Chapitre 54: Perplexité

19 1 0
                                        

Odessa

Chez Sirius, l'appartement a 45 cadres géants sur un mur vert profond avec des photos en noir et blanc, il y a des lustres en tube dorés allant avec la table basse aussi en verre et les socles des fauteuils aux motifs en spirales grecques. Je suis interrompue dans mon observation quand Sirius demande:
-Odessa?

Comme j'ai à nouveau appris à le faire normalement, je le regarde et il poursuit:
-T'as entendu parler du "lingchi"? La mort par mille coupures.

Mars dit:
-Sirius.

-Non, c'est l'une des nôtres maintenant. Elle doit rencontrer Tior.

Encore...
Je m'avance, mais Mars attrape mon bras en secouant la tête. Je ne sais pas pourquoi, mais je me dégage et suis Sirius. Dans une chambre à la disposition maintenant lugubrement similaire il y a un homme avec des coupures et des bleus, attaché au-dessus du sol et nu. Ses coupures sont bel et bien nombreuses, mais il vit encore d'après ses gémissements. Il est aussi nu, je n'aime pas du tout voir les hommes nus si je ne l'ai pas décidé. Un peu comme tout le monde je suppose, mais moi ça m'irrite à un point critique. En plus de ça, le sang n'aide pas. Avec le sang, son corps maigre lui donne l'air encore plus vulnérable. En détournant le regard, je demande ennuyée:
-Pourquoi vous les déshabillez toujours?

Mars continue de me dévisager en silence sûrement parce que je suis entrée, mais comme si j'étais stupide, Sirius me dit:
-On a que ça à faire couper à travers leurs vêtements, oui...tu sais dans le lingchi on coupe la personne sans la tuer. Du moins, sauf si on décide d'avoir de la compassion. Mars a été plus gentil. Chaque visiteur peut venir voir Tior et lui laisser une ou plusieurs marques au couteau avec notre indication. On a eu pas mal d'hommes qui sont passés et comme tu as vu ils n'y vont pas de main morte. Une tueuse aussi. Tior sera libre dans deux jours normalement.

Il étire ses lèvres charnues et poursuit:
-Le pari que j'ai organisé c'est est-ce que la décision clémente de Mars d'utiliser cette méthode sera assez pour calmer sa colère envers Tior avant deux jours? Est-ce que Tior va s'en sortir? Ça Odessa, c'est ce qui arrive, pas si tu vas voir la police, non là c'est plus simple. Ça, c'est si tu vas faire la conversation avec le camp opposé. Tior nous a avoué son erreur assez tôt et on aura besoin d'une taupe, donc on a été gentils. Il vivra exceptionnellement et on va le remettre sur pied avant de le relâcher. Normalement.

Je regarde Mars et demande:
-C'est ton idée?

Avant qu'il ne puisse répondre, Sirius, réplique:
-Je viens de te le dire. Il a un sale caractère et il déteste la trahison tu sais. Enfin, je pense que tu l'as remarqué.

Non, il n'est pas comme ça. Des souvenirs comme notre soirée passée à faire cette cuillère en bois me reviennent. Tout comme quand il m'a acheté cette rose bleue ou la soirée à l'aquarium. Sirius rit tandis que Mars s'éloigne rapidement. Il prend un couteau et pendant une seconde la peur surgit en moi, mais il n'attaque pas Sirius. Avec une vitesse, déconcertante, Mars fait un mouvement vers Tior qui hurle brièvement. Les gouttelettes chaudes signifiant la mort nous éclaboussent et me font comprendre qu'il vient de lui trancher la gorge. Mars quitte ensuite la pièce sous les rires sinistres de son meilleur ami. Ce dernier me dit:
-Je suppose qu'il a encore choisi la clémence. Ça lui évitera de souffrir. Ou il avait juste besoin d'extérioriser sa colère.

N'ayant aucune envie d'en savoir plus, je m'en vais. Après une douche, dans une chambre, je deviens presque sourde à cause des basses de mes écouteurs. Mais ils n'arrivent pas à étouffer le cri de mon malaise. Mars finit par me retrouver et s'assied à côté de moi. J'enlève mes écouteurs à contrecœur. Je l'observe et son beau regard que l'on n'imaginerait pas capable d'assister à toutes ces atrocités me parcourt. Je brise le silence:
-Tu me fais peur parfois Mars, je sais pas si je devrais m'attendre au pire venant de toi.

-T'as pas de raisons de le faire.

-Et si je faisais comme ce type? Tu me ferais encore pire que ça, non?

-Tu le feras pas.

"Tu le feras pas". Pas "je ne te ferais rien". Remontée, je rétorque:
-Tu sais pas ce que je ferais ou pas.

Je me lève et m'en vais.

𝐌𝐀𝐑𝐒Où les histoires vivent. Découvrez maintenant