CHAPITRE 3

358 23 157
                                        

𝙽𝚈𝚇

Take a slice - Glass Animals

« 𝓘'𝓶 𝓰𝓸𝓷𝓷𝓪 𝓼𝓵𝓮𝓮𝓹 𝓬𝓪𝓾𝓼𝓮 𝔂𝓸𝓾 𝓵𝓲𝓿𝓮 𝓲𝓷 𝓶𝔂 𝓭𝓪𝔂 𝓭𝓻𝓮𝓪𝓶𝓼. »

Mon quotidien ici est changeant de celui que j'avais à Barcelone, mais d'une façon, il reste le même dans sa structure, il n'y que ce que je fais qui change. Avant, c'était les missions, les entraînements qui occupaient ma journée et la danse qui occupait ma nuit. Maintenant, c'est l'inverse, les cours, la danse, tout ça occupe mes journées, je le vis pour la première fois tandis que la nuit, je reviens à mes habitudes pour ne pas oublier ce que j'ai toujours fait, tout ce que j'ai toujours été.

Tous les soirs, depuis quelques jours, je suis l'ordre de Carmen et je m'en vais dans le club de boxe à côté du campus, j'ai une clé et je peux rentrer quand j'en ai envie, ou plutôt quand je sais que je dois y aller, car c'est ce que je dois faire, pas ce que j'ai envie de faire.

Je ne dois faire aucun écart, je dois rester celle qu'elle peut appeler en cas de besoin, être celle qu'elle veut toujours envoyer en mission, car c'est comme ça, car je n'ai pas le choix d'être une Diaz, car l'habitude à rendu tout normal.

Au point où pendant que Jess déguste son burger devant moi, posée à la cafétéria du campus, je me retrouve avec une barre énergisante dans ma main, à peine entamée. Une habitude comme toutes les autres, ce besoin de me nourrir que j'essaie d'oublier, je ne donne pas de la nourriture à mon corps pour le plaisir de manger, je lui donne simplement ce dont il a besoin pour fonctionner correctement, assez de protéine, assez de sucre, assez de tout sans dépasser une certaine limite, car je ne dois pas transformer mon corps, je dois le laisser exactement comme il est, pas bouger d'un seul centimètre de trop, pas augmenter d'un seul kilo, je dois rester au mensurations parfaites, au poids parfait.

Tout est contrôlé depuis si longtemps que je n'y vois plus le mal, je n'ai plus cette faim qui occupe mes pensées, je n'ai plus ce besoin de courir après chaque repas pour camoufler ma culpabilité lorsque je me laissais la possibilité d'un plaisir.

J'ai habitué mon corps au mauvais, au point que ça en soit devenu le bon.

— Tu penses que tu réussiras à finir la chorégraphie que Monsieur Hale nous a demandé pour la semaine prochaine à temps ? me demande la brune en face alors qu'elle essuie la sauce sur son menton.

Ça ne fait qu'une semaine qu'on est ici et notre professeur de contemporain exige déjà une chorégraphie pour pouvoir évaluer notre niveau. On a qu'à choisir la musique, faire une chorégraphie d'une minute minimum et lui présenter pour qu'il puisse trier la classe dans des groupes qu'il garde en tête.

C'est comme ça que ça fonctionne pour eux, il y a le plus fort, le plus talentueux puis il y a ceux qui ont besoin de s'entraîner plus que les autres, ceux qui doivent réaliser le plus d'efforts et les professeurs aiment le montrer, ils aiment faire les comparaisons, pour nous prouver encore une fois qu'il y aura toujours de camps, pour nous prouver que le favoritisme existe belle et bien.

— J'ai déjà la musique, ça devrait le faire, et toi ? Tu penses que ça va aller ?

Elle pose le reste de son burger sur la table et s'affale en arrière sur son fauteuil avant de plonger son regard dans le mien, un petit sourire confiant dessiné sur le bas de son visage.

— J'ai aucun doute.

On n'a pas beaucoup parlé depuis notre première rencontre, en tout cas, on ne parle pas d'autres choses que la danse, on garde chacun nos secrets, ou peut-être que je suis la seule à en avoir d'assez inhabituel pour qu'ils ne soient pas prononcés.

OBSESSIVE | TOME I & IIDes histoires addictives. Découvrez maintenant