Chapitre 78: Aliénation

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Odessa

Je suis à la table de dîner dans cet appartement à l'air étrange, même si j'y ai passé des années. Même la décoration est pareille. J'observe le chignon bleu azur de ma sœur d'accueil contrastant avec sa peau brune clair. Je préfère me concentrer sur ses cheveux que son sourire énervant annonçant de la méchanceté. Justement, elle commence:
-Il y a une raison pour laquelle t'as l'air aussi vivante après des années de disparition? Je pensais qu'on te trouverait dans un sale état.

J'ai vraiment l'air différente? Ça fait bien 4 ans qu'ils ne m'ont pas vue. Monica, ma mère d'accueil me fixe de ses grands yeux noirs. Je n'arrive pas à croire que si souvent les genus ont cru qu'elle était ma mère biologique. On a l'air opposé à part notre peau, avec ses traits vraiment doux et ronds lui donnant un faux air chaleureux. Elle peut l'utiliser à son avantage parfois. Elle commente piquante:
-C'est vrai que tu n'as plus ton air dépressif pour qu'on ait pitié de toi.

Avec son léger accent patois, Dajaun mon père d'accueil demande moqueur:
-Ils ont enfin trouvé un antidépresseur miracle?

Fumante de colère, je réplique:
-Si vous aviez essayé de vous renseigner sur moi, vous auriez su que j'en ai plus besoin depuis des années, après que vous m'ayez jetée.

Avec un air suffisant, Monica réplique:
-Tu es celle qui m'a provoqué

-Parce que tu m'as insulté après avoir saccagé ma chambre pour chercher de la drogue, juste parce que Jeana t'a dit que j'en prenais pour s'amuser. Tu m'as jamais crue, tu t'es toujours attendue au pire venant de moi.

Bia, mon autre sœur d'accueil a un visage aussi doux qu'elle est méchante, comme sa mère. Avec un sourire, elle me dit:
-Eh bien tu sais, on ne sait pas vraiment d'où tu viens Odessa. On devrait s'attendre à tout.

Je me tends et serre la mâchoire en repensant aux horreurs que j'ai faites récemment. J'ai presque envie de le leur balancer à la figure avant de m'en aller. Au lieu de ça, je rétorque tendue:
-Vous savez, oui il y a une raison pour laquelle j'ai l'air " bizarrement vivante". En fait des raisons. J'ai trouvé la paix. Dans un vrai endroit à moi d'où l'on ne me délogera pas et j'ai quelqu'un qui m'aime pour de vrai. On le paie pas pour essayer. Mais je ne sais pas pourquoi je l'ai écouté pour venir vous rencontrer.

Je ricane puis continue:
-Et je ne sais pas pourquoi je pensais que j'aurais un traitement différent venant des gens qui considéraient que ma tentative de suicide était juste un moyen d'avoir plus d'attention.

C'est presque drôle que quand Mars est si optimiste ça soit un désastre. Je continue:
-Merci de m'avoir donné un logement, de la nourriture et le reste des choses basique. Mais c'était tout et ça le reste, le minimum. Donc on va en rester là. Je ne pense pas que nos chemins vont se recroiser.

Quand j'arrive à l'appartement après m'être retenu tout le chemin, je m'assieds sur le canapé et laisse enfin mes larmes s'échapper. Je pleure plus fort que je l'aurais voulu et assez vite les bras forts et chauds de Mars m'enveloppent avec son odeur aux senteurs brutes coupées par de la douceur. Il me dit doucement:
-Ça va aller, tu peux pleurer.

Sa douceur fait paradoxalement redoubler mes pleurs. Entre mes sanglots, j'arrive à prononcer:
-J'aurais jamais de famille, jamais.

En me tenant dans son cocon, il dit doucement:
-Ok écoute, ma réponse sera sûrement bordélique, mais une famille tu peux la créer. J'étais seul parce que j'arrivais juste pas à...laisser les gens entrer. Mais j'ai fini par trouver Sirius et mes deux sœurs. Et on était une putain de belle famille, mieux que certaines parmi les fausses dans lesquelles j'avais pu finir. Même si on était moins.

Je secoue la tête et réponds:
-J'ai pas de Sirius ni les autres. Je suis pas quelqu'un qui se lie bien aux gens, mais des fois ça me manque.

-Je serais ta famille.

Ces paroles et son doux baiser me donnent des frissons, mais mes peurs font redoubler mes larmes. Je réussis à partager ce que la petite voix que je déteste pense:
-Mars, un jour tu pourrais ne plus vouloir entendre mon nom, comme t'aimes sûrement pas prononcer celui de celle qui était là avant moi. Donc comment tu pourrais être ma famille?

-T'es vraiment folle. Tu ne nous trahiras pas. On le sait tous les deux, mais tu paries déjà qu'on ne va pas durer après m'avoir fait plonger pour te retrouver. Après que tu sois devenue une partie de ma vie.

Le cœur réchauffé, je renchéris doucement:
-Pardon, une partie égoïste de moi ne veut pas finir blessée...même si c'est trop tard.

Il dépose un bisou sur ma tête et caresse mes tresses.


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