où sont mes putains de clés. Je les attrape en balançant tout le reste au passage, mon sac, mes fringues, tout vole, tout casse, j’en ai rien à foutre. Kiara. Ce prénom me traverse comme une lame. C’est elle. C’est elle qui a tué ma sœur. Et Noah… putain Noah… Je revois sa gueule, j’entends encore ses mots, calmes, presque rationnels, comme si ça pouvait rendre ça acceptable. « C’est June qui a tué sa famille. » J’ai envie de lui exploser la gueule. De le fracasser contre un mur jusqu’à ce qu’il arrête de parler. De faire taire tout le monde. Parce que rien de ce qu’ils disent ne change une seule chose : June est morte. Et Kiara était au volant.

De toutes les personnes sur cette putain de planète… Il a fallu que ce soit elle.

Je sors des vestiaires, je traverse les couloirs à grandes enjambées, l’air me manque, les murs se rapprochent, tout est trop étroit, trop lourd, trop réel. Tout ça… À cause d’un téléphone. D’un putain de geste de merde. Elle n’a jamais parlé d’une troisième personne. Jamais. Pourquoi ? Elle savait. Elle était forcément au courant. Tu peux pas tuer quelqu’un et vivre comme si ça n’existait pas. Tu peux pas aimer quelqu’un… sans lui dire que t’as détruit sa famille.

— Alec ! Tu vas où là ?

Sa voix. Mon père. Je le vois au bout du couloir, droit, autoritaire, comme d’habitude, comme si rien ne pouvait bouger autour de lui. C’est pas le moment. Pas aujourd’hui. Pas maintenant. Comment je vais lui dire ? Comment je vais dire à ma mère que la fille qu’elle trouvait “adorable”… c’est celle qui a tué June ?

— Je me barre. J’arrête le sport. Le fac. Tout.

Je retire ma veste de capitaine, ce putain de symbole qui n’a plus aucune valeur, et je la lui balance dans les mains sans même le regarder.

— Tu ne peux pas partir comme ça. Arrête de faire le gamin. Va sur le terrain !

Le gamin. Putain. Je serre les dents.

— J’ai dit non. Je ne suis pas d’humeur. Me fais pas chier.

— C’est à cause de Kiara ?

Je ne réponds pas. Parce que si je parle… Je vais exploser. Je pousse la porte sans un regard de plus. Kiara est responsable de tout, sauf de ma décision. J’aurais dû arrêter le basket bien avant. Cette vie qu’on m’impose. Je marche jusqu’à ma voiture comme un automate, les clés serrées dans ma main à m’en faire mal, comme si la douleur physique pouvait couvrir le reste. Mais ça ne marche pas. Rien ne marche. Je m’arrête devant la portière. Mon cœur me brûle. Vraiment. Comme si quelqu’un l’écrasait à mains nues dans ma poitrine.

— Alec !

Je me fige une demi-seconde en entendant sa voix, puis je me retourne lentement, comme si chaque mouvement me coûtait, comme si j’allais exploser au moindre geste de trop. Elle est là. Avec son putain de sourire. Comme si elle venait de gagner un jeu. Comme si elle n’avait pas balancé une bombe au milieu de nos vies.

— Dégage… ou je te jure que je vais te faire mal, Alison.

Ma voix est basse. Calme. Mais c’est ce genre de calme qui annonce la tempête. Elle continue d’avancer, tranquille, presque fière.

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