Chapitre 2

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Kiara

Je sursaute quand le matelas s’affaisse derrière moi. Pas le temps de réagir qu’une main me froisse déjà les cheveux comme si j’étais un chien. Je reconnais le geste avant même de le voir. Noah. Je tourne la tête en soupirant, et évidemment, il a ce sourire de con insupportablement charmant, celui qu’il sort quand il sait déjà qu’il m’a énervée.

— Ça fait plaisir de te voir hors de ses murs.

Je lui lance un regard en coin, mi-agacée, mi-fatiguée. Ouais. Hors de ses murs. Plus ou moins. À l’intérieur, je suis encore en train de survivre au manque, aux nuits trop longues, aux séances où des gens me regardent comme un puzzle cassé en attendant que je me “répare”. Ils connaissent mon histoire. Tous les détails. Et pourtant, ils continuent de me répéter que c’était un accident, comme si ça rendait tout plus facile à avaler. J’ai essayé de fuir plusieurs fois du centre. Spoiler : ils ferment les portes comme une prison cinq étoiles.

Noah s’allonge à côté de moi, comme chez lui. Je lui tape la main pour qu’il arrête de tripoter mes cheveux, et il me répond avec un air faussement offensé. Je roule des yeux, puis je lui dépose un bisou rapide sur la joue avant de refermer mon carnet de dessins.

— Alors ton entraînement ? dis-je en me tournant vers lui. J’ai devant moi le futur champion de basket, ou juste un gars qui transpire dans un gymnase pour rien ?

Il lâche un rire, celui qui résonne toujours un peu trop fort dans une pièce.

— J’espère que oui ! Et toi, tu vas enfin venir voir mes matchs. T’es vraiment une amie de merde, Kiara.

Je rigole, parce qu’il a raison. Totalement. Ça fait plus d’un an que je suis revenue vivre ici, et j’ai jamais mis un pied dans ce gymnase. À l’époque, je sortais déjà plus. Je vivais enfermée dans ma chambre, dans ma tête, dans mes merdes. Mon père ne disait rien. Il n’avait probablement même pas le temps de remarquer. Et après… après, j’ai sombré dans la drogue. Mais maintenant, c’est différent. Maintenant je dois retourner en cours. Commencer ma première année à l'université. Celle où Noah étudie.

— Promis, cette fois je viendrai.

On s’installe tous les deux sur le dos. Je lui file un de mes écouteurs et il glisse ses doigts dans les miens, à me serrer la main. Il sait tout. Pas juste “ce qui s’est passé”. Tout. Sa mère aussi. Personne n’a jamais jugé. Même quand c’était moche. Même quand c’était incompréhensible.
Ses cheveux châtain clair sont encore humides de sa douche, et il tourne légèrement la tête vers moi. Je capte tout de suite que derrière son sourire tranquille, il est tendu. Inquiet.

— Promets-moi que tu vas pas recommencer, Kiara. T’as compris ? Je suis là, ok ? Toujours.

Je souffle doucement.

— Ça va aller, Noah.

Il me croit pas vraiment. Moi non plus, parfois.

— Jack sait que t’es sortie ? lâche-t-il en fronçant les sourcils. Putain j’espère qu’il va te laisser tranquille.

Mon ventre se serre instantanément. Jack. Même son nom a un goût dégueulasse.

— Aucune idée. Et honnêtement… j’en ai rien à foutre.

Je marque une pause, puis je tourne légèrement la tête vers lui.

— C’est fini entre nous. C’était juste mon dealer.

Noah se redresse à moitié.

— Oui, mais tu couchais avec lui.

— Mais j’étais défoncée. C’était pas une relation, c’était une mauvaise idée avec un prénom.

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