CHAPITRE 10

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𝙽𝚈𝚇

Shot glass of tears - Jungkook

« 𝓣𝓮𝓵𝓵 𝓶𝓮, 𝓪𝓶 𝓲 𝓮𝓿𝓮𝓻 𝓰𝓸𝓷𝓷𝓪 𝓯𝓮𝓮𝓵 𝓪𝓰𝓪𝓲𝓷 ? »

Plus je passe de temps à la cafétéria avec Jess, Ezia, Alex et de temps en temps Nate, plus je remarque les habitudes différentes que nous avons. Je l'avais déjà remarqué avec Jess, mais je le vois de plus en plus grâce à Ezia et son frère. Lorsqu'on mange ensemble et que je me nourris simplement de mes barres énergisantes tandis qu'eux mangent tout ce dont ils ont envie, tout ce qui leurs est proposé, je me retrouve à être fasciné par la différence de point de vue qu'on peut bien avoir sur la nourriture et la beauté qu'il faut atteindre en payant certains prix.

Il est vrai qu'on dit qu'il faut souffrir pour être belle et j'ai l'impression de beaucoup trop m'associer à cette phrase, de beaucoup trop m'y relié. Je souffre, je me mets au bord du précipice en poussant mes limites avec la nourriture, pour voir si je me laisserais tomber en ne répondant pas à la faim que mon estomac me demande de combler, ou si je m'accrocherais à la corde en avalant tout ce que je pourrais bien trouver pour éviter la chute.

L'ironie de ma situation est que peu importe le choix que je décide de faire, je souffre, soit en tombant, soit en m'écorchant les mains à l'aide de la corde.

Il faut souffrir pour être belle mais il faut encore plus souffrir pour le rester.

C'est une pensée qui ne m'a pas quitté depuis que nous avons quitté la fameuse cafétéria il y a quelques heures, elle me hante, me submerge, mais je dois la laisser de côté, je dois l'oublier pour me concentrer sur mon cours, surtout que celui-ci, Jess et moi l'attendons depuis un petit moment.

Le professeur nous a demandé une routine, venant complètement de nous, la musique était notre choix, la chorégraphie doit venir de notre imagination, même si on se retrouve à faire un freestyle devant lui. Il veut de la danse, il veut voir le niveau de ses élèves, pour nous classer, pour savoir avec qu'il va devoir plus travailler tandis que d'autres il pourra s'autoriser de ne pas s'en inquiéter autant.

Les premiers passages ont eu lieu la semaine dernière, aujourd'hui, il est temps pour Jess et moi de passer, celles-ci se prépare d'ailleurs, s'étirant doucement une dernière fois alors qu'elle se place devant le miroir, attendant que la musique se lance.

Les notes débutent, s'élèvent dans la salle à travers les enceintes. Elle commence doucement, ne se perd pas dans le rythme, réalise chacun de ses pas à la perfection. Elle est concentrée mais pas au point d'avoir l'impression qu'elle ne fait que suivre une chorégraphie qu'elle connaît par cœur. Ses gestes ne sont pas robotiques, ils sont fluides, comme l'eau d'un ruisseau qui s'écoule tranquillement. Il n'y a pas de blocage, pas de perte de mémoire, elle fait exactement la danse qu'elle me montre depuis une semaine, celle dont elle a peaufiné chaque détail, celle dont elle ne voulait pas imaginer un seul défaut se créant le jour venu.

Je la regarde danser, prouver qu'elle a fait ça toute sa vie, que ce n'est pas seulement un passe-temps pour elle mais belle et bien sa raison de continuer, sa raison de persévérer. Elle ne danse pas car elle n'a pas trouvé d'autres passions, d'autres chemins artistiques dans lequel elle pourrait réussir. Elle danse parce que c'est ce qu'elle aime faire, elle danse parce qu'il n'y a rien de plus vrai, rien de plus authentique, que cela dans sa vie.

Tout le monde la regarde, le professeur avec plus de sérieux que nous tous mais il n'a pas l'air d'être déçu, il n'a pas l'air d'être insatisfait, au contraire, je vois presque les coins de ses lèvres se relever alors qu'il suit chacun des mouvements de Jess.

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