Chapitre 3

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Kiara

Il est midi quand je passe la porte de la cafétéria. L’heure où tout le monde se regroupe, se jauge, se classe. Un zoo. Je prends une bouteille d’eau, un sandwich sans même regarder ce que c’est, de toute façon, j’ai à peine faim, puis je me dirige vers une table. La majorité des étudiants est dehors, en petits groupes bien organisés. Les populaires. Les sportifs. Les discrets. Les faux discrets. Les “je suis différent” qui sont tous identiques. Des clans. Toujours des clans. Très peu pour moi. Je m’installe, seule, comme prévu. Et ça me va très bien. J’ai déjà entendu assez de conneries pour la journée. Trois heures ici et j’ai l’impression d’avoir assisté à dix saisons d’une série dramatique. Deux filles ont passé tout un cours à démonter la vie des autres. Et pas à moitié. Elles savent tout. Qui couche avec qui. Qui trompe qui. Qui fait semblant d’être riche. Qui est réellement pauvre. Franchement, j’ai halluciné. C’est pas une fac, c’est un tribunal permanent. Je mange tranquillement, écouteurs dans les oreilles, coupée du monde. J’ouvre un livre, histoire de m’occuper et surtout… d’envoyer un message clair : ne venez pas.

Je suis plongée dans ma lecture quand je sens une présence. Puis plusieurs. Je lève les yeux. Et là… Oh. Le cliché. Une blonde débarque avec toute une cour derrière elle. Talons aiguilles. Robe rouge parfaitement ajustée, serrée à la taille, évasée juste ce qu’il faut. Cheveux ondulés, brillants, mouvement calculé. Sac accroché à l’avant-bras comme si elle sortait d’un défilé. Elle avance lentement. Trop lentement. Comme si chaque pas devait être regardé. Et ça marche. Tout le monde la regarde.
Et elle adore ça. Ça se voit. C’est le genre de fille qui se nourrit de l’attention des autres. Elle s’arrête devant ma table. Main sur la hanche. Regard de haut en bas. Doigt levé vers moi. Ah.
On y est. J’enlève un écouteur, sans me presser, et je la fixe droit dans les yeux.

— C’est notre table.

Sa voix est claire, posée, habituée à être obéie. Je regarde autour de moi. Des tables vides. Partout. Je reviens à elle.

— Et alors ? Y a de la place ailleurs.

Silence. Derrière elle, ses copines mettent leurs mains devant leur bouche comme si je venais d’insulter une divinité. Elle me toise encore plus fort.

— Tu sais qui je suis ?

Et là… je rigole. Vraiment. Pas un petit sourire poli. Non. Un rire franc, incontrôlé.

— Non… et j’en ai absolument rien à foutre.

Sa mâchoire se crispe. Elle jette un coup d’œil autour d’elle. Elle cherche un public. Une validation. Un soutien.

— Je suis Alison Nelson. La fille du directeur.

Ah. Ça explique le niveau de confiance injustifié. Je hoche lentement la tête.

— Et ?

Je penche la tête, faussement intéressée.

— C’est censé m’impressionner ?

Quelques rires fusent autour. Discrets. Mais présents. Et ça… ça la tue. Je le vois. Elle devient rouge. Exactement de la même couleur que sa robe.

— Écoute-moi bien, sale petite pétasse, crache-t-elle. Ici, c’est moi qui décide. Je peux faire de ta vie un enfer en claquant des doigts. Alors tu vas dégager.

Wow. Son père doit être fier. Je referme doucement mon livre. Calme. Très calme.

— Donc en résumé… t’es une garce qui se croit importante parce que papa est directeur.

Ses yeux me fusillent. Littéralement.

— Ouais, je suis une garce, assume-t-elle. Et crois-moi, je vais bien m’amuser avec toi.

BRISÉE Où les histoires vivent. Découvrez maintenant