Deux mois se sont écoulés depuis qu'Hanna a pris la fuite pour échapper à ce monde sombre empli de tueurs et de malfaiteurs.
Deux mois.
Pourtant, Auguste n'a pas dit son dernier mot. Comment peut-il la laisser s'échapper alors qu'elle devient une...
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___________ Auguste
Siège de le Corporation, Londres. 5 ans plus tôt.
J'ignore si on naît Chef ou si on le devient. Quand j'observais Ezra s'entraîner et suivre notre père dans ses rencontres avec les différents réseaux, j'ai toujours pensé que son destin était de lui succéder. Avec sa formation de Pisteur, il possédait une habileté et une puissance physique impressionnante. Stratège aguerri, il savait gérer les crises et, par-dessus tout, il maniait la parole avec la prestance d'un Président de la Corporation.
Alors quand je le vois aujourd'hui, muet et taciturne, mes certitudes changent radicalement. Ezra rive ses yeux sur un point imaginaire tandis que son esprit divague dans des souvenirs secrets. C'est la première fois qu'il assiste à une réunion à la Corporation depuis son retour. Un retour inexpliqué, bien évidemment, puisqu'il s'est bien gardé de me dire où il se trouvait pendant ses huit mois de disparition.
Huit mois... le temps passe à la fois vite et lentement. Huit mois que mes parents sont morts, huit mois que je n'avais pas vu mon frère, pensant que la mort avait fini par le faucher. Pourtant, la semaine dernière, alors que le manoir était entouré de Gardes, il s'est introduit dans l'ancienne chambre de mes parents, restée fermée à clé. Les meubles y étaient recouverts de draps blancs. La manière dont il s'y est pris pour entrer reste un mystère, comme tant d'autres choses.
Ezra n'a jamais voulu révéler ce qui l'avait poussé à couper tout contact. Il ne s'est confié ni à Claire, ni à Eva, ni à aucun Harmon. Encore moins à moi. Non, mon frère est revenu ensanglanté, en pleine crise de panique, comme s'il avait survécu à un massacre. Pendant vingt minutes, j'ai tout tenté pour le calmer. J'ai dû le sédater tant il suffoquait, et quand il s'est enfin endormi, je l'ai installé sur son lit, déchiré sa chemise pour vérifier l'état de son corps. Aucun traumatisme physique, les blessures étaient simplement intérieures. Pourtant, ses vêtements étaient imbibés de sang. Pendant des jours, j'ai cherché à comprendre son vécu, sans succès, puis...
J'ai abandonné.
Je n'espère plus obtenir de réponse. Ezra se mure dans un silence et ne cédera pas. Il ne s'est jamais épanché sur ses émotions. Il n'avouera jamais qu'il ne va pas bien, même si ça crève les yeux. Pour l'heure, je tente de maintenir ma tête hors de l'eau. Entre la gestion de la Corporation, ma famille et mon frère qui part à la dérive, j'ai parfois tendance à étouffer, à crouler sous les responsabilités. J'ai l'impression d'être aspiré par le fond.
Mais si je ne m'occupe de rien, qui le fera ?
— Bon nombre de mes Pisteurs ont été arrêtés dans mon pays. Je croyais que les accords d'immunité tenaient toujours, comme du temps de ton père.
La voix nasillarde de Thomas Moretti, le Chef italien, m'arrache à mes pensées. Je cligne des yeux et m'éclaircis la gorge.
— Les accords sont toujours en vigueur. Je me suis entretenu avec chaque état concerné. S'il y a eu des arrestations, c'est probablement une erreur, à moins que tes hommes aient outrepassé les limites.