Chapitre 54

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Alec

Je grimace en avalant une gorgée de café devenu froid depuis longtemps. Le goût est dégueulasse, amer, mais je m’en fous. J’ai besoin de tenir. Je repose la tasse sans douceur et me laisse retomber contre le dossier de ma chaise, épuisé. Mon stylo claque contre le bureau, roule entre les feuilles éparpillées devant moi. Des noms, des photos, des notes griffonnées à la va-vite, des horaires, des liens supposés… et au final, rien. Putain, rien. Je passe une main sur mon visage, fatigué, les yeux brûlants. Ça fait des heures que je suis là, à tourner en rond. Des heures à essayer de comprendre qui peut vouloir du mal à Kiara. Depuis qu’elle m’a montré cette carte, je suis incapable de penser à autre chose. Je dors plus. Je mange à peine. J’ai cette pression constante dans la poitrine, comme si quelque chose allait exploser à tout moment.

Je regarde encore une fois les dossiers ouverts devant moi. Les Irlandais. Tous. J’ai remonté leurs vies une par une. Familles, amis, anciennes relations, dettes, rancunes… j’ai tout passé au crible. Et j’ai que dalle. Rien qui colle. Rien qui explique ces menaces. Je fixe les cartes étalées sur le bureau. Les messages. Les mots. Toujours les mêmes tons froids, calculés… mais un message en particulier n'arrête pas tourner en boucle en moi.

Elle doit payer de l’avoir tuée.
Quoi ?
Qui ?
Kiara n’a tué personne. Pas de sang-froid. Pas prémédité. Alors c’est quoi ce délire ?

Je me redresse brusquement, attrape une feuille, la relis pour la centième fois comme si une réponse allait apparaître par magie. Ça ne peut pas venir de ma famille. J’ai vérifié. Encore et encore. La sienne ? Il ne lui reste que son père, et il est hors jeu. Fiona ? Personne ne sait que Kiara a retrouvé son corps. Et même si c’était le cas, elle n’a rien à voir avec sa mort. Alors qui ? Qui est ce putain d’enfoiré qui la traque ?

Je serre les poings sans m’en rendre compte en pensant à ce qu'il s'est passé. Le coup de feu. Le souvenir me percute de plein fouet. J’entends encore la détonation à travers le téléphone. Mon sang s’était glacé. J’ai cru… j’ai vraiment cru que je l’avais perdue. Et puis Marco. Son arme pointée sur elle. Et moi… bloqué. Incapable de tirer. Aucun angle. Aucun putain de moyen de la sortir de là. Cette sensation… je ne veux plus jamais la revivre. Jamais.

Perdre la femme que t’aimes… c’est pas juste une douleur. C’est comme si on t’arrachait quelque chose de vital. Comme si ton propre corps lâchait.

Je passe mes mains sur mon visage, tente de reprendre le contrôle. Je me penche à nouveau sur le dossier. Chaque détail compte. Il y a forcément un lien quelque part. Dans ce genre d’affaires, c’est toujours quelqu’un de proche. Quelqu’un qui observe. Qui connaît les habitudes. Avec Brett, on a commencé à passer en revue tous les clients de son salon. Un par un. Des centaines de noms. Des heures à vérifier des profils, des alibis, des historiques. C’est long. Trop long. Ce matin, j’ai même vérifié le casier judiciaire de Kessy. Elle vit avec Kiara. Elle est proche d’elle. Elle pourrait jouer un double jeu… mais non. J’y crois même pas. Pas avec la façon dont elle la regarde. Pas avec la manière dont elle parle d’elle. Elle tient vraiment à Kiara. Et moi… je suis à des kilomètres, coincé ici à fouiller du papier pendant qu’elle est là-bas, potentiellement en danger. Ça me rend dingue. J’ai envie d’être avec elle. De la voir. De m’assurer qu’elle va bien. De la garder près de moi et de plus jamais la lâcher. Mais je peux pas. Pas tant que j’ai pas mis la main sur celui qui veut Kiara. Elle me manque, putain. Il faut que je lui parle. Mon téléphone. J’en ai besoin. Je le cherche du regard, soulève les dossiers, pousse les papiers. Je finis par mettre la main dessus, coincé sous une pile. J’appuie sur l’écran, mais rien.

— Et merde…

Plus de batterie. Je le branche rapidement sur la base de chargement posée sur le coin du bureau, le regarde se charger lentement. Dès qu’il démarre, je l’appelle. Je dois entendre sa voix. Qu’elle me dise que tout va bien. Qu’elle est en sécurité.

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