Prologue

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Je devais aimer souffrir ou le conflit, je ne m'étais pas encore décidée. Je ne voyais aucune raison autre qui expliquerait pourquoi est-ce que j'étais ici, seule dans l'appartement en train de prendre une douche, au lieu de sortir avec mes copines pour notre soirée hebdomadaire du samedi. J'aurais dû abandonner toute morale, je le savais, et pourtant me voilà sous l'eau brûlante de la douche, à ressasser exactement le processus qui m'avait fait tomber dans ce traquenard. 

1. J'aurais dû oublier d'appeler mon oncle. 

2. J'aurais dû faire comme si ne pas voir mon père pendant près d'un an ne me dérangeait pas. 

3. J'aurais dû pour une fois mettre en silencieux mon téléphone. 

4. J'aurais dû tomber malade après avoir accepté.

En arrivant devant la tenue accrochée à la porte de la salle de bain, un soupir m'échappa, comme pour signaler au silence que j'étais frustré. Je regrettais tous les choix qui m'avaient mené à accepter le rendez-vous de ce soir. Personne ne m'y avait obligé, pas de couteau sous la gorge ou bien de pistolet sur la tempe, mais un téléphone à l'oreille et un père un peu trop suppliant avaient suffi.

Je devais relativiser, peut-être que ce soir serait différent. Ce n'était pas parce que toutes les soirées que je passais avec mon père depuis des années finissaient de la même manière que celle-ci ne pouvait pas avoir un autre dénouement. Je connaissais ces réceptions par cœur, des habitudes qui s'étaient imprimées en moi à l'encre noire dès le plus jeune âge. Avouer à mon père pourquoi j'avais arrêté de le suivre me paraissait maintenant ridicule, mais le simple fait de me retrouver dans une pièce bondée pour parler à mon père le quart d'une dizaine de minutes avant que nous soyons interrompues par quelqu'un, me hérissait les poils.

"Albert Einstein disait que la folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent" m'avait dit Nini avant de partir pour notre soirée hebdomadaire. Nini avait rarement tort ce qui ne m'empêchait pas d'espérer que cette fois, je ne finirais pas à siroter des cocktails à côté de mon père qui discutait avec un ingénieur ou je ne sais qui. 

Mon pire cauchemar en cet instant précis était de me retrouver dans une soirée remplie d'hommes qui adoraient se flatter sur fait qu'ils aimaient regarder des voitures tourner en rond pendant pratiquement deux heures. Pourtant c'était bien la raison pour laquelle je m'habillais ce soir.

J'aurais dû tourner une vidéo pour cette soirée. Peut-être trouverais-je le courage de le faire une fois là-bas, mais pour l'heure je souhaitais tout bonnement oublier l'existence de cette soirée. J'avais fini le montage de ma dernière vidéo avant de rentrer dans la salle de bain. J'adorais l'adrénaline que me procurait le fait de tourner et de poster au début, mais maintenant ce n'était plus qu'une habitude. Faire des directs, des vidéos et des défis faisaient partie de mon quotidien, comme d'autres allaient au travail. Ce qui ne m'empêchait pas de continuer à m'amuser en le faisant.

J'observais mon reflet plusieurs secondes, avant de soupirer une nouvelle fois et de placer mes cheveux dans un chignon. Le chignon était fin prêt quand mon téléphone s'illumina, mes doigts se refermèrent dessus avec l'espoir que la soirée était annulée, mais à la place ce n'était que Nini qui m'avait envoyé sa localisation une fois arrivé au bar, tout en me souhaitant une "merveilleuse soirée" de mon côté. 

Je grimaçais à cette pensée, être présentée à toute l'équipe de Mercedes n'était vraiment pas quelque chose que j'aimais faire. Je ne détestais pas les employés de chez Mercedes, la plupart étaient très avenants, mais mon père ne pouvait jamais s'empêcher de rendre la situation étrange en indiquant que j'étais célibataire, comme si je prévoyais de choisir quelqu'un dans le milieu.

La porte de la salle de bain se referma derrière moi alors que j'attrapais mon sac déposé au préalable négligemment sur mon lit. J'y enfonçais un livre, mon téléphone et ma caméra. Quand l'alarme de la cuisine se mit à retentir, me rappelant qu'il fallait que je parte. Je sortis de ma chambre, traversais l'appartement.

Je mis lentement mes basquettes, m'imaginant déjà les commentaires que j'allais recevoir durant la soirée sur le fait que porter des basquettes avec une jupe était un faux pas. Cependant je trouvais que la chose la plus difficile que je connaissais était de courir en talon, et tout en sachant que je prenais les transports en commun la plupart du temps, il arrivait malheureusement que ce ne soit indispensable. Nous avions compris cela très vite Nini et moi quand nous avions emménagé : les talons étaient réservé es aux journées où nous prenions un taxi. Le reste du temps les talons étaient bannis de nos garde-robes.

En réalité, je ne craignais pas d'être blessée par les commentaires, je m'en fichais, mais les gens pourraient avoir la décence de s'occuper de leurs affaires. Surtout en considérant le fait qu'ils n'ont remporté aucun championnat cette saison, mais ils se permettaient de célébrer. 

Etant incapable de pouvoir poser mon regard sur des monoplaces sur un circuit plus d'une quinzaine de secondes, je vérifiais certains des résultats pour savoir où se trouvaient les petits pilotes pour Mercedes. C'était ma manière à moi de suivre mon père, ce qui me permettait de savoir que cette année ne fut pas glorieuse, l'un de leurs pilotes se démarquait en remportant 3 grands prix cette saison, mais cela s'arrêtait là. 

Le sweat que Nini avait choisi accompagnait le body noir et la jupe que je portais à la perfection. Je ne comptais pas le quitter une seule seconde, outre le fait que c'était plus sûr pour traverser la ville à pied la nuit, il me servirait d'armure. J'enfilais un pendentif serti de cristal, la Rolex que mon papa m'avait offerte il y avait de cela des années et deux bagues en or, les dissimulant sous le pull le temps de traverser la ville. Je détestais faire étalage d'une quelconque richesse devant qui que ce soit, mais je ne pouvais m'en passer en présence de vieux hommes aigris.

Une fois prête, je quittais l'appartement refermant la porte derrière moi avant de me diriger vers ce qui allait être l'une des soirées les plus longues de mon existence.

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AdrénalineDes histoires addictives. Découvrez maintenant