Odessa
Eros, c'est l'amour physique ou le désir sexuel. Le genre d'amour qui implique de la passion, de la luxure. Parfois de la romance. Je me rappelle ça de l'exposé que j'avais osé faire à 12 ans, la prof était dans un état pas possible. Les autres, eux, étaient contents de s'amuser un peu. Les choses allaient à peu près bien pour moi à cette époque et je faisais les choses sans ruminer. Je voulais étudier les relations malgré le fait que je n'en avais jamais eu. Je l'ai fait pendant une phase où j'étais sur la psychologie et j'en avais conclu que mes parents d'accueil allaient divorcer. Mais un poisson rouge aurait pu le deviner aussi. En voyant ça, je me suis promis de ne jamais me mettre avec quelqu'un juste parce que j'allais avoir son bébé, comme ils ont fait.
De toute façon, même si j'ai couché avec un criminel instable, la médecine moderne fait que je ne serais pas liée à lui ma vie entière. J'aimerais aussi que la médecine moderne puisse tuer mes pensées bizarres et confuses. La façon dont il m'a embrassé, c'était du désir sexuel. Il n'y a pas d'affection juste parce qu'il me parlait avec douceur, pour obtenir ce qu'il voulait, ce dont il avait besoin à ce moment-là. Le seul amour qu'il pourrait ressentir au mieux, il est physique. Je ne pense pas que je sois une personne qui se contente de l'amour physique seulement. Bien sûr, sinon je ne serais pas en train de faire un trip là-dessus. Je m'arrête de trop penser pour regarder les parois à peine éclairées du tunnel, ayant une odeur âcre.
Je distingue un graffiti coloré d'une femme au corps plantureux. Elle est assise en bikini au milieu du désert. Je soupire d'exaspération. Dans l'obscurité, je dois suivre Mars que j'évite ironiquement le plus possible. Je fais de mon mieux pour ça depuis ce qu'on va appeler "l'incident". C'est pas facile dans la boîte d'allumettes me servant d'appart. Je ne sais même plus depuis quand on avance, dans le réseau de tunnels juste en dessous du Nexus. Le centre commercial de la cité. Il est plein de choses, allant des magasins aux sièges de start up. Bien sûr, il est situé du côté droit, chez les plus fortunés.
On descend des escaliers dans lesquels je fais attention de ne pas tomber avec la lampe de mon téléphone. Il n'y a même pas de lumière de ce côté-ci et ça me rend tendue et appréhensive. J'éclaire un peu Mars dont le faisceau est sur le boitier. Cette fois, il scanne son doigt avant sa carte, ce qui ouvre la porte coulissante. L'endroit dans lequel on entre m'aveugle un peu comme avant chez Via, à cause du contraste avec les tunnels infernaux.
Il y a une bonne odeur fraîche et même marine. J'ouvre un peu plus les yeux sur une déco moderne aux meubles ayant des formes arrondies. Ils ont des couleurs claires qui détonnent avec l'un des murs qui est brut. C'est sûrement fait exprès, ou bien ils font avec ce qu'ils ont, je suppose. Au centre, il y a des gens nous regardant depuis ce qui semble être une île d'appareils électroniques, dont beaucoup d'ordinateurs.
Avant que je ne l'évite, Mars m'a dit qu'ils connaissaient le monde souterrain des deux côtés d'Elys comme s'ils l'avaient construit. C'est un peu vrai justement, car ils y ont fait certains de ces tunnels et constructions. Il y en a tellement, que je me demande si ce n'est pas aussi un labyrinthe pour perdre les gens qui n'ont rien à faire là. Je me demande qui est le Minotaure. Je me demande aussi si The world a des ennemis et si oui, où ils peuvent bien se cacher.
On s'approche de l'ensemble d'ordinateurs dernier cri sur une table géante, à côté d'autres machines. L'une d'elles m'a l'air d'être une imprimante 3D, comme celles qu'on avait appris à utiliser en primaire pour une activité spéciale. C'est pas commun. Il y a parmi les trois personnes une belle femme à la peau aussi sombre que moi, mais avec un sous-ton plus chaud tirant légèrement vers le rouge.
Elle a un piercing en anneau, sur le côté de son nez rond et un peu plat et surtout elle a des cheveux blonds, très clairs et ondulés. Avec sa peau, le contraste lui va. Ça me rappelle un peu Kira. C'est sûrement une mode que j'ai ratée dans le monde du crime. Avec un sourire qui révèle un petit espace entre ses dents de devant elle crie, enjouée:
-Mars!
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𝐌𝐀𝐑𝐒
RomansaOdessa, 22 ans, vend du plaisir corrompu pour subvenir à ses besoins. Habitante de la cité d'Elys, isolée au milieu du désert américain à la fin du 21ème siècle, elle survit en faisant des pâtisseries infusées de drogues. Mais sa routine illicite ex...
