Cette avenue, je la connais. Des maisons luxueuses d'un blanc immaculé à plusieurs étages, des voitures dont les pubs ne passent jamais à la télévision et, surtout, des rues désertes. Aucun humain n'ose pointer le bout de son nez dehors.
Les seules personnes qui osent sortir, sont seulement accompagnées de gardes du corps et se dépêchent d'entrer à l'arrière des vans noirs conduits par leur chauffeur. La plupart des personnes qui vivent ici n'ont probablement jamais conduit leurs voitures à six chiffres ici. Elles servent juste à être exposées afin de gagner cette guerre silencieuse entre voisins fortunés.
Dans cette avenue, la personne qui gagne est toujours celle qui fait l'objet de plus de discussions haineuses derrière son dos.
Cette avenue, c'est l'avenue dans laquelle j'ai vécu.
Le chauffeur à qui j'ai demandé de s'arrêter dans cette rue doit sûrement s'impatienter en se demandant quand est-ce que je vais lui demander à descendre. Alors, sachant très bien que la maison que je recherche n'est qu'à quelques mètres, je lui indique enfin de me déposer, près du parc pour enfants qui a toujours été désert, du moins, la plupart du temps.
Je m'apprête à lui tendre les pièces que j'ai soigneusement conservées dans mes poches lorsqu'il se tourne enfin vers moi.
— Vous êtes Maria Alvarez, chuchote-t-il en me transperçant de son regard cerné, à travers ses lunettes.
Je l'observe à mon tour, ne sachant pas quoi répondre. J'essaie d'ignorer mon cœur battant à la chamade. Je ne peux m'empêcher de toucher le couteau que j'ai dans ma poche, même si je doute qu'il me soit vraiment utile.
Que ressent-il à cet instant ? À quoi pense-t-il ? Lui aussi, a-t-il été touché par les propagandes ? Est-il en train de s'imaginer m'enfermer et m'emmener aux autorités pour m'échanger contre de l'argent ?
Les secondes passent, un silence morbide règne dans l'habitacle. J'essaie de paraitre naturelle en attendant qu'il me fasse part d'autres constats.
— Où étiez-vous passée, Madame Alvarez ? Pourquoi vous étiez-vous cachée ?
C'est à mon tour de le toiser d'une manière qui, j'espère, lui fera regretter sa question. J'essaie en réalité de gagner du temps afin de trouver une réponse crédible.
— Vous êtes vous réellement inquiété, Monsieur ?
Il hausse les sourcils, définitivement surpris. Il parait même déçu de ma réponse.
— Vous êtes vous imaginé que je vous raconterai des détails de ma vie de ces cinq dernières années ?
Il ne me répond pas. À la place, il se contente de replacer sa casquette noire sur son crâne qui n'est surprenamment pas dégarni pour son âge. Mon souhait n'était pas de le tourner au ridicule. Pourtant, je crois que j'ai fait tout le contraire. Ma première conversation avec un autre humain que mon surveillant de prison ne s'est pas aussi bien passée que prévue.
— Vous me dites ça comme si vous me remarquiez auparavant. Je suis curieuse de connaitre l'image que vous aviez de moi avant ces cinq années d'absence.
Sans même lui laisser le temps de me répondre, je pose ma main moite sur la poignée de porte afin de sortir, mais, il m'interpelle à nouveau.
— Madame, attendez !
Il hésite puis se lance finalement.
— Vous n'auriez pas des pièces en plus ? Vous savez, les temps sont durs...
Il s'imagine certainement que j'ai l'argent de papa et maman dans la poche. Je ne peux pas me permettre de lui avouer que ça fait cinq ans que je n'ai pas reçu d'argent de poche de mes parents.
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Red Code
Roman d'amourDans une société qui a été rongée par la criminalité, chaque personne, à ses 16 ans, doit désormais passer un test prédisant si elle va commettre un crime, ou non. Si le test est positif, alors, la personne sera directement enfermée avant même qu'el...
