Chapitre 10

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La créature se déplaçait lentement sur le large tronc de l'arbre. Sa peau était d'un vert d'eau, ses yeux d'une pâleur à faire peur et ses cheveux d'un vert puissant et électrique.

La dryade dégageait la même beauté et la même frayeur que celle que nous avions croisée dans la boutique. Elle avançait droit sur nous en dévoilant ses dents noires. J'avais du mal à avaler ma salive.

— C'est une dryade sauvage, me chuchota Lohan sans bouger. Depuis l'apparition et la multiplication des monstres, elles sont devenues des véritables prédatrices luttant pour leur survie quotidiennement.

Mon rythme cardiaque s'accéléra à la vitesse de la lumière et mon cerveau se mit à tourner à plein régime pour tenter de nous sortir de là. Rien ne me venait. De la sueur commençait à perler sur mon front et mes mains étaient moites de transpiration.

D'un bond, la dryade atterrit sur le sol tapis de feuilles. Ses dents étaient noircies par la crasse et ses yeux avaient une lueur avide. Contrairement à la nymphe de la même espèce que j'avais vue au magasin, elle était d'une maigreur à faire peur. Aucune forme ne venait adoucir les traits anguleux de son corps, mais elle était machiavéliquement envoûtante, comme l'autre. Depuis combien de temps n'avait-elle rien mangé ?

— Une idée, demandai-je alors qu'elle s'approchait de plus en plus de nous.

Dans son regard vide, je lisais l'envie qu'elle avait de nous dévorer sur le chant.

— Prier.

Si nous n'avions pas été dans cette situation critique, je l'aurais probablement frappé ou menacé avec un des poignards attachés à ma ceinture.

Je n'osai pas faire un seul mouvement pour dégainer mes armes, de peur que cela ne nous condamne. Tout ce que j'avais et qui ne nécessitait aucun mouvement, c'était ma voix. Or, qui savait le genre d'êtres surnaturels que je pouvais attirer si je chantais ? D'un autre côté, si je dégainais la Neart ou mes pistolets, la dryade nous sauterait dessus. Elle n'attendait qu'un seul mouvement de notre part pour bondir et savourer un délicieux repas.

Réfléchis, Aliona, réfléchis, m'intimai-je intérieurement en refoulant la panique qui me submergeait.

A mes côtés, Lohan commençait à perdre son calme ce qui n'aidait en rien. Je devais agir vite ou nous allions mourir tous les deux.

Ouvrant la bouche, je me mis à chanter. Je fermai les yeux pour me concentrer au maximum. Je sentais le regard de Lohan braqué sur moi où se mêlaient peur et admiration. Les petits pas de la dryade ne résonnaient plus, elle s'était arrêtée d'avancer pour m'écouter.

Lorsque j'ouvris un œil en continuant ma berceuse, je m'aperçus qu'elle était assise, ses yeux blancs rivés sur moi. D'autres animaux – inoffensifs, à mon grand soulagement – s'étaient aussi approchés pour m'entendre chanter.

La berceuse que je fredonnais était celle que ma mère me récitait lorsque j'étais enfant et que je me réveillais en pleine nuit. Elle avait toujours eu le don de calmer mon cœur et de faire cesser mes larmes.

Un cerf s'était allongé dans la terre. Dans les arbres, les oiseaux s'étaient tus et s'étaient rassemblés sur des branches. Une famille d'écureuils avait aussi fait acte de présence. Et, au milieu de tous ces animaux, se tenait la dryade.

Elle ne bougeait pas, complètement immobile. Sa faim semblait l'avoir quittée et ma poitrine me fit mal à la voir dans cet état -là. N'arrêtant pas de chanter, j'ouvris mon sac pour en sortir une boîte de gâteaux. Je la lui balançai. Elle sembla d'abord très réticente à l'idée de la prendre, mais elle s'en approcha finalement, trop affamée.

Les malheurs d'Endora ~ TerminéeDes histoires addictives. Découvrez maintenant