CHAPITRE 2 [corrigé]

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   Tout se passe si vite, tellement vite que j'en ai du mal à suivre. Je ne parviens plus à me concentrer. On me traîne le long de sombres couloirs effrayants de l'hôtel de ville, puis, on me fait passer par les portes arrière devant lesquelles un énorme fourgon noir m'attend déjà.

Il doit y avoir une erreur, ce n'est pas possible autrement.

Je suis abasourdie par l'énormité de la chose. Je suis donc considérée comme dangereuse à ce point ? Je suis certaine qu'un fourgon blindé n'était pas nécessaire, ni ces tonnes d'humains armés jusqu'aux dents. Je suis sûre que la vieille dame n'avait pas toute sa tête, je ne serai jamais une criminelle. Tout ceci n'a aucun sens.

Les soldats qui me traînent, me crient dessus afin que j'avance, comme si j'étais une détenue récalcitrante, alors que je ne présente absolument aucune résistance. Je me laisse emporter, ne croyant toujours pas à toutes ces absurdités. Le cœur battant, halletante, je me contente de me laisser porter tout en regardant les alentours. Les escaliers, les murs sombres, les grosses chaussures des soldats puis l'air glacé qui me frappe le visage en sortant du bâtiment. Des détails insignifiants que je sais déjà qu'ils vont me hanter pendant des années.

Il y a erreur.

« Code rouge »

Je me demande bien ce qu'est un code rouge. Je ne comprends rien à la situation. Je trouve tout cela tellement ridicule qu'un petit rire s'échappe de ma gorge. Rien n'est drôle, mais j'essaie juste de m'imaginer, moi, enfermée entre 4 murs jusqu'à ce que le gouvernement se décide à se débarrasser de moi lorsqu'ils en auront marre.

— Tu crois vraiment que c'est le moment de rigoler, petite ? Ferme-la et monte dans le fourgon avant qu'on ne t'expose le crâne plus tôt que prévu, me menace un des soldats à la voix enrouée en collant le métal froid de son arme à l'arrière de mon crâne.

Ce n'est pas pour autant que mon rire se calme. Bien au contraire. Je ris tellement que des larmes me montent aux yeux.

— Je crois bien que c'est notre code rouge, chef, elle est complètement folle, ne s'empêche pas de commenter un des soldats placés un peu plus loin.

Tout en rigolant, je monte dans le fourgon, sur un des sièges inconfortables contre lequel on m'attache.

Un code rouge. C'est ridicule.

Je me calme doucement lorsque je sens le fourgon redémarrer, les larmes dévalant mes joues. Les vitres noires m'empêchent de voir où nous allons. Je sais juste que l'on s'éloigne énormément de la ville, car, j'ai le temps de m'endormir pendant beaucoup trop longtemps. Mes muscles sont endoloris, je ne sens quasiment plus mes épaules, mes mains étant toujours attachées à mon dos.

Le fourgon s'arrête. J'entends le chauffeur sortir, lui et la personne qui était dans le siège passager. Ils se parlent, mais je ne parviens pas à distinguer clairement ce qu'ils se disent. Je n'entends que des sons.

Je crois distinguer seulement une question : « Est-ce que la chambre spéciale est prête ? ».

Tant de moyens pour si peu...

Je reste seule pendant au moins 10 minutes quand la porte s'ouvre enfin. Pour ne pas changer, on me traîne avec une force que je trouve bien démesurée en comparaison à la manière dont j'agis. Est-ce qu'ils pensent sincèrement que je vais m'enfuir ? Leur faire du mal ? J'ai déjà bien du mal à croire que d'après les autorités, je serai une criminelle plus tard. Je continue même à croire que c'est une erreur et que d'une seconde à l'autre, on s'excusera en m'annonçant que je rentre enfin chez moi.

En fait, les excuses ne sont même pas nécessaires, je veux simplement qu'on m'annonce que je peux enfin retrouver ma chambre.

Je suis escortée par au moins une bonne dizaine de soldats, comme si je venais de forcer l'accès au bureau du président de la République pour aller le tuer.

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