CHAPITRE 13

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𝙽𝚈𝚇

Bellyache - Billie Eilish

« 𝓦𝓱𝓮𝓻𝓮'𝓼 𝓶𝔂 𝓶𝓲𝓷𝓭 ? »


On m'a toujours dit que j'étais beaucoup trop mature pour mon âge, que ce soit au collège et au lycée, comme si c'était mal de voir plus loin et de réfléchir mieux que les personnes de mon âge, qu'il fallait que je me rabaisse pour me sentir à ma place.

Ce qu'ils n'ont jamais su, c'est que j'étais consciente d'avoir grandi trop vite, j'étais consciente de cette avance que j'avais sur la plupart d'entre eux, de la façon dont j'arrivais à voir le monde d'une perspective complètement différente des personnes autour de moi.

Comment ça ne pourrait pas être le cas dans un environnement comme le mien ?

Comment ça ne pourrait pas être le cas lorsque tout ce qu'on m'a appris c'est d'être plus intelligente, plus forte, plus agile que des personnes qui ont vécu beaucoup plus de temps dans ce monde que je n'avais fait ?

Je n'avais que quinze ans et je devais me battre comme une adulte.

Je n'avais que quinze ans et je devais avoir plus d'expérience.

Une malédiction, une bénédiction, il est possible de le voir des deux manières.

Il est possible de se dire que j'ai eu la chance d'être élevé sauvagement, destinée à être une arme de guerre, que ça m'a rendu forte, que ça m'a rendu plus apte à affronter le monde extérieur car le mien est bien trop dangereux.

Puis il est possible de dire que j'ai été élevé à ne plus être moi-même, contrôlée par une voix qui m'ordonne chaque fait et gestes, totalement, tel un robot obéissant à une commande vocale.

Je n'arrive pas à choisir moi-même, je n'arrive pas à choisir si je suis reconnaissante d'avoir une fragilité solide, si je suis reconnaissante de pouvoir me défendre face à tout, si je suis reconnaissante de pouvoir associer la violence à une douce caresse ou si je devrais être réticente face à la façon dont le vide me remplit, face à la façon dont mon corps est mon meilleur ennemi, face à la façon dont l'amour m'est haïssant.

Je ne sais pas si je dois être reconnaissante ou réticente face aux larmes qui ne coulent plus sur ma peau.

Je ne sais pas si je dois être reconnaissante ou réticente face au fait que je dois toujours me battre, ou m'entraîner à me battre.

Comme là tout de suite, allongée sur le sol froid de la salle de boxe, le regard dérivant sur le plafond, observant chaque détail, chaque toile d'araignée dans les coins, on pourrait croire que personne ne prend soin de la pièce, qu'elle n'est qu'un lieu sans autre importance que de travailler ses coups pour être sûre d'être capable de se défendre et que la manière dont elle ressort, son état, lui, n'est pas d'une grande importance.

Un peu comme moi, je dois me battre mais l'état dans lequel je suis à cause de ça n'est pas une importance sur laquelle on pose son regard.

Mes doigts jouent entre eux, je gratte la peau fine autour de mes ongles, ma respiration est lente et je ne vois plus défiler le temps. Chaque minute est un pas de plus vers le bord d'une falaise qui n'attend qu'une seule chose, qui n'attend que le moment où je me déciderais enfin entre sauter du bord ou reculer pour lui échapper.

L'indécision est bien plus confortable, bien plus réconfortante que n'importe quelle chose, surtout lorsqu'il s'agit de choisir entre la vie et la mort. Pas celle au sens littéral mais celle que je ressens, celle qui anime, oui ou non, mon âme que j'ai réfugiée dans cette indécision. Je n'arrive pas à choisir entre me sentir morte ou me sentir vivante, car j'y trouve une raison à chacune, j'y trouve une récompense à chacune.

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