CHAPITRE 2

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𝙽𝚈𝚇

welcome and goodbye - Dream, Ivory

« 𝓒𝓪𝓷'𝓽 𝓫𝓮𝓰𝓲𝓷. »

Pour certains, la nuit est un moment de repos, un moment où lorsque la lune fait son apparition, leur yeux se closent et leur monde devient noir avant qu'ils ne plongent dans un sommeil qui les répare. Pas de réflexions excessives, pas de stress, pas de pensées anxieuses, ils arrivent simplement à oublier les heures qui défilent la nuit, ils ne les vivent pas, ils les esquivent, ils dorment avec rien pour les en empêcher.

Je dirais que c'est une habitude chez chacun, que le vécu fait la nuit qu'on passe et comment elle passe.

Lorsqu'on vit en craignant le jour, on finit par craindre la nuit.

Je crains la nuit, je crains toutes ces heures qui sont censé se dérouler sans que je ne vois son flux, je crains ce moment qui est censé te voler la moitié de ta vie mais qui est censé te permettre de vivre l'autre partie, sans fatigue.

J'en ai tellement peur que j'ai appris à moins fatigué mon corps et mon mental, j'ai donné cette habitude à mon corps, celle où seulement deux ou trois heures me suffisent pour être en pleine forme lorsque je me réveille et qu'au contraire, trop d'heures de sommeil me fatigue, me rendre molle tout au long de la journée.

Ces trois heures de sommeil, je les ai déjà faites, dans l'avion, lorsque j'étais trop loin de la terre ferme pour craindre quoi que ce soit, lorsque l'envie m'a frappé sans que je puisse l'empêcher de se manifester. J'ai donné à mon corps ce que je lui autorise, je le tiens par un fil, je l'affame de fatigue, je l'affame tout simplement.

Je me retrouve à devoir occuper ma nuit, sous la lune, je me balade dans la grande cour de l'internat, je passe par les chemins, je cours pour m'essouffler, je cours pour ne pas perdre mes habitudes, pour rester celle qu'elle voulait que je reste ici, cette arme dont elle ne peut plus se passer, celle qui est si précieuse à ses yeux mais qu'elle ne voit jamais avec fierté.

Je cours, je me garde en forme, je continue d'être tout ce qu'on attend que je sois, et tout ce que j'ai appris à attendre de moi-même.

La lune brille au-dessus de moi, elle éclaire mon chemin, elle est la seule qui brille pour moi, qui s'autorise à me donner un peu de lumière.

Je cours en rond depuis une ou deux heures, mes jambes commencent à se fatiguer, mon souffle commence à devenir lourd et mes muscles chauffent, alors je m'arrête un instant, je pose mon corps sur un banc alors que mon visage retombe en arrière, mon regard qui rencontre la lune. Je la remercie, silencieusement, comme à chaque fois, comme toujours. Je la remercie de me laisser un chemin allumé, de me permettre de vivre aussi la nuit, quand tout est calme, quand il n'y a pas la chaleur du soleil pour aider à faire brûler la flamme qui se cache sous ma chair, celle qui me consume, sans retenue, sans que je ne sois prête à la laisser me raviver.

Je prends une grande respiration, soupire, libère mes poumons de l'air que je laisse bloquer dans ceux-ci, je le fais comme si je donnais le droit à mon cerveau d'imaginer que je ne faisais pas que libérer ça, comme si l'air que j'expire est aussi tout ce que j'enfouis en moi, sauf que tout ça, toutes ces chaînes autour de moi, tout ce goût amer qui me remonte de temps en temps dans la gorge, je les laisse en place, elles ne bougent pas, elles me maintiennent en place.

Je quitte la lune des yeux, pose mes coudes sur mes cuisses pour prendre appuie en avant et calmer ma respiration qui s'était légèrement saccadée. Ma main vient glisser dans la poche de mon jogging pour en attraper mon téléphone. Je me dirige vers le contact de mon père, lui qui m'a appelé il y a quelques heures, je m'étais promis de l'appeler en retour. S'il est actuellement près de trois heures du matin ici, là où il est il devrait être environ dix heures du matin.

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