Chapitre 35: Remords

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Odessa

Après m'être levée, mon dos m'a rappelé les évènements de la veille, mais j'ai réussi à m'en sortir. Je quitte la salle de bain et me dirige vers le coin cuisine dans mon t-shirt large. Je m'arrête en voyant une mallette noire sur le comptoir de bar. Je la fixe tout en étant saisie par une force inconnue me rendant rigide. C'est vrai, réel. Je vais devoir le faire. Je sens Mars quitter le canapé pour me rejoindre. Avant qu'il ne parle, je dis platement sans le regarder:
-Je vais commencer, tu devrais partir.

-Odessa.

Mon dos se met à piquer ce qui m'irrite par pics. Je me tourne vers Mars et son putain de regard désolé. Ses beaux yeux peuvent aller se faire foutre avec lui. Je siffle:
-Quoi? T'es désolé? Tu veux mon pardon pour te sentir mieux?

Après une pause passée à m'observer, il répond avec un calme étrange:
-Tu me détestes maintenant?

-Tu devrais t'en foutre totalement, je me trompe?

Il ne répond pas donc je lui dis:
-Maintenant, laisse-moi faire mon travail.

Il quitte l'appartement et je soupire en sentant la culpabilité commencer à me tâcher. En m'approchant du côté cuisine, à l'intérieur de celui-ci, je vois une grosse caisse. Le reste du matériel. Ma culpabilité s'envole pour laisser place à la colère du désespoir. Mon âme est sur le point d'être teintée à jamais.

J'ai cuisiné dans un silence de mort. Ironiquement, tout mon matériel me protégeait de celle-ci. J'avais déjà des choses pour me protéger de la drogue, pas d'un poison mortel.
Je suis sûrement folle, mais j'ai fait confiance à ce que Sirius m'a fourni. C'est une amélioration conséquente par rapport à ce que j'avais. Surtout la combinaison en Tyvek et les barrières en plastique pour les pièces qui étaient surprenamment faciles à mettre. C'est beaucoup pour la sorte de poison que j'ai utilisé, sachant que ce n'est pas une substance volatile. Mais il vaut mieux pas prendre de risque.

C'est tellement tordu sachant ce que je vais faire à d'autres. J'avais tellement peur que j'ai dû attendre un moment pour calmer mes tremblements. Je n'avais pas peur de me rater avec les dosages, ça, c'était beaucoup trop simple. J'ai peur de ce que ça va provoquer, de ce que j'ai créé va entraîner.
Le reste du temps, je suis sortie pendant les heures dont l'appartement avait besoin pour redevenir stérile, avec les appareils pour l'air et les nettoyants que Sirius m'a donnés.

J'ai écouté de la musique dans un café en faisant semblant de lire, parce que je n'arrivais pas à déchiffrer une seule phrase. J'ai quand même gardé le livre pour éviter qu'on ne me dérange.
Je n'ai pas dit à Mars quand j'allais sortir ni où, mais il dû se dire que bien sûr j'allais pas attendre devant l'appart. C'est pour ça qu'il m'a appelée, je l'ai ignoré. Il doit sûrement être avec Sirius ou je ne sais pas. Je m'en fous.

Des heures plus tard, Mars est à peine rentré depuis seulement quelques minutes. Pourtant je me retrouve déjà à fixer l'entrée qu'un de ses hommes traverse pour sortir. Comme cet homme l'a dit, on a eu un timing parfait pour revenir. Maintenant, cette armoire à glace qui s'est invitée chez moi est en train de repartir avec la boîte vert menthe que j'ai soigneusement scellée. Je le suis jusqu'à devant la porte malgré les appels de Mars et le vois disparaître en tournant. Je me mords la lèvre. J'ai envie de lui courir après, mon corps crie pour avoir l'autorisation de le faire. Malheureusement, mon côté froid, sûrement motivé par mon instinct de survie, me fait reculer et rentrer.
J'ai passé le reste de la journée dans le lit que Mars m'a heureusement laissé.

***

Quand je me réveille, quelque chose me dit que ce que j'ai fait il y a moins de 24h n'est pas un cauchemar. Mais j'ai encore de l'espoir que tout cela ne soit qu'un cauchemar. Que je vais me réveiller dans le passé et ne jamais livrer cette commande de macarons pour me faire arrêter ensuite. Malheureusement, mon dos me pique soudainement. Retour à la réalité. Après mon passage à la salle de bain, je me rends dans l'espace salon-cuisine.

Je pense me diriger vers le frigo quand d'un coup la télé s'éteint alors qu'elle était de retour sur le programme d'infos après la pub. En une seconde, mon humeur prend feu. Il me cache quelque chose comme si j'étais conne. Je le regarde et il fait semblant d'être sur son téléphone. Je cours vers lui pour prendre la télécommande, mais bien sûr il me bloque facilement. Je me débats contre une furie, mais il me tient par le bras avec une pression me faisant mal. J'ignore la douleur pour crier frustrée:
-Tu me laisses voir ou je vais juste aller sur mon téléphone!

Il se met enfin à vraiment me regarder et semble tiraillé, mais il me lâche puis me donne la télécommande. Je sens la douleur dans mon bras en la prenant, mais l'ignore. Debout, j'allume la télé pile quand les infos parlent de douze morts à une soirée de charité. D'après les profils que j'ai étudié et mes connaissances, cinq d'entre eux étaient des politiciens ou d'anciens politiciens. Il y a par exemple un ancien maire de Chicago qui s'était installé ici il y a plus de dix ans.

Les sept autres sont plus connus pour leurs fortunes. J'ai l'impression que mon estomac se tord quand je reconnais un nom, puis ils affichent son visage avec les autres. Santi, je l'ai tué. Une partie de moi se sent vraiment coupable, mais de l'obscurité résidant en moi me chuchote sa satisfaction. Qu'est-ce que je suis devenue? Je reconnais quelqu'un d'autre. Nikhil. Ses parents doivent être détruits. Lui et sa sœur étaient leurs seuls enfants.
Pas lui...c'est ma faute, c'est moi. Malgré mes tremblements, je regarde les autres chaînes d'infos en dehors de la nôtre et beaucoup dans tout le pays parlent de ce que j'ai fait. Sûrement à cause du statut de ces gens, d'après la façon dont ils présentent ça. La voix de Mars à côté de moi me dit:
-Odessa respire.

Je le mitraille du regard et explose:
-Quoi respire?! Je suis une putain de meurtrière maintenant!

Je le regarde et ma terreur est sur le point de lui montrer mes larmes quand il se lève. Il me prend contre lui. Je suis encore plus submergée contre son corps chaud. Il ne devrait pas faire ça, moi non plus. J'ai de plus gros problèmes dans la tête maintenant, donc je m'accroche à lui pour essayer de faire ralentir mes pensées.

Après ce geste, on s'est à peine parlés moi et Mars et seulement quelques minutes après, sa majesté Sirius a tenu à nous voir. Je passe la porte du nouvel appartement, ressemblant à un chalet, puis vois Sirius se diriger rapidement vers moi avec un sourire. Je pense à courir, mais il m'attrape et me fait un gros bisou dégueulasse sur la joue. J'émets un bruit de dégoût, mais il me fait ensuite un câlin sans se soucier de mon dos contrairement à Mars tout à l'heure. Je suis sur le point de jeter ma vie à la fenêtre en l'attaquant, quand il me lâche. Malgré mon regard haineux, en étirant ses lèvres charnues, il me répète:
-Je t'aime, je t'aime trop.

Pendant que je le regarde perturbée, il dirige son regard brillant vers Mars à qui il dit:
-Sans vouloir te vexer.

Mars se contente de le fixer las et Sirius me lâche enfin en rigolant. En devant entendre toute sa joie me rappelant ce que j'ai fait, au final, je suis contente que Mars m'ait comme punie l'autre jour. Je le mérite et encore ça ne paye pas pour douze vies. Sirius plisse encore joyeusement son regard bleu dénotant avec sa peau marron claire. Il continue:
-Aller souris. C'est pas tout le monde qui peut dire qu'ils sont la faucheuse déguisée en Cooking Mama.

Mars se met à rire. Bien sûr. Je l'attaque du regard, ce qui le fait sourire un peu plus. Je m'éloigne pour m'asseoir sur le canapé brun, ayant l'air d'avoir été couvert de la fourrure d'une pauvre bête. Je respire lentement pour calmer mes pensées coupables, tandis qu'ils s'éloignent en commençant à parler de leurs conneries criminelles. J'ai envie de leur faire bouffer les putains de poissons colorés me faisant face.

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