— Aliona, réveille-toi.
Une voix que je ne connaissais pas m'appelait. Son timbre était rocailleux et froid tout en étant chaleureux à la fois, m'invitant à ouvrir les yeux. Je me retrouvai debout, dans une pièce aux murs gris qui contenait un trône sur lequel était gravé des crânes et des monstres dans un noir si sombre qu'il semblait avoir aspiré toute la lumière de l'endroit.
Un homme d'une trentaine d'années y était assis. Ses cheveux châtain foncé étaient coiffés vers l'arrière et ses yeux étaient d'un marron si foncé qu'on aurait cru qu'ils étaient noirs. Il portait une chemise noire surmontée d'une veste de costard de la même couleur ainsi qu'un pantalon de costume. Une chaîne argentée pendait de la poche de sa veste.
Ses yeux intenses me fixaient. Lorsqu'il m'aperçut, il sourit. Il leva un verre dans lequel reposait un liquide rouge sang vers moi.
— J'avais des doutes. On dirait que ça a finalement marché.
La pièce était faiblement éclairée malgré l'imposant lampadaire qui s'élevait à plusieurs mètres au-dessus du sol.
— Bienvenue, Aliona d'Endora, annonça-t-il sans me lâcher une seule seconde de ses yeux magnétiques et sans fond.
— Comment savez-vous qui je suis ?
Et surtout, que faisait cet homme dans mon rêve alors que je ne l'avais jamais vu de ma vie.
— Je le sais, c'est tout. Ton nom est connu par-delà tes chères frontières endoraces.
Il sourit de plus belle en dévoilant des dents d'une blancheur qui semblait trop fausse.
— Qui êtes-vous ?
— C'est un secret que tu découvriras bien assez tôt je le crains. J'ai appris la mort ce cher Galmain. Un citoyen très loyal, c'est déplorable.
Un sourire ignoble se dessina sur ses lèvres. Un air machiavélique sur un visage d'ange, un trône décoré d'os et de crânes, un garde juste derrière moi. Un palais aussi noir sur les murs que dans l'aura qu'il dégageait.
Tu sais qui il est, souffla la voix de ma conscience. Mon esprit assembla les pièces du puzzle et mon cœur rata un battement lorsqu'il comprit.
— Ange. Vous êtes Ange Kaladin.
— Oh, tu m'as reconnu, s'enthousiasma-t-il. Tu as mis moins de temps que ce que j'aurais cru, bravo.
La perspective que je sache qui il était semblait le réjouir plus que de raisons. Je commençais à paniquer. Qu'est-ce que je faisais ici, merde !
— Comment se passe la vie dans cette auberge miteuse depuis la mort de ce cher Galmain ?
Une envie irrépressible de l'éradiquer de la surface de la Terre me prit aux tripes. Au lieu de quoi, je me contenais pour ne pas le laisser gagner.
C'est comme à la Cour, Aliona, ne le laisse pas voir qu'il t'a atteint ! C'est ce qu'il veut. Il veut que tu perdes le contrôle, ne le laisse pas jouer avec toi. Ne le laisse pas te contrôler.
Ces pensées me rassurèrent. Je refusais de lui donner ce qu'il attendait de moi. Je refusais qu'il gagne et qu'il se serve de mes faiblesses.
Une centaine de questions fusaient dans ma tête. Pourquoi était-il dans mon rêve ? Comment savait-il pour Galmain ? Comment savait-il où Lohan et moi étions précisément ? Pourquoi ? Je n'en voyais pas le bout. Elles surgissaient les une à la suite des autres sans s'arrêter.
— Pourquoi ne pas venir nous chercher si vous savez où nous sommes ?
— Ce serait beaucoup moins drôle. Et puis j'aime bien l'idée que toi et ton camarade espériez sortir vivant de cette quête. Si vous respirez encore, c'est grâce à l'incapacité de mes troupes.
— C'est ça d'utiliser des sous-fifres pour faire le sale boulot à sa place, ripostai-je, du venin dans la voix.
— Oh, détrompe-toi. Je ne fais juste que m'amuser. Tu devrais au contraire me remercier que je ne me sois pas encore occupé de vos cas. Quand je le ferais, ce sera la dernière fois que ces sublimes yeux se fermeront.
La menace cachée derrière ses yeux doux et son sourire charmeur ne m'échappa pas. Je savais qu'il était sincère et j'étais prête à l'affronter.
Après m'avoir souri d'une manière qui me donnait la nausée, il claqua des doigts et je fus violemment projetée en arrière.
J'ouvris les yeux et me relevai brusquement. J'étais en sueur et j'avais la respiration hachée. A mes côtés, Lohan n'avait pas bougé d'un millimètre depuis que je lui avais proposé de rester dormir dans le lit pour que ce soit plus confortable pour lui. Son bras reposait toujours à quelques centimètres du mien sans pour autant me toucher. Il ne remua même pas lorsque je m'assis au bord du lit et que je rejetai la couverture car j'avais bien trop chaud. Son visage était paisible. Il semblait faire un joli rêve, contrairement à moi.
Mes pensées tournaient en boucle. J'étais ici, dans mon lit et je n'avais pas quitté l'auberge. Tout ça ne pouvait être qu'une imagination de ma conscience. Ce n'était pas forcément réel. Cependant, un sentiment de doute s'installa.
J'avais vu Ange, mais j'étais incapable de dire si tout ça s'était vraiment passé. Pourtant, c'était improbable que mon esprit se soit inventé son image alors que je ne l'avais jamais vu. Normalement, quand on rêvait, notre cerveau faisait des liens avec ce que l'on connaissait ou ce que l'on avait croisé dans la journée. Mais Ange, je ne l'avais jamais vu de ma vie. J'aurais été incapable d'oublier son visage si ça avait été le cas. Si je suivais ma logique – dans les deux hypothèses, ce n'était pas logique -, Ange s'était introduit dans mon rêve.
D'après les informations que j'avais glanées auprès de Lohan, je savais qu'Ange vivait dans le Marais, dans l'ancien palais de Maléfique. Lohan avait refusé de m'en dire plus.
À travers les fins rideaux de la fenêtre, la lune brillait d'un éclat faiblard et les étoiles ne scintillaient pas autant que d'habitude. On aurait dit que le ciel était triste. Avec la lumière nocturne, Caelfall semblait encore plus lugubre.
Dehors des gens riaient bruyamment à cause de l'alcool et, dans la taverne de l'auberge on entendait des personnes se battre en criant. Ici, se bourrer la gueule devait sans aucun doute être l'activité préférée des nakasiens pour oublier je ne savais quoi. Mine de rien, ils faisaient un bruit digne de l'enfer.
Avant de venir ici, j'avais déjà vu des gens abuser sur la boisson, mais jamais autant réunis dans un même endroit. C'était comme s'ils se donnaient tous rendez-vous dans un bar pour boire autant d'alcool qu'il était possible d'en ingurgiter.J'aurais aimé faire comme eux. L'idée était même plus que tentante.
Devrais-je raconter ça à Lohan demain ? Mais pourquoi faire exactement ? Si Ange contrôlait mes rêves, Lohan n'allait rien pouvoir faire.
Allongée sur le dos après être retournée dans le lit, les yeux rivés sur le plafond, mon cerveau ne cessait de cogiter. J'aurais voulu qu'il arrête, mais je n'avais jamais eu aucun contrôle sur lui. Il décidait toujours de tout, tout le temps. Les secondes passèrent sans que je n'arrive à trouver le sommeil. J'avais peur d'être de nouveau hantée par Ange ou par des images de Galmain en train de rendre son dernier souffle.
Lorsque je plongeai de nouveau dans le monde des rêves et des cauchemars, un bruit qui venait du rez-de-chaussée de l'auberge me réveilla immédiatement après. Pendant que la cité de Caelfall prenait vie au levé du matin, je m'endormis une nouvelle fois.
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Les malheurs d'Endora ~ Terminée
ParanormalEt si l'histoire de la Belle au bois dormant n'était pas vraiment terminée... Aliona, la fille de la Belle au bois dormant n'a qu'un seul et unique but : tuer le fils de Maléfique pour se venger et enfin devenir reine. Mais, quand elle croise la r...
