Chapitre 51 partie 1

29 4 9
                                        

Je tombai sans m'arrêter. J'avais beau crier, personne ne me répondait. Seule, entourée du vide, personne n'allait venir à ma rescousse et je ne pouvais pas me sauver.

Des monstres tournoyaient atour de moi. Je ne les voyais pas, mais je les sentais et c'était presque pire. Ils me narguaient, faisaient semblants de se précipiter vers moi pour me dévorer, puis s'éloignaient pour mieux revenir me hanter.

Un rire rauque et pétrifiant éclata tout autour de moi. Il se répercuta de tous les côtés. Je ne pouvais pas m'échapper.

— Si tu acceptes que nous sommes pareils, je te sauverais peut-être de toi-même, tonna la voix.

Jamais ! Plutôt mourir ! avais-je envie de répondre. Mais ma gorge était scellée.

La chute ne s'arrêtait pas. Je ne faisais que continuer à dégringoler en allant toujours plus vite pendant que la voix se moquait de moi.

Pitié, faites que ça cesse, implorai-je.

Comme toujours, je n'eus aucune réponse. Enfin, c'est ce que je pensais. Jusqu'à ce que mon corps touche une surface dure et s'arque brusquement. Un craquement strident résonna encore et encore. Je n'entendais plus que ça.

Une silhouette blanche s'éleva au-dessus de moi et me sourit. Elle ressemblait à celle que j'avais été dans une version plus fantomatique.

— Voilà ce que tu as gagné, Aliona. La mort.

La silhouette s'en alla, emportant mon existence avec elle.

L'image se métamorphosa. Je me retrouvai nez à nez avec la Banshee qui m'avait rendu visite, son fidèle cheval de brume à ses côtés. Elle était toujours aussi répugnante avec ses cheveux blancs translucides et son corps de spectre.

— Vous vouliez parler de ma mère, n'est-ce pas ?

— Jeune fille, la Mort n'en a pas encore finie avec toi. Loin de là.

— Qui ? Qui d'autre va mourir à cause de moi ? criai-je désespérée.

— Bien des gens, je le crains.

— Pourquoi êtes-vous là ? Pourquoi venir me voir pour me dire ça ? Pour ne rien m'apprendre que je ne sache déjà !

L'impuissance me gagnait. J'avais mal... si mal et ça ne faisait que commencer.

— Je lis dans ton âme. Tu veux arrêter ce massacre. Ange a envoyé trop de gens à la Mort. Des gens qui auraient dû vivre plus longtemps. Il a défié mon maître.

— Pourquoi ne pas l'emmener alors ? Pourquoi ne pas le tuer ?

— Parce que nous ne pouvons pas intervenir directement.

— Mais vous le faites, là !

Je perdais patience. Tout ce qu'elle disait n'avait aucun sens. Elle affirmait quelque chose et son contraire juste après. J'étais en train de devenir folle. Les images de tous ces gens que j'avais aimés et qui étaient morts me frappèrent violemment. Ma mère, Galmain, mon père. C'était trop. Je n'y arriverais pas. Je ne pouvais pas.

Son cheval s'ébroua, sentant probablement que je commençais à perdre pied.

— Je ne suis pas vraiment présente. Je ne suis qu'imagination de ta conscience.

— Comment faire pour arrêter tout ça ? Vous le savez, non ? Dites-le-moi !

— Même Ange Kaladin ne peut résister à la Mort. Si quelqu'un le tue, il devra rejoindre l'au-delà.

Merci, je le savais déjà.

— Puise au fond de toi, Aliona d'Endora. C'est là que tu trouveras les réponses à tes questions. N'oublie pas que tu n'as pas encore eu ta fin de contes de fées.

Et elle remonta sur son cheval pour disparaître, me laissant de nouveau seule et encore plus perdue qu'avant.

Un seau d'eau glacée arriva sur mon corps et j'ouvris brusquement les yeux en me redressant, à bout de souffle.

Mon esprit s'alluma immédiatement en me faisant revivre la mort de ma mère. Je m'entendais hurler en voyant sa vie s'envoler. Je n'arrivais toujours pas à y croire. Mes pensées étaient comme du coton depuis cet évènement. Je voyais les choses sans pour autant les ressentir ni même en avoir vraiment conscience.

— Debout. Ange a une surprise pour vous !

Tremblante à cause de l'eau qui inondait mes vêtements, je la suivis hors du cachot pendant qu'elle me passait des menottes d'un noir charbon. Lorsqu'elle me les glissa autour des poignets, j'eus l'impression qu'elle venait de me brûler la peau avec du feu glacial.

— Si j'étais vous, j'éviterais de trop bouger. Ça empire la douleur.

Le ton avec lequel elle disait ça prouvait qu'elle n'en pensait pas un mot et qu'elle aimerait justement que je bouge dans tous les sens pour qu'elle se régale en me regardant souffrir. Comme avec Ange, je ne lui donnerais pas cette joie.

Étonnamment, elle ne m'emmenait pas dans la salle du trône. Nous nous enfoncions de plus en plus dans les entrailles du château de Maléfique, là où l'air devenait bien plus froid et plus lourd, chargé de l'odeur des morts.

J'aurais dû avoir peur. C'est ce qu'aurait eu toute personne censée comme réaction, mais je ne ressentais qu'un vide gelé et dont le fond me paraissait si lointain qu'il était inatteignable.

Elia ouvrit ensuite la porte d'une pièce et me poussa à l'intérieur. Les murs étaient d'un rouge sang et l'endroit était rempli d'instrument diverses dont je ne voulais pas connaître l'utilité. J'étais dans une salle de torture.

Ange était là, assis dans un fauteuil en velours noir et doré. Il m'observait. Une petite créature d'une mignonnerie trop grande pour que ce soit réel reposait sur ses genoux. Ange caressait son plumage bleu de différentes nuances. La bestiole avait de gros yeux adorables qui pétillaient.

— À croquer, n'est-ce pas ?

Tous mes instincts s'éveillèrent. Cette chose n'était pas là pour me faire du bien. J'aurais voulu courir pour m'échapper, mais je n'arrivais pas à bouger et à penser clairement.

— Tu refuses toujours d'être à mes côtés lorsque je prendrais le contrôle du monde ?

C'était la seule certitude qu'il me restait encore. La seule chose pour laquelle je ne changerais jamais d'avis. Brisée ou pas, morte ou vivante, jamais je ne le rejoindrais.

— Dans vos rêves.

— Dans ce cas, tu vas souffrir.

Mes pensées allèrent vers ma mère. Avait-elle retrouvé mon père ? Était-elle de nouveau heureuse ? Je l'espérais...

Et Lohan ? S'il lui était arrivé quelque chose, je l'aurais perçu. Il était en vie, je le sentais. Allait-il seulement bien ? Je priais pour que ce soit le cas.

Elia m'entraîna sur une table en métal sur laquelle un drap blanc avait été déposé. Elle me força à m'allonger dessus et attacha mes bras au-dessus de ma tête. Puis, elle m'écarta les jambes et les fixa à la table. Des sangles de cuir m'empêchaient désormais de bouger. De toute manière, je n'avais plus la force de me battre.

— Vous êtes un grand malade, crachai-je quand même alors que le visage d'Ange apparut au-dessus de moi.

— Malade ou déterminé, la nuance est faible. En attendant, peu importe ce que je sois, je ne suis pas celui qui est allongé sur cette table.

Un vide intersidéral lui répondit.

— Personnellement, je préfère de loin la violence mentale à la violence physique. Tu me diras ce que tu préfères. J'espère que ce dreamling te fera changer d'avis.

Il posa l'animal sur mon ventre. Ses petites pattes me chatouillèrent alors qu'il montait vers ma tête. Ses cornes de la couleur de la nacre se dressaient sur sa petite tête et ses grands yeux brillaient. Il me fixait avec intensité. J'essayai de lutter contre la force qui me poussait à le regarder et à me perdre dans ses pupilles pour en déterminer les centaines de nuances de couleurs qui y dansaient. Rien n'y faisait. Ma volonté céda et je me retrouvai propulsée en arrière à la vitesse de la lumière.

Les malheurs d'Endora ~ TerminéeDes histoires addictives. Découvrez maintenant