Chapitre 34: Torpeur

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Odessa

Une fois rentrés de chez Sirius, je jette furieusement la veste de ce dernier. L'odeur ambrée métallique du parfum de ce connard m'étouffait. Derrière moi, j'entends:
-Je peux t'aider à te doucher si tu veux.

Mon sang ne fait qu'un tour et je me crispe une seconde, avant de me retourner sur Mars qui doit se foutre de moi là. Face à son regard inhabituellement mal à l'aise, je ricane et d'une façon plus méprisante que je le prévoyais, je lui dis:
-T'es vraiment tordu.

C'est fou, mais je crois l'avoir blessé, d'après la brève ouverture que son regard vert et brun m'a laissé. Durant le silence, mon élan de compassion s'envole, quand je ressens de nouvelles piqures dans mon dos. J'enfonce le clou en disant:
-Tu voulais que je t'aide à te doucher quand je t'ai poignardé? Je parie que ça t'aurait plu hein? Et la première fois que tu m'as fait ça? T'aimes voir les femmes souffrir, non? Ça t'excite.

C'était assez bas, mais il l'a clairement mérité. Il contracte sa mâchoire et avec un regard s'étant un peu voilé il répond:
-Tu m'as laissé te faire ça. Tu le voulais.

-Mais t'en as été capable non?

-Laisse tomber.

Il va s'asseoir sur le canapé et je m'en vais pour laver ma peau souillée et douloureuse. Malgré la douleur je veux me débarrasser de tout ce sang... Plus tard, après avoir quitté la douche, je grimace face au retour des brûlures me grattant. Au début, je sentais que mon dos était en feu avec l'eau, mais doucement ça s'est amélioré, même s'il restait une certaine douleur. Je regarde à nouveau dans le miroir les marques douloureuses physiquement, mais aussi moralement.

Cette fois, il s'est contenté de marques droites. Je suis sure que les courbes plus dures à faire m'auraient tué. C'est comme une ligne de montagnes sur l'espace au-dessus de là où était mon soutien-gorge. Ça s'arrête là où étaient les bretelles. En dessous de l'espace intact où était mon soutien-gorge, il y a une ligne droite traversée par des lignes verticales courtes. Le tout est assez net.

Combien de fois il a fait ça à des gens? À quel point ça a pu être pire pour eux? De quoi est-ce qu'il est vraiment capable? Parce que j'ai couché avec, j'ai vraiment réussi à oublier que ce n'était pas le gars sympa du coin. Il tue des gens. Ce sera bientôt à mon tour de le faire aussi. J'expire lentement puis m'habille et regarde mon t-shirt large sur moi. J'espère qu'il ne sera pas taché comme ma serviette qui l'était un peu, même si je n'ai plus l'impression que ça saigne tellement. Je ne sais plus si je ne devrais pas mettre de la crème dessus aussi, ça va être sec.

Je ne sais pas non plus si je serais capable d'étaler la crème. C'est déjà difficile d'atteindre mon dos, mais en plus mes mains vont réagir à la douleur et à peine oser me toucher. J'hésite, mais enlève mon t-shirt puis sors de la salle de bain en cachant ma poitrine avec mon t-shirt. Bien-sûr, la source de paradoxe est là. Il a son regard jade et topaze sur moi, mais ne sort pas de moquerie. Il ne me saute pas dessus non plus, heureusement pour lui. Il me fixe avec un regard dénué de toute joie. Je ravale ma fierté et ma rancune pour l'instant afin de demander platement:
-Tu peux m'aider? Avec mon dos?

Il se lève et s'en va. Je me demande s'il a eu l'audace de s'énerver, quand il revient avec la mallette à pharmacie. Il me dit:
-On doit nettoyer ça.

Je lui tends aussi ma crème, mais il fronce les sourcils confus. J'y réponds par:
-Tu peux me la mettre. Je suis sûre que ce truc ne ferait pas de mal à un bébé. C'était écrit sur la boîte.

-On va éviter de risquer d'en mettre. Je devrais acheter de la crème à la pharmacie.

-Je crois que la Vaseline ira en attendant j...

Il me coupe en disant:
-Mauvaise idée, j'ai appris ça.

Je soupire et il dégage la couverture en me disant:
-Pour l'instant, allonge-toi.

Je le fais et au bout d'un moment je sens la piqure froide de l'antiseptique qui me fait me contracter en respirant lentement. Avec une douceur ne lui ressemblant pas, Mars me dit:
-Pardon, pardon.

Je m'efforce de rester calme pendant qu'il passe sur les nombreux sillons qu'il a gravés sur moi. La douleur me martèle encore un peu quand il ajoute:
-C'est fini.

Je soupire de soulagement puis m'assieds. En tenant toujours mon t-shirt près de moi, je demande ce qui me tourmente toujours jusqu'à maintenant:
-T'as aimé ça? Quand tu l'as fait. Je te cherche pas, je veux juste savoir.

Il contracte sa mâchoire puis soupire avant de me regarder gravement. Il me répond:
-C'est pas ce genre de douleur qui m'excite. J'ai appris à l'infliger, le faire sans hésitation, mais j'aime pas...des fois, je puise dans un côté de moi qui me trouble pour y arriver. Mais même avec ce côté ça m'excite pas comme ça, surtout pas avec toi.

Mais je pense qu'il a appris à y trouver de la satisfaction d'une autre façon. Cette impression...sûrement comme celle que j'avais quand j'ai réussi à battre cette fille qui me traitait d'orpheline. Cette envie d'aller plus loin, de lui faire plus de mal, même si la personne est battue. Je soupire en revivant la honte que l'on m'a fait ressentir après avoir fait ça. Mars me dit:
-Recouche-toi.

J'hésite, mais le fais, en me demandant s'il a trouvé des pansements à me coller dessus. Comme des affiches cachant des fissures. Je frissonne un peu en sentant de la chaleur puis un mélange de douleur et de douceur sur une de mes blessures. C'était ses lèvres. Il me dit:
-J'avais raison, ça n'allait pas te faire du bien. J'ai pas réfléchi.

Je ne peux retenir un sourire absurde puis lui dis:
-C'est pas amer?

-Là, je m'en fous un peu. Ça t'a fait vraiment mal?

-Un peu...mais c'était doux un peu.

Il monte à côté de moi et je l'aperçois un peu se baisser, je sens de la douceur sur ma peau en bas du dos. Je ne sais pas combien de temps il a eu la motivation de déposer des baisers autour de la destruction qu'il a causée, mais j'ai fini par m'endormir sous ses sensations paradoxalement calmantes.

𝐌𝐀𝐑𝐒Où les histoires vivent. Découvrez maintenant