Chapitre 61: Déchéance

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Odessa

Deux jours après l'incident avec Iris, on n’a pas eu de nouvelles, tant mieux. Mars n'en a pas reparlé ni agi différemment, mais je suis sûre que ça doit tourner dans sa tête. On marche dans les rues noires mal éclairées du Quartier des ombres avant d'entrer dans le bar où on est chaleureusement accueillis. On s'assied à peine que derrière nous une voix féminine hurle:
-Où est cette pétasse?!

Je me retourne sur une femme de taille moyenne au corps élancé et aux cheveux bruns peignés en arrière. Elle a les traits tirés et porte comme une tenue de sport noire faite d'un haut moulant et d'un jogging. Ça ne sent pas bon et malgré le fait que je ne sois pas la seule des rares femmes ici je me dis qu'elle parle de moi. Le barman plisse ses yeux bruns en disant calmement à la nouvelle venue:
-Pour commencer, on dit "bonjour", madame.                                               

En écarquillant ses yeux clairs, elle s'écrie:
-J'e m'en fous! Je veux la pétasse qui a causé la mort de mon mari!

Effectivement, c'est moi. Je me tends automatiquement. Ce monstre que Mars a tué avec la flèche avait une femme? Elle est venue pile au bon moment pour me trouver en plus. Je ne pense même pas qu'une balance l'ait prévenue parce qu'on vient d'entrer et Mars l'aurait repérée postée dehors. On dirait bien que je suis censée être punie pour ce que j'ai causé. Elle croise mes iris avec son regard agité et je vois une faim sanguinaire y brûler. Mars se lève et se met en face de moi en grondant:
-Si tu la touches je vais te faire souffrir au point que voudras ne jamais avoir existé...mais tu as toutes mes condoléances.

Elle contient sa rage en répliquant:
-Elle l'a fait.

Elle est folle? Elle se tient devant l'homme qui a tiré, elle doit le savoir. Mars rétorque:
-Non, c'est moi qui l'ai fait, lui mets pas ça dessus parce que t'as peur de moi.

Elle ne répond pas et je m'approche en disant:
-Non, laisse-la. On va parler.

Sans se retourner Mars, ricane puis réponds:
-Parler avant ou après qu'elle t'ai tranché la gorge?

-Elle le fera pas, laisse-moi l...

-Non.

-Tu me laisses régler ça ou je lui donne mon nom complet et mon adresse et donc à tous ces gens qui nous regardent aussi.

Après un silence, il se tourne vers moi pour me demander:
-T'as perdu la tête?

-Bouge, maintenant.

Il semble hésiter, mais se décale un peu en secouant la tête. Je n'approche pourtant pas parce que je ne suis pas complètement stupide. Je dis à la femme:
-Ton mari n'était pas quelqu'un de bien.

-Ça ne te donnait pas le droit de le tuer.

Elle a raison et la culpabilité me mord, malgré tout je réplique:
-T'as raison, mais cet environnement n'est pas super propice à la longévité aussi. Surtout quand on agit imprudemment.

Je ne cherche pas à la réconforter, mais l'énerver n'est même pas mon intention non plus. Malgré ça, le regard carbonisant qu'elle me lance me fait attraper mon couteau. Je préfère l'avoir qu'un pistolet me rappelant mon premier meurtre direct. À cause de ça, Mars dit que je suis pire que Marcel, le gars au couteau de l'aéroport, qui refusait d'utiliser les armes à feu.
Il a peut-être raison. En espérant qu'elle ait peur, mais prête à me défendre, je dis:
-Tu veux ta revanche, hein? Fais le bon choix.

Mars m'approche et je le préviens:
-Je vais tout balancer si tu bouge pas.

Il fronce ses sourcils anguleux et réplique:
-Je m'en fous, je vais...ah! Putain!

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