I know places ; Daniel & Honora

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- Oui, j'ai peur, Daniel, avoua Honora, à bout de souffle. J'ai peur que tu te lasses de moi, j'ai peur que tu ne me trouves pas assez cool pour toi, que je dise une connerie quand on parle musique car j'ai des goûts trop guindés et que toi, tu n'écoutes que du bon rock. J'ai peur que tu finisses par te lasser, que tu cesses de me trouver belle les cheveux détachés et que tu souhaites que mon blond devienne brun. J'ai peur que tu réalises un jour que le vin, c'est dépassé, et que je devrais me mettre au whisky. J'ai peur de me réveiller un matin et que non, tu ne sois plus là. J'aime tes amis, je les ai toujours aimés. Pas à cause de toi, non. Je les aime car malgré sa naïveté, Dougie s'assoit à côté de moi chaque soir et me demande de goûter un vrai bon vin. J'aime quand Harry m'apprend à jouer de la batterie pour te plaire alors que clairement, tu préfères le son du piano, bien que tu n'en joues que lorsque tu es triste et que tes yeux te brûlent. Et j'aime Tom depuis le jour où il est venu me voir au bond milieu de la nuit pour me demander de ne pas briser ton cœur. Et tu sais quoi ? Je crois que c'est à ce moment-là que je suis vraiment tombée amoureuse de toi, quand ton meilleur ami, la seule personne qui ait jamais compté dans ta vie, est venu me trouver car il s'inquiétait pour toi. Tu le savais pas, ça, non, car c'était notre secret jusqu'à aujourd'hui. Mais là, je sens que je suis en train de te perdre, Daniel. Et oui, je continuerais de t'appeler « Daniel », même si tout le monde dit « Dan » et que tu préfères « Danny ». J'ai l'impression que tu n'es plus toi, ces derniers temps. Tu penses sans cesse au monde auquel j'appartiens, à mes parents riches et à mon frère brillant. Tu penses à mon ex qui est devenu avocat et à moi qui suis sommelière. Je ne suis plus la fille sympa qui buvait de la bière et fumait des joins avec tes potes. J'ai cessé d'être cette fille-là à tes yeux alors que putain, Daniel, cette fille-là, c'est la vraie moi. J'aime porter des Vans, j'aime venir dans votre appart en skate et trouver votre poster de Star Wars trop cool. J'aime mon métier, j'aime savoir quel goût à un bon raisin fermenté et pouvoir deviner s'il est français ou italien. Mais ça ne fait pas de moi une personne différente que celle que tu as connue, il y a cinq mois. Arrête de me voir comme mes parents m'ont conçus, recommence à me voir telle que je suis vraiment. Ton Honora. S'il te plait, Daniel, aime-moi encore.

Les yeux de Honora étaient embués de larmes prêtes à tomber. Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine et ses mains tremblaient au fur et à mesure qu'elle parlait. Elle avait peur des mots qui s'échappaient de sa bouche, peur qu'elle ne les contrôle plus, tout comme le vol de papillons dans son ventre, à chaque fois que son regard se posait sur Daniel. Elle l'aimait tant. Elle n'avait découvert le véritable amour qu'avec lui et elle ne voulait pas déjà le perdre. C'était si bon l'amour avec Daniel. Ses dents de travers qui rendaient son sourire encore plus précieux, sa façon qu'il avait de s'esclaffer, plutôt que de rire discrètement. Même sa stupidité lui plaisait, quand il s'étonnait des petites choses de la vie alors qu'il était si cultivé en ce qui concernait la musique. Pour ça aussi, elle l'aimait. Son amour pour la musique. L'histoire passionnelle qu'il vivait avec sa six cordes qu'il ne quittait jamais. Même quand il allait dans son appartement, il l'emmenait avec lui. C'était son ombre, le prolongement de lui-même. Il n'en jouait pas toujours mais comme un enfant avec son doudou, il avait besoin de la savoir près de lui, prête à le réconforter si quelqu'un s'amusait à lui briser le cœur. Et elle l'avait fait, Honora. Lui briser le cœur. Elle le faisait à chaque fois qu'elle posait son regard sur lui et que leurs yeux se confrontaient. Parce que lui, il savait que leur futur était impossible. Il y aurait toujours des gens autour d'eux, toujours des chasseurs prêts à les mettre en cage. Et lui, il ne voulait pas se contenter d'une étiquette, un nom rangé dans une case. Il voulait être plus que ce qu'il était déjà et il ne pourrait jamais le devenir s'il restait avec Honora. Leur amour n'était pas le problème. Le problème, c'était les autres.

- Honora... Il lui souffla mais la jolie blonde secoua la tête.

Elle s'avança, s'approchant toujours plus de lui. Ses mains tremblaient toujours et sa tête lui faisait mal. Elle était sur le point de le perdre. Et alors que ses lèvres cherchaient celles de Daniel, elle se demanda si elle ne l'avait pas déjà perdu.

- Ne les écoute pas, dit-elle. Ne les regarde pas, elle détourna son visage de la foule pour qu'il ne se focalise que sur elle.

Elle et ses grands yeux sombres. Elle et sa tendresse. Elle et ses yeux qui hurlaient « souviens-toi de nous ». Et oui, il s'en souvenait. De ses mains qu'elle liait à lui, quand elle dormait profondément, et que lui était encore happé par une insomnie. Il se souvenait de sa façon de couper les sandwiches en triangle, de sourire de toutes ses dents à chaque fois qu'elle obtenait ce qu'elle voulait. Il se souvenait de ses larmes, aussi. De sa peur de ne pas être acceptée par le monde, de ses craintes de ne plus lui plaire. Il trouvait ça ridicule et levait toujours les yeux au ciel quand elle en parlait. Pour elle, c'était sérieux, et il l'avait bien compris alors, il la rassurait avec des baisers glissés dans le creux de la main, des mots doux à l'oreille et des caresses plus tendres pendant l'amour. C'était bon l'amour avec Honora Tellement bon.

- Je... Je peux pas, Honora. Je peux pas...

Et il l'avait laissé là, avec son cœur brisé et les larmes qui coulaient sur ses joues. Mais ce soir, personne ne serait là pour panser ses blessures. Elle serait seule. Parce que Daniel continuait de marcher jusqu'à la sortie, son cœur lui aussi en miettes. Elle savait qu'il était dans le même état qu'elle et c'était sans doute cela qui la blessait autant. De savoir qu'ils s'aimaient. Mais qu'ils se quittaient.

Au loin, Honora crut apercevoir le visage de Tom, au milieu de la foule. Elle lui avait fait une promesse, à lui aussi, et elle venait de la briser. Elle ne le supportait pas. Et elle ne voulait pas perdre Daniel. Jamais. Il était le soleil inattendu qui apparaissait après un torrent de pluie, au printemps. Il était cet arc-en-ciel apparut par hasard dans sa vie et elle refusait de le laisser partir. Il ne pourrait y avoir que lui, elle en était certaine. Alors, elle se mit à courir. Pas vers lui, mais vers la sortie. Elle n'avait que les portes coupe-feu dans son champ de vision, ainsi que la main de Daniel qu'elle saisit au passage. S'ils n'étaient condamnés qu'à être les renards prêts à être chassés, ils devaient fuir. Et c'est ce qu'ils firent, un soir de Mai, abandonnant leurs cœurs brisés au pied de la porte. Leur vie était ailleurs.

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