Chapitre 51

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Kiara

Je cours. Enfin… j’essaie. Tout est flou. Les murs bougent. Le sol tangue sous mes pieds comme si j’étais sur un putain de bateau en pleine tempête. Ma respiration est complètement défoncée, trop rapide, trop bruyante. Putain… Derrick aurait pu prévenir avant que je m'envoie une dose de démon. D’habitude, même défoncée, j’arrive à réfléchir. À garder un minimum de contrôle. Mais là… Là c’est différent. C'est beaucoup trop fort, comme si on m’avait injecté un cocktail directement dans le cerveau.

— Pétasse ! Reviens ici, je vais t’abattre comme une chienne !

La voix de Marco claque derrière moi. Mon cœur explose dans ma poitrine. Un sifflement me vrille les oreilles, j’entends à peine ses pas. J’ai l’impression de manquer d’air, comme si quelqu’un m’écrasait la cage thoracique. J’ouvre la bouche, je cherche de l’oxygène. Je cours au hasard, mes cheveux collent à mon visage trempé de sueur. Mes jambes répondent à peine, elles tremblent comme si elles allaient me lâcher d’une seconde à l’autre. Je tourne dans un couloir, manque de me casser la gueule, me rattrape au mur.

Respire, Kiara. Respire.

Je me retourne. Personne. Ou peut-être si. Je sais même plus. Je pousse une porte au hasard et me glisse à l’intérieur, refermant derrière moi sans faire de bruit. Je plaque mon dos contre la porte, mes yeux cherchent autour de moi. C'est une réserve. Des étagères, des cartons, des bouteilles d’alcool empilées partout. Mes doigts tremblent tellement que j’ai du mal à verrouiller. Ils vont venir me chercher. Derrick a dit qu’ils allaient venir. Je dois attendre. Me cacher. Je ferme les yeux une seconde. Putain, j’ai l’impression que mon cœur va exploser. BAM. Je hurle. Un coup violent fait vibrer la porte. Puis un autre.

— Ouvre cette putain de porte !

Marco. Sa voix est juste derrière. Je pose mes mains contre la porte, comme si ça allait servir à quelque chose. Spoiler : ça sert à rien. Il cogne encore. Plus fort. Le bois craque. Putain. Je passe la main dans mon dos, récupère l’arme qui tremble dans mes doigts. Je recule, vise la porte.

— Casse-toi ! Je tire si tu rentres !

Ma voix tremble. Je respire comme une malade. Mes mains serrent l’arme, mais j’ai l’impression qu’elle va m’échapper. Je n'arrive pas à me concentrer. Mon esprit est en feu. Des images me frappent en pleine gueule. L’accident. Le sang. Ma mère. Mon frère. June. Fiona. Ils sont tous mort. Tous. Et je sais que j'arriverais jamais à tuer quelqu'un d'autre.

La porte cède d’un coup. Marco entre un peu trop calmement. Je le vise, mais mon doigt reste figé.

— Tu devrais fuir… lâché-je, la voix brisée.

Des larmes coulent sans que je puisse les arrêter. Elles roulent jusque dans ma bouche, salées, dégueulasses.

— Je sais pas comment t’as fait pour prévenir les flics… ni pourquoi t’as une arme, dit-il en avançant. Mais moi, j’ai pas l’intention de crever. Et toi, tu viens avec moi.

Non. Je secoue la tête en tirant sur le côté. La balle explose dans le mur, et il n'a même pas un putain de sursaut.

— C’est dur de tuer, Kiara ? Qu’est-ce que t’attends ?

Je serre l’arme encore plus fort. Mes mains tremblent. Tout mon corps tremble.

— Me force pas, crié-je en pleurant, j’ai pas envie d’être à cinq. Pars. S'il te plaît, me laisse pas être à cinq.

Je peux pas en ajouter un autre. Même lui. Il mérite de mourir. Je le sais. Tout le monde le sait, mais mon doigt… ne bouge pas. Impossible. C’est comme si mon corps refusait d’obéir. Et mon esprit continue de prendre feu, de me ramener dans cette voiture.

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