Kiara
Il est presque deux heures du matin quand je rentre enfin. Mes poumons brûlent encore, mes jambes tremblent légèrement comme si elles avaient oublié comment s’arrêter, et mon souffle coupe en petites rafales irrégulières. La sueur colle mon tee-shirt à ma peau, mes cheveux sont plaqués sur mes tempes, et chaque pas dans l’allée jusqu’à la maison sonne comme un rappel : j’ai trop couru, trop vite, trop longtemps… mais au moins j’ai réussi à penser à autre chose. La maison est plongée dans une semi-obscurité. Lumière de sécurité dehors. La voiture de mon père est là. Super. Il est rentré. Je pousse la porte le plus doucement possible, entre comme une voleuse chez moi, referme derrière moi sans bruit et verrouille. Alarme activée. Routine parfaite. Mon corps continue pourtant de battre trop fort, comme si je n’avais pas encore quitté la course. J’accroche ma veste en cuir rouge et mon sac, j’évite mon reflet dans le miroir du couloir, et je traverse la maison avec mes écouteurs encore dans les oreilles, musique trop forte, basse qui tape contre mes tempes. Dans la cuisine je prends une bouteille d’eau, m’adosse à l’îlot central et bois de longues gorgées glacées. Ça calme à peine le chaos dans ma tête. Dormir ? Impossible. Je repose la bouteille, inspire profondément, puis je me dirige vers le salon avec l’idée très simple de m’écraser sur le canapé et de regarder n’importe quoi jusqu’à ce que mon cerveau lâche.bJ’appuie sur l’interrupteur. La lumière s’allume. Et mon cerveau, lui, plante immédiatement. Mon père. Angelica. Dans le canapé. En train de baiser. Elle est sur lui. Lui sur le canapé. Je reste figée. Une seconde. Deux. Le temps que mon cerveau comprenne ce qu’il voit et décide de refuser la mise à jour.
— Merde, Kiara !
Mon père bondit presque, attrape un coussin comme un réflexe militaire pour couvrir ce qui doit être couvert. Angelica pousse un cri aigu et disparaît à moitié derrière un autre coussin, comme si ça pouvait effacer ce que je viens de voir. Moi, je me retourne, et je retire lentement mes écouteurs. Très lentement. Comme une personne qui accepte son destin.
— Salut papa, dis-je calmement. Tu viens de me traumatiser à vie.
Je voulais jamais voir ça. Jamais. J'entends les bruits de vêtements qu’on enfile à toute vitesse, et j'ose enfin me retourner quand mon père me prévient qu'il est couvert. Angelica, elle, me fusille du regard comme si c’était moi le problème dans l’histoire.
— Tu fous quoi ici ?
Elle ose râler ? Les seins encore à l'air.
— Je vis ici, moi. Par contre toi ? Pourquoi t'es à poil dans le salon ? Heureusement j'ai pas entendu vos gémissements avec ma musique.
Mon père tousse, évite mon regard, récupère ce qu’il peut de dignité en même temps que son pantalon.
— Kiara… commence-t-il.
— Non t’inquiète. J’ai rien vu. Enfin si. Mais mon cerveau a décidé d’oublier pour survivre.
Angelica serre les dents, toujours assise, coussin devant elle comme un bouclier de guerre.
— On aurait dû monter, marmonne mon père, clairement mort de honte. C'est de ma faute. Angelica, habille-toi… et arrête de rester là.
— Bonne idée. File dans ta chambre, Angelica.
Elle attrape ses vêtements en vitesse en me lançant un regard qui promet une mort lente et créative. Elle sort sans un mot, et j'espère qu'elle a été privé de son orgasme. Mon père passe une main sur son visage.
— Ça va ?
— Ouais. J’étais juste venue regarder la télé.
— D’accord… bon. Ça n’arrivera plus. Bonne nuit.
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BRISÉE
RomanceUne rencontre épique dans un couloir le premier jour des cours, check ✔️ ! Foncer dans un beau gosse aux yeux océan qui est aussi le capitaine de l'équipe du bahut, check ✔️! Manquer de se faire virer à cause de sa grande gueule, check✔️ ! Se fa...
