II-CHAPITRE 7

56 3 220
                                        

𝙽𝚈𝚇

Sucker - Marcus King

«𝓖𝓸𝓸𝓭 𝓵𝓾𝓬𝓴 𝓴𝓲𝓵𝓵𝓲𝓷𝓰 𝓶𝓮 '𝓬𝓪𝓾𝓼𝓮 𝓘'𝓶 𝓪𝓵𝓻𝓮𝓪𝓭𝔂
𝓭𝓮𝓪𝓭 𝓲𝓷𝓼𝓲𝓭𝓮 »


La mort est un réel trou noir, une fosse qui nous chante une mélodie envoutante, tel le chant d'une sirène affamée qui prie pour que le pirate naviguant sur sa pauvre barque succombe à sa mélodie. La mort est attirante, elle veut qu'on découvre tous ses secrets, qu'on prenne le risque de s'en approcher trop près quitte à se perdre dans les vérités superflues et aléatoires que le monde essaye de nous faire croire.

La mort n'est pas qu'un évènement, elle est une réalité effrayante pour certain, captivante pour d'autre, une vérité qui s'impose à un être, à une âme qui est arrivée au bout de son chemin. La mort amène la conscience à sa fin, elle efface les peines, les doutes, les joies, les souvenirs. Elle signe un arrêt définitif, un feu auquel on s'arrête mais qu'on ne franchit jamais, on arrête simplement le moteur et on ferme les yeux, laissant le monde derrière nous.

Mais que se passerait-il si la mort elle-même devenait un sentiment ?

Si on se sentait mort dans un corps encore vivant ?

J'ai l'impression d'être sur un fil à la fois au bord de la rupture mais qui en même temps est si solide qu'il ne pourrait pas se briser. Comme si je restais en vie, que mon coeur bats encore mais que mon âme est si épuisée que la sensation d'une mort déjà apparente est présente et que la fin de ma vie n'aura aucun effet de relaxation, qu'elle ne serait qu'une suite logique car j'aurais repoussé l'inévitable trop longtemps.

« — Bats-toi pour vivre, pas pour survivre. »

Je me revoie devant mon propre reflet à me dire que finalement je ne faisais que survivre et que ça serait toujours le cas car vivre était un fantasme irréalisable, mais en réalité je me suis habituée à une autre vérité, une autre réponse à cette phrase qui résonnait en moi : Je ne vis ni ne survis tout simplement car la mort est déjà en moi, mais il n'y a pas de mot pour décrire ça.

La nuit est tombée, me plongeant dans cette atmosphère sombre où les monstres sont de sortie, ils baladent dans la foule avec aisance, cherchant le bon moment pour te sauter à la gorge et t'amener à une mort qui te sera définitive.

Car s'il y a bien quelque chose qu'on ne peut pas retourner, c'est la mort.

La lune vient éclairer mon chemin alors que je me faufile dans une ruelle, une façon d'être à l'abri de la foule et des lumières festives de Rio qui brillent jusqu'à mes yeux et me brûlent presque la rétine, mais aussi pour écarter les vrais monstres d'un endroit où tous les regards seront virés sur eux. Je me sens suivi, des présences dans mon dos qui ne se cachent plus maintenant qu'on se retrouve seules, à l'abri des regards.

— Olhe para ela, indefesa... ( Regardez-la, sans défenses... ), prononce un des trois hommes que j'arrive à distinguer grâce à leurs pas.

Je continue d'avancer, mes mains plongées dans les poches de ma veste en cuir qui me couvre de la légère brise qui vient souffler dans nos corps. La ruelle n'est pas très longue, je peux déjà voir la foule passer à l'autre bout, ils ont le sourire, ils dansent, chantent, profitent de leurs soirées tandis que moi je marche dans l'obscurité, encore plongée dans le monde qui m'appartient.

Le lampadaire au-dessus de ma tête clignote tel un film d'horreur lorsque la fille sans défense se fait suivre et tuer dans une ruelle où personne ne sera jamais au courant. L'air frais se glisse en dessous de l'épaisseur de ma veste, une caresse douce qui vient réveiller un léger frisson, une sensation agréable. Mes talons, eux, provoquent le son qui résonne le plus fort dans cette ruelle, comme si je montrais ma présence, comme si je m'indiquais plus forte.

OBSESSIVE | TOME I & IIDes histoires addictives. Découvrez maintenant