Chapitre 62: Répulsion

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Odessa

Ça fait maintenant quelques semaines que Mars a été blessé. Assise sur le lit, je regarde sa plaie guérie. On ne la voit plus tellement. Il avait raison, ce docteur est fort. Je reporte mes yeux sur son visage endormi. Ses longs cils, son nez relevé et ses lèvres aux coins baissés. Sa peau a bronzé un peu avec les rayons de soleil s'étant dernièrement intensifiés. Sa teinte m'évoque du beige mélangé à de l'ambre dorée. Les lèvres de Mars se mettent à bouger pour qu'il me dise de sa voix rauque à moitié endormie:
-Est-ce que tu sais que les gens ressentent un putain de froid quand tu t'assieds avec la couverture sur toi?

Je rigole malgré moi. Nos journées se sont encore plus réchauffées, mais nos nuits et matins ont refroidi. Je dis à Mars:
-Je t'ai dit d'allumer le chauffage.

-J'essaie pas de cuire au réveil quand le soleil sera revenu.

Il s'assied doucement puis me dis:
-Viens.

Il me prend sur lui puis demande:
-Qu'est-ce qu'il y a? T'es bizarre depuis des jours. T'as arrêté les cauchemars après trois jours pourtant. J'en ai raté d'autres?

Mes trois cauchemars seulement, c'est tellement peu de culpabilité que ça en est honteux. Je lui dis:
-J'ai plus de cauchemars, mais c'est bizarre...t'as même remarqué que j'étais bizarre malgré tout le temps que tu passes avec les autres.

-Le temps que je passe avec eux, c'est ça le problème?

-Non, pas du tout, même si j'ai peur parfois.

Il me serre contre lui et me dit:
-J'ai guéri, tout va bien.

Je hoche la tête contre son odeur agréable puis il me demande:
-Dis-moi ce qui va pas Odessa. S'il te plaît.

Je souris à cause du "s'il te plaît" et justement il ajoute:
-T'habitues pas au "s'il te plaît".

Je finis par m'arrêter de sourire, pour lui dire:
-Quand j'ai arrêté de penser à cette femme, je me suis mise à penser à nouveau à d'autres choses. Comme au fait que j'ai empoisonné ton...ton père.

Je le regarde et il contracte sa mâchoire avec de la colère surgissant comme de la lave brune dans ses iris verts. En contenant sa colère, il me dit:
-Dis plus cette connerie. Ce chien n'est pas mon père.

-Pourquoi t'es comme ça Mars? Si on met ce qu'il s'est passé avec Amari à part, il a fait son travail. C'est juste un maire...non-pardon, pardon. On ne peut pas mettre ça de côté. Il a tué ton amie.

En me fixant de façon intense, il corrige:
-Elle était ma famille.

Je ne sais pas pourquoi, mais une part folle de moi est jalouse de cette fille, il la considère comme sa famille. Est-ce que ce sera mon cas un jour? Je ne devrais pas rêver pour l'instant. Il ricane et dit:
-Ce que tu sais pas sur le bon vieux maire c'est que dans son ancienne ville où il avait aussi était élu il acceptait les pots de vins pour fermer les yeux sur les trafics dont celui des femmes qui y était important.

Je fronce les sourcils puis suspicieuse, je demande:
-Vous faites ça?

Il prend un air dégoûté en fronçant les sourcils et réplique:
-Non, on ne touche pas à ce genre de trucs.

-Mais t'as dit que vous aviez des maisons closes.

-On ne les force pas, ces filles font leur taff et on les protège et les loge contre un pourcentage. Mais pas comme un mac. Plus une franchise, on va dire, dans un certain sens.

Je ricane puis reprends:
-C'est pas par morale que vous le faites pas, j'en doute.

Il rit brièvement avant de me dire:
-T'as une opinion de nous tellement mauvaise. Si, c'est par morale, le trafic c'est mal. C'est beaucoup d'argent, mais je vais pas te le cacher c'est aussi plus dur parce qu'il faut contrôler ces femmes.

-C'est pas votre truc?

-Tu continues de croire que parce que je tue je suis un démon.

Face à son air contrarié et déçu faisant retomber les coins de ses lèvres encore plus, je baisse les yeux en disant:
-Désolé.

Appréhendant sa réaction, je ne le regarde pas à nouveau en disant:
-Mais ça reste ton père.

Il me fait sursauter et reculer en explosant:
-C'est pas mon putain de père Odessa! Arrête! Une folle s'est ramenée avec ses délires et tu la crois?!

Pourtant j'ai comparé les photos du maire jeune et il y a bien un air. Je ne comprends toujours pas toute l'histoire, mais ça n'est pas impossible. Iris aussi me rappelait Mars durant cet instant ce jour-là. Peut-être que je délire et le tourmente pour rien, mais je pense avoir raison. Je lève les yeux et ceux de Mars sont semblables à un volcan brun fumant et menaçant de me brûler avec de la larve verte. Pourtant, je demande:
-C'est qui ton père alors? C'est vraiment celui qui...

Je m'arrête en me sentant stupide, mais il continue:
-Le gars qui a massacré ma mère comme du bétail?

Il ricane et ajoute:
-Tu sais, le pire là-dedans c'est que ça ne lui ressemblait pas du tout. Il n'a jamais touché à un seul de nos cheveux à moi et ma mère. Il a toujours été super avec moi. Avant qu'ils l'embarquent, il me souriait en disant "au revoir, mon fils, au revoir mon bébé".

Il contracte sa mâchoire avec les yeux dans le vide et un silence pesant s'installe. Je me rapproche, mais il me pousse. Malgré ça, je me dégage et l'attrape rapidement. Il se laisse faire et me serre fort. Je lui répète doucement:
-Pardon, pardon.

J'ajoute:
-Mais...je sais pas, t'es sûr que tu ne m'en veux pas pour l'avoir empoisonné? Que tu ne m'en voudras pas...

Il se détache de moi, plante son regard dans le mien et me dit:
-Je m'en fous de cet homme. J'arrive pas à croire que ma mère...après tout, j'avais que 5 ans, je la connaissais pas tant que ça.

Je fronce les sourcils en le fixant puis rétorque:
-Arrête, elle t'aimait et c'est tout ce qui compte.

-Si tout ça est vrai, elle a ruiné ma vie en me donnant naissance, ce qui est paradoxal.

Je soupire puis lui rappelle doucement:
-Il va en mourir si....

-Oui, il va mourir. Comme c'est en train de lui arriver lentement maintenant, parce qu'on ne va pas le sauver. Il arrive à la fin, ses organes commencent à lâcher.

Je fronce les sourcils en réfléchissant, puis propose:
-Tu ne veux pas essayer de le sauver pour contrôler la cité?

Il rigole puis s'arrête d'un coup avec un air irrité pour répondre:
-C'est bien essayé, mais on n'a pas besoin de lui et on ne veut rien de lui. Il a fait la promesse de tuer beaucoup des nôtres et il l'a fait. En plus de ça il a laissé des gens se faire réduire en esclavage avant de prétendre d'être cet homme bien. Il va payer.

-Sirius l'a dit?

-Non. Je l'ai décidé et ça ne va pas changer.

-J'espère que t'es sûr de toi parce que si tu veux la réponse à tes questions il te reste plus beaucoup de temps.

Je me lève et m'en vais.

𝐌𝐀𝐑𝐒Où les histoires vivent. Découvrez maintenant