Chapitre 48

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Un orage déchira le silence pesant du Marais. Je n'avais pas bougé, toujours assise sur le sol brumeux, les genoux remontés contre la poitrine, de l'eau salée séchée sur le visage et le cou.

Le tonnerre faisait écho à mon cœur ravagé. Aucune pluie ne tombait, cependant. À croire que le Marais n'avait jamais connu une seule chute d'eau depuis sa création.

Comme des souvenirs chargés d'acide, je me revoyais collée à Lohan, riant avec lui, sa bouche qui chatouillait mon cou. Je sentais son odeur partout autour de moi et ça empirait tout. Dès que je fermais les yeux, je voyais le fil doré qui me reliait à lui. Je savais qu'il m'aurait suffi d'une seconde pour le retrouver grâce à ça. Je me retenais malgré irrépressible envie qui me tiraillait le ventre.

Quand je levais la main vers le lien pour le toucher, il était glacé et d'un or ancien et abîmé par le temps. Incarnation même de ce qu'était devenue notre relation en l'espace de quelques petites minutes.

Je savais que le temps défilait, mais je n'avais pas la force de continuer. Ma quête venait de se terminer. J'avais échoué à tuer le fils de Maléfique et j'allais devoir rentrer à la maison. Devais-je mentir ? Dire la vérité ? J'avais largement le temps d'y réfléchir pendant mon voyage du retour. J'étais partie depuis quoi, cinq, six mois ? Ils m'avaient paru être une éternité.

— Aliona.

J'aurais voulu dire à la personne qui venait de parler de dégager. Même pour ça, je n'avais plus de force.

Lorsque mon cerveau connecta ses neurones, je me relevai précipitamment et pointai mon épée en direction de la personne qui avait parlé.

Le collier sur mon cou se fit plus froid et je crus que j'hallucinais.

— Non, je suis bien là, confirma sa douce voix.

Je me précipitai vers Elia et la serrai dans mes bras en pleurant. Ses cheveux blonds chatouillèrent mes épaules alors que ses yeux doux et bleus brillaient dans le ciel assombri par la tempête.

— Vous êtes bien là ?

— Oui. Je suis là, votre Altesse.

Lentement, elle caressa mes cheveux.

— Vous avez fait tout ce trajet ? Pourquoi ? demandai-je en pleurant de nouveau.

Cette journée était décidément plus étrange que toutes les autres. J'avais envie qu'elle prenne fin le plus rapidement possible et que je me réveille de ce cauchemar dans lequel on m'avait plongée.

— J'ai senti que vous étiez en danger et je vous ai suivi jusqu'ici.

Ça me paraissait insensé et complètement fou de sa part, mais Elia était là et j'avais besoin de réconfort.

— Chut, chut, princesse. Tout sera bientôt fini, ne vous en faites plus.

Elle me frottait le dos dans un geste apaisant.

— Faites de beaux rêves.

Je ne compris pas pourquoi elle me disait ça jusqu'à ce que je sente une longue aiguille s'enfoncer dans mon cou. Je poussais un cri de douleur qui mourut entre mes lèvres pendant que je tombai dans les bras d'Elia.

Les malheurs d'Endora ~ TerminéeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant