Kiara
Assise dans le réfectoire, je suis à moitié affalée sur ma chaise, les écouteurs enfoncés dans les oreilles, la musique assez forte pour couvrir le brouhaha sans pour autant m’en couper complètement. Mon crayon glisse sur le papier, précis, presque nerveux, comme si chaque trait me permettait d’évacuer un peu de ce que j’ai dans la poitrine. Autour de moi, ça rit, ça parle fort, ça vit. Moi, je reste dans ma bulle. C’est plus simple comme ça. Jusqu’à ce que mon regard accroche une scène un peu plus loin. Je relève lentement la tête. Un basketteur. Immense. Le genre de mec qui prend toute la place, même quand il ne fait rien. Épaules larges, démarche assurée, regard hautain. Et en face de lui… la petite brune. La même que l’autre jour. Celle qu’Alison avait fait tomber. Elle tient son plateau à deux mains, les doigts crispés autour du plastique comme si c’était la seule chose qui la maintenait debout. Ses épaules sont rentrées, son regard fixé sur le sol, et même d’ici, je vois qu’elle tremble.
Je baisse légèrement le son, sans enlever mes écouteurs, juste assez pour capter la scène.
— Sérieusement ? Même pas un A ? T’es vraiment bonne à rien.
Sa voix est sèche, méprisante, presque amusée. Elle ne répond pas. Pas un mot. Elle recule d’un pas. Puis d’un autre. Jusqu’à ce que son dos heurte le mur. Coincée. Littéralement coincée. Personne ne bouge. Personne ne dit rien. Comme si c’était normal. Je sens ma mâchoire se contracter, mes doigts se crisper autour de mon crayon. Putain… Je ferme mon carnet d’un geste un peu trop brusque, glisse mes affaires dans mon sac sans quitter la scène des yeux. Mes gestes sont lents, contrôlés, mais à l’intérieur, ça bouillonne déjà. Noah entre à ce moment-là. Il me voit. Et il comprend immédiatement. Son regard se ferme, il secoue la tête dans ma direction, et s'avance vers son coéquipier.
— Laisse-la tranquille, Tony.
Tony ne lui accorde même pas un regard. Pire. Un sourire étire ses lèvres. Et sans prévenir, il balance sa main dans le plateau de la fille. Le choc est violent. Le plastique claque, la nourriture s’écrase au sol dans un bruit humide et dégueulasse. Elle sursaute comme si elle venait de recevoir une décharge électrique. C’est bon. C’est fini. Je pose mon sac sur la table la plus proche, sans précipitation. J’attrape un flacon de sel. Je le tourne entre mes doigts une seconde. Puis je l’ouvre. Je verse une bonne dose dans ma paume, referme le flacon, et commence à avancer. Chaque pas est calme. Mesuré. Mais à l’intérieur, tout hurle. Pas pour moi. Pour elle. Je m’arrête juste derrière lui, et je siffle. Un son bref, sec. Il se retourne. Pile au moment où je lui balance le sel en plein visage. Le geste est rapide, précis. Les grains frappent sa peau, ses yeux.
— PUTAIN !
Il recule d’un coup, ses mains se plaquent sur son visage, ses paupières se ferment dans un réflexe brutal. Il grogne, insulte, se frotte comme un dingue. Je fais un pas en avant. Mon poing part. Direct. Je sens l’impact contre sa mâchoire, dur, violent. La douleur remonte immédiatement dans mes doigts, une décharge qui me fait serrer les dents. Putain, ça fait mal. Mais ça vaut le coup.
— Tu vas la laisser tranquille, enfoiré.
Ma voix est basse, tendue, chargée de tout ce que je retiens. Il se redresse lentement. De toute sa hauteur. Il est énorme. Rouge de colère, les yeux encore larmoyants, injectés, brillants à cause du sel. Son regard me transperce avec une haine brute, animale.
— Tu vas le regretter.
Ok. Là, mon cœur accélère. Parce que s’il me frappe, je suis foutue. Mais je ne bouge pas. Pas d’un millimètre. Je relève légèrement le menton, le fixe droit dans les yeux.
— J’attends de voir ça. Vas-y. Frappe-moi.
Noah se place devant moi en une seconde, tendu, prêt à démolir le monde.
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BRISÉE
Roman d'amourUne rencontre épique dans un couloir le premier jour des cours, check ✔️ ! Foncer dans un beau gosse aux yeux océan qui est aussi le capitaine de l'équipe du bahut, check ✔️! Manquer de se faire virer à cause de sa grande gueule, check✔️ ! Se fa...
