Deux mois se sont écoulés depuis qu'Hanna a pris la fuite pour échapper à ce monde sombre empli de tueurs et de malfaiteurs.
Deux mois.
Pourtant, Auguste n'a pas dit son dernier mot. Comment peut-il la laisser s'échapper alors qu'elle devient une...
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_________ Auguste
Siège de la Corporation.
— Il va falloir que tu te reposes, maintenant, me recommande Blake. Je t'ai prescrit des bêta-bloquants pour ton hypertension.
Le médecin range sa panoplie de matériel d'auscultation. J'arrache le brassard autour de mon bras et me lève du lit sans me faire prier.
— Il y a une cellule d'écoute. J'ai fait recruter des psys après tout ce qu'il s'est passé. Peut-être que tu devrais... discuter avec l'un d'eux.
Un rire m'échappe malgré moi. Je respecte le savoir du médecin, j'ai fait partie de cette équipe autrefois. On ne néglige ni la santé physique ni la santé mentale. Mais, sérieusement ? Qu'est-ce que je pourrais dire à un psy ? Presque toute ma famille est morte, je me suis enfin débarrassé de mon ennemi et maintenant j'apprends à subsister avec mes séquelles ? Je ne vois pas comment quelqu'un pourrait m'aider sans avoir vécu ne serait-ce qu'un quart de ce que j'ai traversé.
Je préfère m'entourer de mes proches, de ceux qui me comprennent et qui n'ont pas besoin de parler pour me soutenir.
Je veux aller mieux. Je veux me sentir bien dans mon corps et dans mon esprit sans nécessiter de drogue ni d'adrénaline. Si je continue ainsi, je risque de succomber d'un infarctus dans quelques années. Pas très glorieux comme mort après tout ce que j'ai vécu.
La guerre s'est terminée hier. Nous avons besoin de panser nos plaies et, qui sait, de continuer à espérer, de tout reconstruire. J'accepte ce renouveau, cette possibilité d'un avenir paisible. J'y consacrerai toute mon âme s'il le faut.
— Merci, Blake. Je tâcherai d'aller mieux, je lui assure avec conviction.
Pour moi. Pour tous. Pour elle.
Je quitte l'infirmerie d'un pas léger, laissant derrière moi l'ancienne version de moi-même. Une page se tourne, et j'ai un nouveau chapitre à écrire dans l'histoire de la Corporation. Je me dois d'être au meilleur de mes capacités. Mais je ne pourrai pas avancer tant que je n'aurai pas fait table rase du passé.
C'est pourquoi j'emprunte l'ascenseur en direction de la cave.
Le miroir me renvoie le reflet d'un homme apaisé. Mes cheveux ont poussé ; je me demande encore si je dois les couper. D'une main, je les plaque en arrière et inspecte mon visage tailladé. Les vaisseaux de mon œil gauche ont éclaté et teintent de rouge le blanc autour de ma pupille. Des points de suture ferment une plaie au-dessus de mon arcade sourcilière. Quant aux ecchymoses sur le reste de mon visage, elles virent au jaune violacé.
Dans quelques semaines, il ne restera plus rien du passage de Lucien.
Après qu'il a succombé à sa blessure par balle, d'autres Gardes sont venus en renfort dans la tour, ceux qui assuraient la sécurité de ma famille. Ils ont sécurisé le périmètre en attendant le retour en urgence des Pisteurs à Londres, dans la nuit.