Chapitre 51: Bonté

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Odessa

Maintenant que les mois ont passé, je fais moins de cauchemars sur ce violeur que Mars a tué ou l'homme que j'ai assassiné au croisement. Ça ne devrait pas être aussi facile, mais c'est un soulagement parce que Mars passait ses nuits à me tenir pendant que je gesticulait. Ce n'est pas bon pour lui de ne pas bien dormir. Si tu ne dors pas bien dans ce monde, tu peux mourir d'une faute d'inattention. En plus de cela, j'avais peur qu'il en ait marre et m'abandonne, mais ma peur s'est envolée aussi.

Il avait dit qu'on n'oublie pas ça facilement au début et qu'on ne l'oublie pas, mais ça s'améliore. Peut-être que c'est pire que tout que je m'en sois remise aussi vite, même si ce n'était pas facile durant la période où ça n'allait pas. Je m'en suis remise comme pour les gens que j'ai empoisonnés. Peut-être que Mars avait raison avec ce qu'il m'a dit le jour où j'ai frappé Leylani, "j'irais loin". De plus en plus loin...
Je regarde Mars s'habiller après sa douche post-entrainement. Sûrement pour lui montrer que je suis réveillée et qu'il ne va pas éviter de me voir inquiète, je lui pose ma question stupide:
-Tu t'en vas?

Je ne sais pas pourquoi en faisant ça j'aime me dire qu'il fera attention. Il étire ses lèvres en plissant ses beaux yeux en amande. Il caresse ma joue en disant:
-Je vais pas faire quelque chose de dangereux.

Je réponds amusée:
-Du shopping?

-Non...

Je fronce les sourcils face au reflet de tristesse dans son regard. Je m'assieds pour lui demander:
-Qu'est-ce qu'il y a? Tu vas bien?

-J'ai une idée très bizarre...t'emmener avec moi.

-Moi ça me va.

Il sourit lentement, puis me demande:
-Tu veux rencontrer ma mère? Ça pourra être très bizarre et pas...ce à quoi tu t'attends.

Je suis choquée et l'angoisse me traverse, mais je fais abstraction pour rétorquer:
-Ok, je vais me préparer.

Une fois en bas et sortis d'un ascenseur beaucoup plus loin, je regarde autour de nous. On va vers les grands jardins et les côtés avec plus de végétation de la cité. Les roses bleues qu'il a achetées...je réalise soudain où l'on se rend quand il me regarde et me demande:
-Tu veux continuer?

Je prends sa main et réponds:
-Bien sûr.

On finit par entrer dans le cimetière ressemblant plutôt à un jardin tropical. Je n'ai été ici qu'une fois pour l'enterrement d'une professeure que j'aimais beaucoup. Je me souviens à peine de ce jour, juste les larmes. Maman, elle je ne sais même pas où elle est. Je serre la main de Mars et inspire fort pour retenir mes larmes. Il se tourne vers moi et me demande concerné:
-Ça va? Ça te fait peur ce genre d'endroits?

Je secoue la tête en souriant et réplique:
-Non, c'est juste que je me suis souvenue d'être venue ici petite. C'était pour une prof, elle était sympa avec moi...elle était malade.

Il hoche la tête puis soupire avant de me dire:
-C'est un peu glauque de t'emmener ici, mais je viens chaque semaine et j'ai pas aimé disparaître comme ça la dernière fois qu'on s'est disputés. J'y suis retourné. J'ai cru que t'allais me jeter dehors parce que j'ai pas voulu te dire où je suis allé.

Il sourit comme un idiot et ajoute:
-Tu pensais vraiment que j'étais allé voir quelqu'un jusqu'à ce que tu te calmes. Je sais pas vraiment si je t'ai menti quand je t'ai dit que non, parce qu'elle n'est pas totalement là...

La tristesse sur son visage fait chauffer mes yeux et il continue:
-J'ai du mal à parler de ce truc de deuil ou je sais pas comment l'appeler.

Je serre sa main et renchéris:
-T'as pas besoin d'en parler si tu le peux pas, fais juste ce que tu peux. Moi non plus je sais pas vraiment ce que je fais.

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