II-CHAPITRE 19

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𝙽𝚈𝚇

To build a home - The cinematic Orchestra/Patrick Watson

« 𝓘 𝓱𝓮𝓵𝓭 𝓸𝓷 𝓪𝓼 𝓽𝓲𝓰𝓱𝓽𝓵𝔂 𝓪𝓼 𝔂𝓸𝓾 𝓱𝓮𝓵𝓭 𝓸𝓷𝓽𝓸 𝓶𝓮 »

J'ai à la fois la sensation de ne rien ressentir mais aussi de ressentir tellement de choses que ça en devient trop, que je n'arrive pas à supporter le poids de tout ce qui se bouscule en moi. Un poids tellement lourd que je persiste à étouffer, à en faire devenir un souvenir si transparent que j'ai parfois l'impression qu'il n'y a plus rien. Alors je ne ressens rien même si je sais que tout ce que je ressens est tassé quelque part et que, de temps en temps, je le sens ramper pour refaire surface et me donner cette sensation de ressentir tellement de choses.

Dans ces moments, mon corps est lourd, il est un poids que je n'arrive pas à porter, que je n'ai pas envie de porter, je reste donc allongée, le regard fixé vers un point précis pour que tout devient flou.

Que tout soit aussi flou que ce que je ressens.

Alors je laisse mon corps se resserrer contre lui-même, je serre, si fort qu'on dirait que j'essaye d'empêcher mon propre corps de tomber alors que pourtant je suis à l'abri, allongée sur un lit qui fait le double, voire le triple de ma largeur. C'est mon âme qui est au bord de la falaise, qui est à l'apogée d'une chute mortelle, même si je ne me suis jamais senti réellement en vie.

Mes doigts se resserrent autour du tissu épais du pull qui me recouvre, me protège d'une fraîcheur que je m'imagine peut-être pour pouvoir serrer encore plus ce pull contre moi. Je revois encore son regard se poser sur moi alors que je sortais de la salle de bain, son pull couvrant ma peau, un sourire en coin qu'il n'a pas pu contrôler malgré lui.

Peut-être pensait-il que je n'étais pas au courant qu'il avait glissé son vêtement dans mes affaires et peut-être que je préfère qu'il pense que ce soit le cas. Je préfère cacher ce que je n'ai jamais réussi à renier plutôt qu'avouer que sa présence est la seule que j'arrive à supporter autant sans pouvoir m'en lasser malgré cette flamme de haine qui ne cesse jamais de faire son apparition.

Mais on est à égalité maintenant, il ne le sait peut-être pas, mais moi il n'y a que ça dans mes pensées.

Malgré tout, je garde son pull près de moi, imaginant que ce soit lui pour ne pas avoir à admettre que c'est lui que je veux près de moi, que malgré la colère qu'il fait gronder en moi, tel un orage qui surpasse tout et auquel on se retrouve obligé de donner son attention, je ne peux pas m'empêcher d'aimer le son des éclairs lorsqu'ils s'écrasent contre moi, car je sais que derrière ça se trouve une force bien plus puissante que cette colère.

Une force que je ne veux pas laisser sortir, que je maintiens dans l'ombre.

Elle nous détruira si jamais je laisse tout m'échapper, si jamais je lui avoue ce dont il ne se souvient pas.

Mes jambes glissent contre le matelas alors que le haut de mon corps se redresse pour que je puisse me relever doucement. La fraîcheur du sol se ressent à travers le tissu fin de mes chaussettes et je m'arrête pendant quelques secondes, ne réalisant plus aucun mouvement alors que je laisse mon corps réchauffer la fraîcheur sous moi, faire en sorte de ne pas avoir l'impression que la mort à mes pieds bien que je l'ai chassé pendant un long moment.

J'ai abandonné, j'ai fini par chercher la mort, croyant qu'elle apaiserait enfin la douleur qui transperçait ma chair sans aucune pitié, même si j'ai toujours voulu vivre, je me bats pour ça.

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