Chapitre 21

37 5 32
                                        

Un bébé criait et sa maman le suppliait d'arrêter. Une jeune femme pleurait et le clapotis d'une fontaine résonnait en arrière-fond. Un marchand essayait de vendre ses produits en interpellant les passants. Un couple se disputait sans aucune discrétion.

Le bruit de la ville de Caelfall me fit sortir de ma torpeur comme si je venais de recevoir une piqûre anti-anesthésiant.

— Lâchez-moi ! hurlai-je à Lohan pour qu'il me redépose sur le sol.

Il n'objecta pas. Son visage était tendu. Il semblait fatigué, complètement anéanti et il n'osait pas me regarder. De la sueur coulait le long de ses tempes et sa respiration était hachée d'avoir tant couru en me portant.

— Expliquez-vous immédiatement !

— Non, il faut que nous nous mettions à l'abri, rétorqua-t-il d'une voix éteinte.

Ses yeux rencontrèrent les miens. J'y lus des émotions que je n'avais jamais ne serait-ce qu'entraperçues dans son regard : haine pure, dégoût, angoisse.

— Je n'en ai rien à faire !

— Pas moi ! Je n'ai pas envie de mourir ici alors vous allez me suivre, on va trouver un endroit sûr où nous pourrons nous reposer et je vous expliquerai tout là-bas. Je vous le promets, ajouta-t-il plus bas.

Sa parole n'avait plus aucune valeur à mes yeux, mais il avait toujours été quelqu'un de logique alors j'acquiesçai. C'était la seule manière pour moi d'avoir des explications.

Nous marchâmes très rapidement dans les rues de la ville jusqu'à trouver une auberge éloigné du centre-ville et dans une rue peu fréquentée où nous allions pouvoir nous reposer.

Contrairement à Clarcton ou à Neodrach, Caelfall était une ville sombre. Les passants que l'on croisait gardaient la tête baissée et personne ne semblait faire attention à nous. Les rues étaient étroites, peu éclairées et on avait le sentiment qu'une personne mal intentionnée allait sortir de chaque porte pour nous attaquer. Les habitations avaient l'air d'être toutes petites, que ce soit en hauteur ou en largeur. La plupart étaient sales et délabrées, la végétation envahissait les briques des maisons. On avait l'impression que la ville était à l'abandon.

— Bonjour, annonça le garçon au comptoir de l'accueil lorsque nous passâmes la porte noire du lieu.

L'auberge où nous avions atterri était aussi peu accueillante que le reste de la cité au bord du fleuve. L'homme au comptoir en témoignait très bien. Ses yeux étaient froids, sans aucune chaleur. C'était la même chose pour sa voix.

— Deux chambres.

La voix de Lohan vibra de pouvoir. Ce n'était pas une demande. C'était un ordre dans toute sa splendeur.

— Il ne nous reste plus qu'une chambre.

Bien évidemment ! Les dieux étaient vraiment contre moi.

— On la prend, affirma Lohan quand même.

J'aurais voulu le frapper car je savais que je n'allais pas supporter d'être dans la même chambre que lui après ce qu'il avait fait. Je n'avais qu'une seule certitude : j'avais besoin de lui pour rester en vie et j'allais continuer ce voyage avec lui car il était le seul à pouvoir m'aider. Quitte à ce que je le haïsse pendant tout le reste du temps. Cette pensée me mit encore plus en rogne. J'étais prisonnière de lui et de notre pacte débile que nous n'aurions jamais dû conclure. Nom des Dieux, ce que j'avais été idiote !

— Vous réglerez à la fin de votre séjour. Deuxième étage, porte du fond à droite, numéro dix.

J'attrapai la clé et montai les marches quatre à quatre. J'avais à la fois hâte d'entrer dans cette chambre et j'en étais aussi terrifiée. Je voulais savoir ce que tout cela voulait dire, pourquoi il m'avait menti, mais j'étais pétrifiée par ce qu'il allait m'avouer.

Les malheurs d'Endora ~ TerminéeDes histoires addictives. Découvrez maintenant