Kiara
Je me gare dans la cour. La voiture de mon père n’est pas là. Évidemment. Je coupe le moteur et reste une seconde sans bouger, les mains encore posées sur le volant. J’ai réussi à rentrer. Encore une fois. Sans crever. Sans tuer personne. Petite victoire. La maison est calme, trop calme. Il commence à faire nuit, les lumières sont déjà allumées à l’intérieur. Je rentre plus tard que d’habitude. J’ai traîné à la bibliothèque pendant des heures, noyée sous les cours, les notes, le retard. Quatre jours. Ça fait quatre putain de jours que je suis à la fac. Et j’ai à peine vu mon père.
J’ouvre la porte, balance mon sac au sol sans douceur et file directement dans la cuisine. J’attrape une bouteille d’eau, bois directement au goulot. Anita est là, fidèle au poste, en train de cuisiner. L’odeur est bonne. Trop bonne pour quelqu’un qui n’a pas vraiment faim.
— Ça a été les cours ?
Je referme la bouteille.
— Ouais. On m'adore. Mon père rentre quand ?
Elle ne répond pas tout de suite. Elle me désigne simplement une enveloppe posée sur le comptoir.
— Tard. Il m’a demandé de te préparer ton repas.
Bien sûr. Je m’approche, attrape l’enveloppe. Soupir. Encore. Toujours. De l’argent à la place d’un père.
— Merci… mais t’étais pas obligée, dis-je en haussant les épaules. Je sais me débrouiller.
Elle me lance un petit regard.
— Ça ne me gêne pas.
Je hoche la tête, sans insister.
— Je monte. Je mangerai plus tard. Tu peux rentrer, ça ira.
— Je partirai quand j’aurai fini, répond-elle calmement. Je te laisse tout dans le four.
— Merci.
Je récupère mon sac et monte directement dans ma chambre. Je m’assois sur mon lit et ouvre l’enveloppe. Un mot. Rapide. Froid. Efficace.
“Désolé j’ai beaucoup de travail, commande-toi à manger si Anita fait ce que tu n’aimes pas.”
Je fixe le papier une seconde. Puis je regarde l’intérieur. 500 dollars. Je laisse échapper un petit rire. Sérieusement… Il pense vraiment que ça remplace sa présence ? Que je vais me sentir mieux parce que je peux commander trois fois trop de bouffe que je ne mangerai même pas ? Je replie le mot. Range l’argent dans un tiroir. Comme toujours. Comme si ça n’avait aucune valeur. Parce que ça n’en a pas. Pas pour ça. Je me laisse tomber en arrière sur mon lit, fixe le plafond quelques secondes… puis je me redresse. J’ai besoin de me vider la tête. Je sors mon carnet. Mon crayon. Et je reprends mon dessin. Les traits reviennent naturellement, presque violemment. C’est sombre. C’est lourd. C’est tordu. Mais c’est beau. À ma façon. J’ai hâte de l’avoir sur la peau. Gravé. Impossible à effacer. Comme le reste.
Je dessine sans pause, sans bouger. Sans respirer vraiment. Le crayon gratte le papier, encore et encore, comme si je pouvais creuser à travers la page, comme si je pouvais sortir tout ce que j’ai dans la tête. J’aime ça. C’est le seul moment où ça se tait un peu. Le seul moment où je contrôle quelque chose. Mais le soir… c’est toujours pire. Toujours. Je le sens arriver avant même que ça commence. Cette pression dans la poitrine. Cette boule qui remonte dans la gorge. Ce truc qui grince dans ma tête. Je ferme les yeux. Erreur. Tout revient. D’un coup. Violent. Brut. Je revois mon frère. Couvert de sang. Trop de sang. Ses cris me déchirent les oreilles, même maintenant. Il hurle, il pleure, il me regarde comme si j’étais la seule personne au monde capable de le sauver.
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BRISÉE
RomansaUne rencontre épique dans un couloir le premier jour des cours, check ✔️ ! Foncer dans un beau gosse aux yeux océan qui est aussi le capitaine de l'équipe du bahut, check ✔️! Manquer de se faire virer à cause de sa grande gueule, check✔️ ! Se fa...
