Chapitre 54

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Elia m'avait raccompagné dans ma cellule. J'attendis qu'elle soit partie, loin dans le couloir pour me recroqueviller sur moi-même et pleurer toutes les larmes qu'il me restait. Les paroles d'Ange tournaient en boucle dans ma tête.

Des images d'une guerre sanglante, détruisant mon peuple qui avait déjà tant souffert. Des images de mon père et de Galmain, en sang, morts, parce que je n'avais pas pu les sauver. Des images de Lohan qui se révélait à moi tel qu'il était vraiment et moi qui le repoussais, atterrée par tous ces mensonges. Des images de ma mère, souriante alors qu'elle me chantait une chanson avant de m'endormir pour ensuite m'embrasser sur la tête. Des images de Rewan, de son sourire lorsqu'il était chez lui, loin de la cruauté du monde.

J'avais si mal. Tellement, tellement mal...

— Aliona !

Une petite voix légère résonna dans la pièce. Je me relevai vivement, étonnée de voir que j'étais encore capable de tenir debout avec le peu qu'on me donnait à manger et à boire. Il n'y avait personne dans le couloir ou dans la cellule.

— Dans ta tête, petite idiote.

Je faillis m'étouffer en me rendant compte que la voix provenait de mon cerveau.

— Qu... Quoi ?

— Tu dois te ressaisir !

Une voix de femme. Dans ma tête. Sombre tout en étant féminine. Une voix d'ombre et de lumières. L'incarnation de la nuit. Je l'avais déjà entendue. Je savais à qui elle appartenait.

— Amaryllis. Comment ?

— Je suis dans ta tête depuis ta naissance, jeune princesse. Je vis en toi et tu vis avec moi. Comment expliques-tu le fait que tes émotions soient si incontrôlables, si omniprésente ?

— Je n'y avais jamais pensé. Qu'est-ce que vous voulez ?

Je n'arrivais plus à réfléchir clairement. J'étais épuisée et frigorifiée. J'avais faim et j'étais en train d'abandonner.

— Que tu te battes, petite ! Et que tu gagnes !

— Je ne peux pas...

— Bien sûr que si, tu peux ! Pourquoi crois-tu que je t'ai choisi ? Pourquoi crois-tu que j'ai sacrifié ma vie pour te permettre de vivre ? Tu n'es pas n'importe qui, Aliona d'Endora. Tu es la seule à pouvoir fermer le cycle, à pouvoir clôturer définitivement l'histoire pour en ouvrir une autre.

— Ma mère n'avait qu'à clore elle-même son histoire au lieu de me le faire faire à sa place, grognai-je, sentant l'amertume ressortir.

Si elle ne m'avait pas forcé à tuer le fils de Maléfique, aucun de nous ne serait arrivé ici. Elle serait vivante et Lohan ne souffrirait pas.

— Mais qui a dit que l'on parlait de son histoire, à elle ?

— C'est elle que Maléfique a maudite. C'est elle que son fils a... tué.

— Ce n'était pas l'histoire de ta mère, jeune reine.

L'entendre m'appeler reine me fit frémir d'effroi. J'essayais de ne pas y penser. C'était trop dur à accepter en étant ici et en sachant que mon règne commençait avec un massacre.

— Ta mère t'as ouvert la voix, mais c'est toi, la véritable héroïne, la véritable Reine d'Endora. C'est pour que tu arrives à ce moment que tu as subi tout ça. Pour que tu puisses continuer ton histoire, peu importe sa fin.

— Même si je meurs donc. Autant ne pas continuer, si c'est ainsi que ça doit se terminer.

— La fin des contes de fées n'existe pas. Je t'ai donné les clés. À toi de les tourner si tu as le courage de finir cette histoire. Si tu as le courage de voir ce que les Dieux-t'ont réservé.

Et la voix disparut. Comme ça, d'un coup. Comme si je l'avais rêvé. Au final, peut-être qu'Ange avait gagné. Peut-être que j'étais devenue folle à cause de lui et que j'avais imaginé toute cette conversation.

Les malheurs d'Endora ~ TerminéeDes histoires addictives. Découvrez maintenant