Chapitre 49

4.1K 239 19
                                        

Kiara

J’ouvre lentement la porte du bureau de Derek après avoir frappé sans obtenir de réponse. Un soupir m’échappe quand je constate qu’il n’est pas là. Il faut absolument que je lui parle. Les stores sont tirés, la pièce est plongée dans une pénombre presque étouffante. Pourtant, quelque chose attire immédiatement mon regard : un dossier, posé sur son bureau. Je jette un coup d’œil derrière moi. Le commissariat est calme à cette heure-ci. Les quelques agents présents sont absorbés par leur travail, personne ne fait attention à moi. Parfait. Je me glisse à l’intérieur et referme la porte avec précaution, sans un bruit. Je contourne le bureau et m’installe dans son fauteuil. Mon cœur accélère déjà. Je savais que je ne devrais pas… mais tant pis. J’attrape le dossier. Danny Wheeler. Rien que de voir sa photo me fait serrer la mâchoire. Je tourne les pages rapidement, avide de réponses. 42 ans. Plus de 15 ans dans la police. Divorcé depuis 5 ans. Un fils de 10 ans. Profil propre. Aucun incident. Aucun dossier disciplinaire, ou alors… il a juste toujours su cacher son jeu. Je continue. Il n’a rien avoué. Silence total depuis son arrestation. Détention provisoire. Sa maison a été perquisitionnée le soir même. Rien. Pas une seule preuve compromettante. Putain… dommage.

Je serre légèrement le dossier entre mes doigts avant de tourner les dernières pages. Et là je me fige. Une descente est en préparation au Platinium. Une équipe va être montée. Mon cœur rate un battement. Alec ne m’en a même pas parlé. Je sens une pointe de colère monter. Et ce connard de Javer… ils vont aussi l’arrêter. Ils attendent juste le mandat. Enfin. Je referme le dossier en essayant de tout remettre exactement comme je l’ai trouvé. Même angle. Même position. Je repousse doucement le fauteuil pour qu’il soit parfaitement aligné comme si je n’étais jamais venue.

Il faut que je rentre chez moi. J’ai complètement laissé tomber le boulot… et ça commence à me manquer. Vraiment. Mais je n’arrive pas à décrocher de cette affaire. Ça tourne en boucle dans ma tête. J’aurais aimé retourner voir Spencer en prison pour lui dire que je ne l’abandonne pas, lui raconter tout ce qui se passe, mais je ne peux pas. Et surtout je pense à Fiona. À ce qu'elle m'a dit.  Ses mots résonnent encore. Fanny avait filmé quelque chose. Quelque chose d’assez grave pour la faire tuer.
Elle était venue ici… pour remettre cette vidéo à la police, mais elle est morte.
Et si…
Et si elle avait fait des copies ?
C’est exactement ce que j’aurais fait.
Wheeler, ou un de ses petits chiens, l’a peut-être tuée… mais ça ne veut pas dire que la preuve a disparu. Cette vidéo existe peut-être encore. Et si je la trouve… Je tiens quelque chose.

Je me dirige vers la porte et l’ouvre lentement, jetant un regard discret dans le couloir. Tout est calme. Je sors du bureau de Derek, et referme derrière moi sans faire de bruit. Je récupère mon sac. Alec et Brett sont partis en salle de réunion. Forcément… ils doivent parler de cette putain de descente au Platinium. Et moi ? Moi j’avais dit que je ne partirais pas d’ici, mais mon corps fait déjà le contraire. Je me dirige vers la sortie.

— Mademoiselle Williams ? Où allez-vous ?

Putain… lui. Le sergent de l’accueil. Celui qui me colle au cul dès que je bouge d’un mètre pour aller me griller une clope.

— Je vais fumer.

— Encore ?

Je me retourne vers lui, déjà saoulée.

— Ouais, encore. Un problème ? Vous préférez que je fume à l’intérieur ?

Il marmonne un truc incompréhensible, visiblement pas content, en contournant son bureau pour me rejoindre. Derek abuse. Sérieusement, c’est pas comme si j’allais me faire abattre dès que je mets un pied dehors. Depuis que Wheeler est tombé, plus aucun message, plus aucune menace. Donc ouais, à mon avis, tout venait de lui. Je pousse la porte et sors mon paquet de cigarettes. Je m’adosse contre le mur, tranquille, comme si de rien n’était. J’en allume une, tire plusieurs taffes lentement, juste pour le faire patienter. Il reste planté là, à me fixer. Je prends encore plus mon temps. Je sors mon téléphone, l’air de rien.
Faut que je m’en débarrasse. Maintenant. Je compose le numéro du standard… et j’attends. Quelques secondes plus tard, le téléphone sonne. Il râle en regardant l'accueil,  mais ne bouge pas. Merde. Il est sérieux, là ? Derek lui a vraiment mis la pression. Je raccroche. Je recommence. Nouvelle sonnerie. Je tire une taffe, puis je relève les yeux vers lui en inclinant légèrement la tête.

BRISÉE Des histoires addictives. Découvrez maintenant