Odessa
Pendant que je lis, Mars s'assied et fait quelque chose qu'il fait plus rarement dernièrement. Il me parle:
-Ça fait une semaine, une semaine que tu me détestes. Je savais que ça arriverait un jour.
Je le fixe et son regard vert et brun devient un peu moins défini avec mes larmes montantes. J'inspire puis réponds:
-Je te déteste pas Mars, je me déteste.
-À cause de moi. Quand t'as fait ça, j'étais impressionné, même fier. Ça montre à quel point je suis pas bon pour toi...j'avais peur de ça.
Je prends sa main et regarde son air attristé ternissant ses yeux. Je lui demande:
-Tu penses que je suis différente maintenant? Mauvaise?
-Non, tu l'as tué parce qu'il allait me tirer dessus.
-Oui...mais, il y a l'autre homme. Le sang partout. C'était ma faute aussi.
-Non. Écoute, t'oublies pas ça facilement au début et tu l'oublies pas en fait, mais ça s'améliore.
Au début...
Il me tire et me prend dans ses bras chauds à l'odeur réconfortante. Il me dit doucement:
-On va quelque part ce soir, mais demande pas où.
Dans la soirée, au milieu des parois rocheuses et sous la lumière bleuâtre des requins gris glissent au-dessus du sable de l'aquarium. Ils s'y reposent aussi ou nagent. Une espèce plus claire et arrondie nage au-dessus de nous quand Mars prend ma main et me dirige vers un tunnel en verre aussi entouré d'eau. Il y a des piliers grecs et des arches, des statues, mais aussi des pierres vieillissant dans l'eau. Mars me demande:
-T'es sûre que t'es pas claustrophobe?
-Non. Tu l'es?
Il sourit et dépose un baiser sur ma main me faisant sourire. Un requin gris aux taches plus foncées passe lentement. On croise ensuite des raies Mantas, avec leur air de tissus fluides et leur queue pouvant passer pour un fil. Il y a aussi des poissons bleu vif qui passent rapidement. En nageant, un des grands requins ouvre la bouche sur des dents fines et pointues me faisant un peu froncer les sourcils.
Une raie Manta nage au-dessus de nous avec son ventre blanc aux deux taches dont le tracé dessous me donne l'impression de voir un smiley souriant. C'est comme si j'étais sur une autre planète. On arrive dans un dôme similaire au tunnel, sauf qu'au milieu il y a une sorte de couverture grise à l'air épaisse, ce que j'espère être mon sandwich au bœuf préféré et des pâtisseries entre autres. Derrière moi, Mars me dit:
-Je leur ai dit que c'était pour un pique-nique. J'ai un peu menti. Je me fous de bouffer quoi que ce soit à part toi sous l'eau.
Je ris et me tourne avant de lui demander:
-Tu délires. Et s'ils m'entendent? Il y a pas de caméra?
-Aucune ici, j'ai vérifié et je les ai tellement payés que tu peux te brûler les poumons ils viendront pas.
-Espérons que t'en profites pas pour me tuer.
-T'es vraiment bête des fois.
Ses lèvres voluptueuses saisissent les miennes et la chaleur monte en moi. Il se détache de moi et me demande:
-T'as faim? Du genre nourriture perverse.
-C'est toi le putain de pervers et tu m'accuses.
-On ne jure pas devant les poissons.
Je rigole et réplique:
-C'est parce que je passe trop de temps avec toi.
-Je te pense pas si influençable.
-Hmmm.
Après avoir fini le repas dont Mars a tenu à faire les desserts qu'il a réussis, on se couche sur la couverture. En regardant les silhouettes passer, je dis:
-Ça me rappelle quand j'étais toute petite.
-Pourquoi?
J'hésite, car quelque chose cherche à refermer ma boîte de pandore. Il prend ma main et me murmure:
-C'est pas grave.
-Non, je crois que je veux le faire. Tu diras rien à personne, je le sais...hein?
-Je te le jure.
J'expire lentement et serre sa main avant de renchérir:
-C'est rien du tout pour l'instant pour les révélations, mais même. On m'avait dit de ne jamais en parler. Tout ça, m'a juste fait penser à ma mère. On était comme deux poissons rouges dans un aquarium. La plupart des poissons rouges ne vivent pas longtemps...et j'ai une mémoire de poisson rouge parce que je ne me souviens même pas de son prénom.
Je grimace douloureusement en ravalant mes larmes puis ajoute doucement:
-Ni son visage...
Il me tire sur lui et me tient. Je me sens plus légère pendant un moment puis sa poitrine vibre quand il me dit:
-Tu sais, avant que tu débarques une de mes plus grandes peurs c'était que Sirius meurt parce qu'après je serais complètement seul à nouveau. Alors que je me suis habitué à avoir au moins une personne qui se soucie de moi et dont je me soucie.
Après une pause, il ajoute:
-Je pense que malgré tout j'ai peur de mourir seul. Pas dans le sens sans personne sur le moment, mais dans le sens où il n'y avait personne vers toute la fin ou même à partir du milieu. Ma vie n'aura été que de l'obscurité au final, vide.
Je lève la tête avec mes larmes s'étant échappées, mais il ne me voit pas et rit doucement en fixant le plafond courbé. Il continue:
-Pourtant je m'entoure de chaos, de gens qui pourraient disparaître dans ce chaos. Celui qui pourrait m'arracher tous mes droits de ne pas finir misérablement comme j'en ai peur.
Les larmes roulent sur ma peau et je prends sa main. Je ne veux pas qu'il finisse comme ça ou qu'il pense qu'il finira comme ça. C'est juste désespérant. Il me regarde et son regard se ternit de tristesse. Il s'assied puis me tire dans ses bras desquels il m'entoure. Il me dit avec douceur:
-Pardon Odessa.
Je souris un peu et le regarde avant de répondre:
-Non, merci.
D'après le mouvement de ses iris clairs, il a l'air confus, mais serre ma main. Comme si j'avais une machine temporelle, je lui assure:
-Tu mourras pas seul.
Il décide juste me sourire avant de m'embrasser avec douceur. On se recouche sur le côté cette fois pour se faire face. Il baisse ses longs cils sombres puis me dit:
-Tu sais tu hais sûrement Sirius, mais il n'est pas mauvais...il n'y a plus que lui et moi. Les autres sont morts...ou partis. Dans cette partie dangereuse, certains finissent hors de jeu. On a d'autres gens sur qui on peut compter, mais on sait jamais. C'est pas pareil.
-Je le déteste pas...encore, on est pas loin.
Il rigole et je renchéris:
-Oui, je connais un peu la mort et la trahison, mais c'est pas pareil que pour toi c'est sûr.
-Oui...j'ai vu des membres de ce qui était ma famille s'en aller et jamais revenir.
-C'est...les poissons?
Il sourit un peu et rétorque:
-Sirius a ce stupide aquarium, sûrement parce que dedans on est encore tous ensemble. Une bulle. On était quatre fouteurs de merde...on a perdu une sœur et une autre nous a trahis. Sirius l'a le plus mal pris. Il voulait la voir morte.
-Elle l'est pas alors.
-Pas encore. On a réussi à se reformer après qu'elle ait vendu tout ce qu'elle savait sur nous, mais c'était dur. On a pensé que c'était fini à un moment.
-C'était quand le maire organisait ces attaques non-stop?
-Oui, c'était n'importe quoi.
Malgré cela, il sourit. J'hésite, mais lui dis:-
Il y a deux ans, la femme qu'ils ont exécutée pour le meurtre de Lily Singh, ils ont dit qu'elle faisait partie de The World. C'est...
-Oui, c'est Amari, celle qui est morte.
-C'est pour ça que tu m'as fait empoisonner la famille de Lily...
-Oui. Et on a déjà eu le juge et le procureur, mais on n'a pas fini.
Désolée par toute cette douleur créant plus de souffrance, je caresse sa joue. Il s'approche et on se réconforte avec nos lèvres.
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𝐌𝐀𝐑𝐒
RomanceOdessa, 22 ans, vend du plaisir corrompu pour subvenir à ses besoins. Habitante de la cité d'Elys, isolée au milieu du désert américain à la fin du 21ème siècle, elle survit en faisant des pâtisseries infusées de drogues. Mais sa routine illicite ex...
