Chapitre 52

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Kiara

J’encaisse ma dernière cliente en prenant le temps de lui sourire, même si la fatigue tire encore un peu sur mes traits.

— Merci beaucoup. Prenez soin de votre tatouage… et de vous, ajouté-je en lui tendant son ticket.

Elle me remercie, ravie, avant de quitter le salon. La porte se referme doucement derrière elle, et pendant une seconde… juste une seconde… je savoure le calme. Ça fait du bien d’être là. Vraiment. L’odeur de l’encre, le bourdonnement des machines, les croquis éparpillés… tout ça m’avait manqué plus que je ne voulais l’admettre. Reprendre le travail, retrouver ce rythme, cette normalité… ça me fait un bien fou. Trois jours. Trois jours depuis que Marco est mort. Trois jours depuis que tout a explosé… et que tout s’est arrêté. Ses hommes sont arrêtés, l’affaire est entre les mains de la justice, et pour la première fois depuis longtemps je peux respirer sans avoir l’impression qu’on va me planter un couteau dans le dos. Ou une balle dans la tête.

Je m’étire légèrement en passant une main dans mes cheveux avant de me tourner vers Mathilde.

— Tu peux rentrer, Mathilde. Je vais rester un peu pour finir la paperasse.

Je grimace presque en pensant à tout ce qui m’attend dans le bureau. Les factures, les contrats, le retard accumulé… un vrai bordel. Kessy ne bossait pas aujourd’hui, moi non plus à la base. Mais rester chez moi à tourner en rond, très peu pour moi. J’avais besoin de revenir ici. De faire quelque chose de concret. D’utile. Et surtout… de penser à autre chose. Mathilde s’est proposée direct quand elle a su que je revenais. Elle a pas hésité une seconde. Et faut reconnaître qu’elle assure. Rapide, précise, propre dans son travail. Avec Kessy, on a même prévu une petite soirée à trois ce week-end. Histoire de détendre l’atmosphère… et de voir un peu qui elle est vraiment en dehors du taf.

— D’accord. À demain alors, répond-elle en se levant.

Elle attrape son sac à main, passe la sangle sur son épaule avec un geste fluide. Elle a toujours ce petit côté assuré, presque trop pour quelqu’un qui vient d’arriver… mais ça me dérange pas. J'aime ça.

— Je vais préparer ton contrat d’embauche, ajouté-je en me rapprochant du comptoir. Désolée, j’ai pas eu le temps avant.

Elle s’arrête net avant d’atteindre la porte. Se retourne vers moi avec un grand sourire.

— Merci. Et t’inquiète pas… je suis au courant pour ce qu’il s’est passé. Tu avais d'autres choses à gérer. Tu vas pas regretter de m’avoir.

Elle me fait un signe de la main avant d’ouvrir la porte. La clochette tinte doucement tandis qu’elle disparaît dans la rue. Le silence retombe aussitôt. Je reste immobile quelques secondes, les bras croisés, les yeux fixés sur la porte fermée. Elle est… bizarre cette fille, mais plutôt sympa. Je secoue la tête, comme pour chasser une pensée, puis je me dirige vers mon bureau.

_______

Je passe prendre le courrier avant de monter chez moi. Des pubs, des factures, des trucs inutiles… comme d’habitude. Je marche lentement dans le hall en triant les enveloppes, les miennes d’un côté, celles de Kessy de l’autre. J’appuie sur le bouton de l’ascenseur sans vraiment regarder ce que j’ai entre les mains. Les portes s’ouvrent dans un petit bruit métallique. Et là mon cœur rate un battement. Une enveloppe rouge. Pas bordeaux. Pas rose. Rouge vif. Agressive. Impossible à louper au milieu des autres enveloppes blanches.

Je la fixe en entrant dans l’ascenseur, comme si elle allait me sauter à la gueule. Non… non c’est pas possible. Tout est terminé. Marco est mort. Ses hommes sont en taule. L’affaire est bouclée. Alors pourquoi j’ai cette sensation glaciale qui me remonte le long de la colonne vertébrale ? Je tourne l’enveloppe entre mes doigts, hésitante. J’ai pas envie de l’ouvrir. Pas du tout. C’est sûrement une connerie. Une pub. Ou pire… une blague de Kessy. Ça lui ressemblerait tellement de me faire un truc du genre. Ouais. C’est ça. C'est elle.

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