Chapitre 41

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Alec

Je suis devant le salon de tatouage de Kiara depuis plusieurs minutes déjà, immobile, comme si mes pieds avaient oublié comment repartir.

“4’Ink Tattoo”.

Je fixe le nom sans vraiment cligner des yeux. Le 4 me reste en tête, comme une anomalie. Comme une clé. Comme un truc qui m’énerve parce que je n’en comprends pas le sens. Et chez Kiara, tout a toujours un sens caché.
La façade est blanche, froide, presque clinique. Le logo noir tranche dessus avec une simplicité assumée. Deux grandes vitrines encadrent la porte, exposant des photos de tatouages, des avant-bras encré, des dos entiers devenus œuvres vivantes. C’est propre, maîtrisé, sans surcharge. Rien à voir avec l’image que les gens se font d’un salon de tatouage. Et pourtant, ça lui ressemble tellement. Elle a beau jouer les filles dangereuses, Kiara n’a jamais été dans le chaos visuel. Elle est dans le contrôle. Dans le détail. Dans ce truc insupportable qui fait qu’on ne peut pas l’ignorer. Je pousse la porte. Une clochette sonne doucement. L’intérieur est encore plus fidèle à elle que l’extérieur. Minimaliste. Blanc cassé. Noir mat. Odeur d’encre et de désinfectant. Le genre d’endroit où tout semble calme, mais où quelque chose travaille sous la surface. Les murs sont couverts de flashs encadrés, de dessins originaux, de pièces finies photographiées avec précision. Chaque coin raconte une histoire.

Une petite blonde lève la tête derrière un comptoir. Lunettes fines, air professionnel.

— Bonjour, je peux vous aider ?

— Kiara, dis-je simplement. Je viens la voir.

Son sourire ne bouge pas, mais ses yeux, si.

— Elle n’est pas disponible pour le moment.

— Elle en a pour combien de temps ?

— Oh elle n'est pas avec un client. Quel tatouage voulez-vous ? Je peux vous trouver une date avec Kessy, elles travaillent à deux.

— Non. Je dois parler à Kiara. J'en ai pas pour longtemps.

Je traverse déjà son salon pour la trouver. Je prends sur la gauche en espérant ne pas tomber sur Kessy, et je pousse la porte sans frapper. Kiara est là. Elle se fige une demi-seconde avant que son regard ne se plante dans le mien. Et je sens ce truc me traverser encore une fois. Toujours le même. Toujours violent. Comme un choc mal placé dans la poitrine. Deux jours... Deux jours sans la voir et ça me rend déjà fou.

Elle rassemble ses papiers d’un geste sec.

— Qu’est-ce que tu fous là, Alec ?

Je ne réponds pas parce que je vois sa gorge. Une marque. Violacée. Trop nette pour être un accident. Mon regard s’y accroche, et quelque chose change dans mon ventre.

— Kiara… dit la blonde derrière moi. Je lui avais dit de ne pas déranger. Je peux appeler la police si tu veux ?

Non, mais elle est sérieuse ? C'est pas comme si j'allais l'agresser. Mes collègues vont bien se marrer si on les appelle pour ça, on a autre chose à faire.

— Non, coupe Kiara sans même la regarder. C’est bon. Merci, Mathilde.

La porte se referme derrière elle. On est seuls.

— Je suis pas d’humeur, Alec. Rentres chez toi.

Elle contourne son bureau, s’éloigne un peu, comme si elle mettait volontairement de la distance entre nous. Comme si elle savait exactement ce que ma proximité lui fait. Je déteste à quel point je la remarque. À quel point je la respire. À quel point elle me manque alors que je suis en face d’elle.

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