Chapitre 28

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Kiara

Je froisse encore un dessin entre mes doigts, le papier craque avant de finir dans la poubelle déjà blindée. Elle déborde de boules de papier, comme si j’avais décidé de déclarer la guerre à mon propre talent. Putain. Rien ne sort aujourd’hui. Rien de propre, rien de potable. Juste de la merde. D’habitude, une feuille, un crayon, et j’oublie tout. Je me vide la tête, je respire. Mais là… c’est impossible. Mon cerveau tourne en boucle. Mon père. Cette putain d’agression. Cette affaire de meurtre. J’écrase mon crayon contre la table en serrant les dents. J’ai appelé Derek. Enfin… le capitaine Jensen. L’ami de mon père. Je le connais depuis que je suis gamine. Je l’adore. Mais il n’a rien. Rien de nouveau. Rien d’utile. Juste ses “mon équipe est dessus”. Ça m’aide pas. Ça me rend dingue. J’ai dormi trois heures. Trois putains d’heures. Le reste du temps, j’imaginais le pire. Et cette question qui revient sans arrêt… Il voulait quoi ? L’effrayer… ou le tuer ? Parce que s’il voulait le tuer… il peut revenir. Je passe une main sur mon visage, fatiguée. J’ai appelé Amanda aussi. On a parlé un moment. Elle a essayé, mais elle n’a pas les infos. Elle bosse sur d’autres dossiers...

Mais cette idée… ce truc dans ma tête, ça me bouffe. Elle tourne dans ma tête comme une obsession. C'est une très mauvaise idée. Une énorme connerie. Le genre qui finit mal. Mais j’arrive pas à l’ignorer. Il faut que je tente.

Je me lève d’un coup, attrape mon sac. Pas question d’en parler à Kessy maintenant. Elle serait capable de m’attacher à une chaise pour m’empêcher de sortir. J’attrape ma veste en cuir sur le porte-manteau et me dirige vers l’accueil. Mathilde est derrière son bureau, concentrée sur son écran, les sourcils froncés comme si elle décryptait un code secret.

— Décale tous mes rendez-vous pour aujourd’hui et demain. Et vois avec Kessy si elle peut gérer… Léa… merde, c’est quoi déjà son nom ?

Mathilde relève la tête immédiatement.

— Léa Troud.

Je grimace.

— Ouais. C'est tellement un nom de merde que j'ai oublié.

Je balance mes cheveux en arrière en sortant mes clés.

— Pourquoi ? demande-t-elle.

Je la fixe. Sérieusement ?

— Parce que je pars. Ça te pose un problème ?

Elle cligne des yeux.

— Oh non, pas du tout, je voulais juste savoir quoi dire à tes clients.

Je hausse les épaules.

— Que j’en ai marre de tatouer des cœurs, des prénoms, et des dessins Pinterest. Et que s’ils sont pas contents, qu’ils aillent voir ailleurs.

Elle me regarde, figée.

— Tu… veux vraiment que je dise ça ?

Je souffle, agacée.

— Putain, Mathilde… dis que j’ai un problème perso et que je m’excuse. C’était une blague.

— Ah d’accord. Je m’en occupe.

— Merci. Et dis à Kessy que je l’appellerai si je rentre pas cette nuit. Elle devra peut-être payer ma caution.

Mathilde relève la tête, inquiète.

— Ça aussi c’est une blague ?

Je lui lance un sourire.

— Non.

Je pousse la porte du salon, en la laissant figée sur son siège. Cette nana est trop stressée. Je vais devoir la décoincer un jour. Mais pas maintenant. Maintenant, j’ai autre chose à faire. Je dois aller voir Benjamin, si quelqu’un peut m’aider dans cette merde… c’est lui. Et vu l’idée que j’ai en tête je vais en avoir besoin.

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